Publié dans La Presse, le 13 mai 2009.
(Moscou) Un premier couple lesbien a tenté sans succès de s'unir dans un bureau de mariages de Moscou hier. Dans une ville où le maire déclare publiquement que l'homosexualité est «l'oeuvre de Satan», le combat des gais n'a rien de joyeux.
Dans une salle exiguë du ZAGS (bureau des mariages) de l'arrondissement de Tver, des portraits de jeunes mariés tout sourires pendent aux murs. Celui des deux Irina n'y sera pas.
Devant plusieurs journalistes étrangers - et quelques russes -, Irina Chapitko et Irina Fedotova, qui partagent leur vie depuis cinq ans, se sont vu refuser leur demande d'enregistrement de mariage.Selon le Code de la famille russe, un mariage ne peut consister qu'en l'union volontaire d'un homme et d'une femme.
L'une en costume blanc l'autre en noir, les deux femmes s'attendaient à ce verdict. Elles ont d'ailleurs déjà prévu aller se marier à Toronto cet été. Elles tenaient tout de même à faire ce geste symbolique.
«Nous ne voulons pas nous cacher», dit Irina Chapitko, 32 ans, qui tient un salon de beauté. «Nous voulons être une famille comme les autres, poursuit sa conjointe, agente de relations publiques, de deux ans sa cadette. Et bien sûr que nous voulons des enfants!»
De retour de Toronto, les deux Irina se lanceront dans une nouvelle bataille pour faire reconnaître leur mariage en Russie. Selon leur avocat, le militant gai Nikolaï Alekseev, rien dans le Code de la famille ne précise que seules les unions hétérosexuelles conclues à l'étranger peuvent être reconnues.
Pour Nikolaï Alekseev, il ne s'agit que d'une bataille parmi d'autres dans la guerre qu'il mène pour l'avancement des droits des homosexuels en Russie.
Violence
Depuis quatre ans, la mairie de Moscou refuse systématiquement d'autoriser la tenue d'un défilé de la fierté gaie dans la capitale. Lorsque les organisateurs ont fait fi de cette interdiction, les participants ont été passés à tabac par des militants nationalistes et religieux.
«L'homophobie est très forte en Russie parce qu'elle est soutenue par les autorités», souligne M. Alekseev. Et lorsque des personnalités font des déclarations homophobes, «elle décuple», dit-il, en référence aux propos du maire de Moscou, Iouri Loujkov, qui a qualifié les défilés gais d'«armes de destruction massive» utilisée par l'Occident pour détruire la Russie.
Samedi prochain, le mouvement homosexuel tiendra encore une fois son défilé en dépit de l'interdiction. M. Alekseev espère que la finale du concours Eurovision, qui a lieu le même jour à Moscou, permettra d'attirer l'attention des médias internationaux sur la situation des gais en Russie. Un participant néerlandais, ouvertement homosexuel, a d'ailleurs déjà annoncé qu'il boycotterait la finale si le défilé se terminait dans le sang.
Poutine et les terroristes
Quelques heures après la cérémonie de mariage avortée, un groupe d'associations nationalistes apportait son soutien à la mairie lors d'une conférence de presse.
«Nous ne sommes pas contre les gais en tant que tels. Chaque personne a ses péchés. Nous sommes contre la légalisation du péché», a expliqué Mikhaïl Nalimov, président de Jeunesse orthodoxe unie. Selon lui, l'homosexualité est un phénomène importé d'Occident qui corrompt la société russe.
Dmitri Terekhov, vice-président de l'organisation, a été plus violent dans ces commentaires, qualifiant le défilé gai de «défilé des sodomites» et l'homosexualité de «terrorisme spirituel». Reprenant une citation célèbre de Vladimir Poutine visant les «terroristes tchétchènes», M. Terekhov a appelé à «buter jusque dans les chiottes» le mouvement gai, précisant par la suite qu'il s'agissait d'une «image» et qu'il n'incitait pas à la violence.
Nikolaï Alekseev croit savoir pourquoi la mairie et les nationalistes ne veulent pas de défilé gai. «Ils ont peur que le reste du monde voie qu'il n'y a rien d'amoral dans notre défilé et qu'ils n'ont donc aucune raison de l'interdire.»
vendredi 15 mai 2009
Mariage gai: début d'un combat inégal en Russie
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jeudi 7 mai 2009
Le président à deux têtes
Publié dans La Presse le 7 mai 2009 et sur cyberpresse.ca
(Moscou) Il y a un an, un juriste peu charismatique de 42 ans, Dmitri Medvedev, devenait troisième président de la Russie. Le lendemain, il nommait premier ministre son populaire prédécesseur, Vladimir Poutine. Depuis ce temps, la Russie connaît pour la première fois de son histoire un pouvoir à deux têtes. Et les Russes aiment ça.
