dimanche 15 avril 2007

Chroniques d’errance (introduction aux)


Je me lance. Avant que ceci passe. Ceci, ce n’est pas un lieu, ni un moment. C’est un état. Un état d’âme: l’errance.

Pour un bien ou pour un mal, elle nous court dans la tête, cherchant des solutions ou des problèmes, cherchant des sens.

Dans son essence même, l’errance mène partout et nulle part; elle mène à soi, mais à un soi sans fin, inassouvissable, intarissable, indésespérable. Et le but est précisément la recherche infinie, infinissable, l’accomplissement dans l’inaccomplissable.

L’errance. Avant que ceci passe, parce que ça passera peut-être. Peut-être que le nomadisme se guérit – si maladie il y a – ou du moins se tarit, à force de semelles trouées, de coeurs usés, d’espoirs génocidés par les routes infinies vers un chez soi qui n’existe toujours que partiellement.

L’errance, ce n’est pas le malheur. À moins de le vouloir ainsi. Pour moi, l’errance a plutôt été – et reste – une suite de bonheurs trop forts pour se maintenir en équilibre. Une suite de sauts périlleux entre lieux, temps et êtres, entre lesquels on se pète parfois la figure. Oser sauter, sans savoir ce qu’il y aura sur l’autre rive, voilà l’essence, la motivation de la vie d’errance.

«Ceci» passera. Je le souhaite, je crois. Mais je ne regretterai pas ces mots chargés de sens à découvrir qui m’auront gravité dans tout le corps à la recherche d’un orbite, d’un ordre des choses. L’errance est belle. L’errance est bel et bien formatrice. Et c’est pourquoi sa fin fait peur, même si on la désire souvent ardemment. Sa fin fait peur car on l’imagine fin du monde en mouvement, début d’un cercle fermé, d’un cercle vicieux qui ne s’interrompra qu’à la mort. Alors on erre, jusqu’à trouver mieux. Mieux, ce serait une niche qui nous donnerait le confort sans l’indifférence; mais en attendant cette utopie, ou que ceci passe, on ne peut qu’errer…
***

Errance. Le mot, je l’ai en quelque sorte emprunté à Raymond Depardon (merci Adeline), qui a photographié et décrit l’errance (Errance, Seuil, 2004), la sienne, sans trop savoir où ça le mènerait.
J’ai emprunté le mot, parce que le photographe m’a transmis le mot le plus juste face à ce que je ressentais. Mais ça reste un mot. Et à chacun de se le définir. À travers mes chroniques d’errance, je vous offrirai mes parcelles de définition de cet état d’esprit, au fil de son existence en moi.

4 commentaires:

Johnny Manchettes a dit...

Salut Fred ! Content d'avoir de tes nouvelles. Je voulais tout simplement te dire que je t'avais mis en lien sur mon blog ! Le tiens est bien parti, on dirait... Pour ma part, je manque un peu d'inspiration ces temps-ci, mais tout devrait revenir à la normale au cours des prochains jours (je recommence à travailler plus tard aujourd'hui, ça devrait m'amener quelques idées).

En passant, quand tu parles d'Adeline dans ton texte... Ce ne serait pas Adeline Corrèze, l'ancienne pupitreuse d'Impact Campus, par hasard ? Ce serait drôle, moi je l'ai recroisé il y a quelques jours pour le lancement du livre de Pierre-Léon Lalonde(http://taxidenuit.blogspot.com), mon blogger préféré. Elle travaille chez Septentrion maintenant.

Mais d'abord... Tu peux me dire ce que tu fous à Casa, toi ?

Fredotchka a dit...

Non, ce n'est pas la même Adeline. Mais c'est vrai que le monde est petit, surtout celui du journalisme. J'arrête pas de rencontrer du monde que je connais dans un pays où je mets les pieds pour la première fois...Et avec les gens que je ne connais pas, nous finissons souvent par nous trouver une connaissance commune, un ami commun, ou carrément avons nous fais quelque chose au même endroit au même moment il y a cinq ans...Je suis à Casa pour un stage dans le cadre de la maîtrise. Au Journal Hebdomadaire. Merci de m'avoir mis en lien!

Anne de Malleray a dit...

C'est on ne peut plus toi. Je suis touchée par le clin d'oeil. Beau voyage alors...

Adeline a dit...

J’apprecie le clin d’oeil egalement…
Tout comme j’ai apprecie Depardon et ce livre.
Tout comme j’aime le mot, ce qu’il nous donne et ce qu’on en fait.
L’errance, exigeante et renversante…

L’ailleurs est un bel endroit,
Nomade est un beau mуtier,
… et le pied est le meilleur ami de l’homme !

Au plaisir d’errances croisees,
Удачи
Пока