«Je lui donne cinq sur cinq!» Même en ces temps de crise, Nina Spodarets n'a rien à redire sur le travail de son jeune président, Dmitri Medvedev.
«Il est jeune, énergique et intelligent», énumère la retraitée de 65 ans, ancienne technicienne de cinéma. «Il a augmenté nos chèques de retraite et lutté contre l'inflation», ajoute-t-elle, lorsqu'on lui demande concrètement ce que le président a fait pour elle. Elle semble toutefois oublier que, selon la Constitution, ces deux décisions relèvent... du gouvernement, dirigé par Vladimir Poutine, et non pas de la présidence.
En Russie, un an après la prestation de serment de Medvedev, personne ne sait vraiment qui du président ou du premier ministre est aux commandes. Sauf peut-être les deux principaux intéressés. La Constitution prévoit bien une présidence forte, mais les jeux de coulisses comptent beaucoup plus dans la répartition des pouvoirs réels que la loi suprême.
Un sondage mené en avril par le Centre Levada révèle que la majorité des Russes estiment que Medvedev et Poutine se partagent les responsabilités plus ou moins également. Le tiers des répondants affirment que Poutine reste l'homme fort du régime, contre seulement 12% qui misent sur Medvedev.
«Nous ne pouvons que spéculer», constate ainsi la dissidente Lioudmila Alexeeva, qui dénonce depuis des décennies l'arbitraire des pouvoirs soviétique, puis russe.
Selon elle, Dmitri Medvedev, qui a promis à son élection de lutter contre le «nihilisme légal», a démontré au cours de l'année ses bonnes intentions pour en finir avec la corruption et le contrôle politique du système judiciaire.
«Mais dans un même temps, il a signé une loi limitant la possibilité de procès avec jury [dans les cas d'accusation pour extrémisme ou terrorisme], alors que ces procès sont beaucoup plus équitables et sérieux que ceux avec juge», relève-t-elle.
Medvedev a aussi profité de l'allégeance sans faille des deux chambres du Parlement et des assemblées régionales pour faire adopter en vitesse en décembre des changements constitutionnels faisant notamment passer de quatre à six ans le prochain mandat présidentiel.
L'indomptable militante de 81 ans estime que durant ses huit années au Kremlin, l'ex-agent du KGB Vladimir Poutine a «porté atteinte» au pays. «Medvedev, pour l'instant, n'a rien empiré, mais il n'a pas non plus corrigé la situation créée par Poutine», souligne Mme Alexeeva, qui a rencontré le président il y a deux semaines pour lui exposer ses doléances en matière de violation des droits de l'homme.
Gleb Pavlovski, politologue et conseiller de tous les présidents depuis Boris Eltsine, reconnaît que la justice n'est toujours pas indépendante du pouvoir politique en Russie.
Paradoxalement, il cite la libération de l'avocate de l'ex-pétrolière Ioukos, Svetlana Bakhmina, comme preuve de la volonté de Dmitri Medvedev d'en finir avec l'arbitraire.
Le mois dernier, la mère de famille s'est vue accorder une libération anticipée qui lui avait été longtemps refusée, vraisemblablement en raison de l'acharnement de la justice russe contre les anciens dirigeants de Ioukos, dont le patron Mikhail Khodorkovski avait défié Vladimir Poutine en démontrant des ambitions politiques.
«Je suis certain que si le juge avait eu le sentiment que Medvedev ne voulait pas la libération [de Bakhmina], il ne l'aurait pas permise», admet celui qui est considéré comme l'une des têtes pensantes du Kremlin.
Gleb Pavlovski juge que le pouvoir russe a atteint «une nouvelle phase» avec l'avènement de Dmitri Medvedev. «Ce n'est certainement pas une cassure avec l'époque Poutine, mais le président a une nouvelle série d'objectifs à remplir.»
«Durant ses deux mandats, Poutine a dû s'assurer de gagner la loyauté de la classe politique. Il a donc dû fermer les yeux sur certaines choses» comme la corruption de certains haut placés, analyse M. Pavlovski.
«Medvedev estime que le temps est venu de faire fonctionner la Constitution en «régime normal». Et il le fera dès que la crise économique sera terminée», assure son conseiller.
(Moscou) Il y a un an, un juriste peu charismatique de 42 ans, Dmitri Medvedev, devenait troisième président de la Russie. Le lendemain, il nommait premier ministre son populaire prédécesseur, Vladimir Poutine. Depuis ce temps, la Russie connaît pour la première fois de son histoire un pouvoir à deux têtes. Et les Russes aiment ça.
«Je lui donne cinq sur cinq!» Même en ces temps de crise, Nina Spodarets n'a rien à redire sur le travail de son jeune président, Dmitri Medvedev.
«Il est jeune, énergique et intelligent», énumère la retraitée de 65 ans, ancienne technicienne de cinéma. «Il a augmenté nos chèques de retraite et lutté contre l'inflation», ajoute-t-elle, lorsqu'on lui demande concrètement ce que le président a fait pour elle. Elle semble toutefois oublier que, selon la Constitution, ces deux décisions relèvent... du gouvernement, dirigé par Vladimir Poutine, et non pas de la présidence.
En Russie, un an après la prestation de serment de Medvedev, personne ne sait vraiment qui du président ou du premier ministre est aux commandes. Sauf peut-être les deux principaux intéressés. La Constitution prévoit bien une présidence forte, mais les jeux de coulisses comptent beaucoup plus dans la répartition des pouvoirs réels que la loi suprême.
Un sondage mené en avril par le Centre Levada révèle que la majorité des Russes estiment que Medvedev et Poutine se partagent les responsabilités plus ou moins également. Le tiers des répondants affirment que Poutine reste l'homme fort du régime, contre seulement 12% qui misent sur Medvedev.
«Nous ne pouvons que spéculer», constate ainsi la dissidente Lioudmila Alexeeva, qui dénonce depuis des décennies l'arbitraire des pouvoirs soviétique, puis russe.
Selon elle, Dmitri Medvedev, qui a promis à son élection de lutter contre le «nihilisme légal», a démontré au cours de l'année ses bonnes intentions pour en finir avec la corruption et le contrôle politique du système judiciaire.
«Mais dans un même temps, il a signé une loi limitant la possibilité de procès avec jury [dans les cas d'accusation pour extrémisme ou terrorisme], alors que ces procès sont beaucoup plus équitables et sérieux que ceux avec juge», relève-t-elle.
Medvedev a aussi profité de l'allégeance sans faille des deux chambres du Parlement et des assemblées régionales pour faire adopter en vitesse en décembre des changements constitutionnels faisant notamment passer de quatre à six ans le prochain mandat présidentiel.
L'indomptable militante de 81 ans estime que durant ses huit années au Kremlin, l'ex-agent du KGB Vladimir Poutine a «porté atteinte» au pays. «Medvedev, pour l'instant, n'a rien empiré, mais il n'a pas non plus corrigé la situation créée par Poutine», souligne Mme Alexeeva, qui a rencontré le président il y a deux semaines pour lui exposer ses doléances en matière de violation des droits de l'homme.
Gleb Pavlovski, politologue et conseiller de tous les présidents depuis Boris Eltsine, reconnaît que la justice n'est toujours pas indépendante du pouvoir politique en Russie.
Paradoxalement, il cite la libération de l'avocate de l'ex-pétrolière Ioukos, Svetlana Bakhmina, comme preuve de la volonté de Dmitri Medvedev d'en finir avec l'arbitraire.
Le mois dernier, la mère de famille s'est vue accorder une libération anticipée qui lui avait été longtemps refusée, vraisemblablement en raison de l'acharnement de la justice russe contre les anciens dirigeants de Ioukos, dont le patron Mikhail Khodorkovski avait défié Vladimir Poutine en démontrant des ambitions politiques.
«Je suis certain que si le juge avait eu le sentiment que Medvedev ne voulait pas la libération [de Bakhmina], il ne l'aurait pas permise», admet celui qui est considéré comme l'une des têtes pensantes du Kremlin.
Gleb Pavlovski juge que le pouvoir russe a atteint «une nouvelle phase» avec l'avènement de Dmitri Medvedev. «Ce n'est certainement pas une cassure avec l'époque Poutine, mais le président a une nouvelle série d'objectifs à remplir.»
«Durant ses deux mandats, Poutine a dû s'assurer de gagner la loyauté de la classe politique. Il a donc dû fermer les yeux sur certaines choses» comme la corruption de certains haut placés, analyse M. Pavlovski.
«Medvedev estime que le temps est venu de faire fonctionner la Constitution en «régime normal». Et il le fera dès que la crise économique sera terminée», assure son conseiller.
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vendredi 24 avril 2009
Russie: un président branché
Article publié dans La Presse le 23 avril 2009.
MOSCOU - Le président russe Dmitri Medvedev continue de parfaire son image de chef d'État branché et "libéral". Hier, le juriste de 43 ans a inauguré son vidéoblogue sur le "LiveJournal" russe, l'une des plateformes préférées des opposants à son régime.
La nouveauté, c'est que les internautes peuvent désormais critiquer leur président sur son propre terrain. Dans un pays où les grands médias sont contrôlés par le pouvoir.
Le premier commentaire donne le ton. "On peut écrire ce qu'on veut et on ne risque rien pour ça?" écrit ironiquement Yulala_borka. Quatre heures après la mise en ligne de la vidéo du président, portant sur le développement de l'internet en Russie, ils étaient plus de 1000 à l'avoir commentée.
Si plusieurs internautes ont encouragé le président dans sa volonté d'améliorer le réseau internet à travers le pays, d'autres étaient plus cyniques. "Un président qui n'est pas indifférent à l'internet, est-ce que ça veut dire que dans un avenir proche l'internet cessera d'être une zone libre de discussion?" interroge Romanovskiy.
Certains ont même testé les limites des présumés modérateurs du blogue en inscrivant des vulgarités. Selon les commentaires subséquents, il semble que peu de remarques aient été effacées.
En octobre dernier, Dmitri Medvedev s'était lancé prudemment dans la blogosphère. Les internautes souhaitant s'exprimer sur ses interventions vidéos devaient s'inscrire au site. Et visiblement, seuls les commentaires positifs étaient corrigés et publiés.
"Si vous voulez répondre à l'un des visiteurs du site directement et lui dire ce que vous voulez, maintenant c'est possible", conclut le président dans sa première vidéo sur LiveJournal, spécifiant qu'il a lui-même "pris la décision d'étendre la possibilité de discussion."
Dmitri Medvedev n'est pas le seul président à s'être lancé dans la blogosphère. En août 2006, le controversé président iranien Mahmoud Ahmadinejad démarrait son blogue en quatre langues (persan, arabe, anglais et français). Depuis, il semble toutefois l'avoir délaissé.
Alors que plusieurs blogueurs sont emprisonnés dans la République islamique et que quelques-uns ont fait face à la justice en Russie, leurs présidents eux, ont décidé de jouir de la grande liberté de la Toile.
En savoir plus:
Blogue de Medvedev:
http://community.livejournal.com/blog_medvedev
Blogue d'Ahmadinejad:
http://www.ahmadinejad.ir
MOSCOU - Le président russe Dmitri Medvedev continue de parfaire son image de chef d'État branché et "libéral". Hier, le juriste de 43 ans a inauguré son vidéoblogue sur le "LiveJournal" russe, l'une des plateformes préférées des opposants à son régime.
La nouveauté, c'est que les internautes peuvent désormais critiquer leur président sur son propre terrain. Dans un pays où les grands médias sont contrôlés par le pouvoir.
Le premier commentaire donne le ton. "On peut écrire ce qu'on veut et on ne risque rien pour ça?" écrit ironiquement Yulala_borka. Quatre heures après la mise en ligne de la vidéo du président, portant sur le développement de l'internet en Russie, ils étaient plus de 1000 à l'avoir commentée.
Si plusieurs internautes ont encouragé le président dans sa volonté d'améliorer le réseau internet à travers le pays, d'autres étaient plus cyniques. "Un président qui n'est pas indifférent à l'internet, est-ce que ça veut dire que dans un avenir proche l'internet cessera d'être une zone libre de discussion?" interroge Romanovskiy.
Certains ont même testé les limites des présumés modérateurs du blogue en inscrivant des vulgarités. Selon les commentaires subséquents, il semble que peu de remarques aient été effacées.
En octobre dernier, Dmitri Medvedev s'était lancé prudemment dans la blogosphère. Les internautes souhaitant s'exprimer sur ses interventions vidéos devaient s'inscrire au site. Et visiblement, seuls les commentaires positifs étaient corrigés et publiés.
"Si vous voulez répondre à l'un des visiteurs du site directement et lui dire ce que vous voulez, maintenant c'est possible", conclut le président dans sa première vidéo sur LiveJournal, spécifiant qu'il a lui-même "pris la décision d'étendre la possibilité de discussion."
Dmitri Medvedev n'est pas le seul président à s'être lancé dans la blogosphère. En août 2006, le controversé président iranien Mahmoud Ahmadinejad démarrait son blogue en quatre langues (persan, arabe, anglais et français). Depuis, il semble toutefois l'avoir délaissé.
Alors que plusieurs blogueurs sont emprisonnés dans la République islamique et que quelques-uns ont fait face à la justice en Russie, leurs présidents eux, ont décidé de jouir de la grande liberté de la Toile.
En savoir plus:
Blogue de Medvedev:
http://community.livejournal.com/blog_medvedev
Blogue d'Ahmadinejad:
http://www.ahmadinejad.ir
Medvedev à l'écoute de ses opposants
Article publié dans La Presse le 22 avril 2009
MOSCOU - Le lundi 13 avril, Dmitri Medvedev a donné sa première entrevue à un journal russe depuis son élection, en mars 2008. Et le choix n'était pas anodin. Novaïa Gazeta est la publication la plus critique du Kremlin. Quatre de ses journalistes - dont la plus célèbre, à l'étranger, Anna Politkovskaïa -, ont été assassinés au cours de la dernière décennie.
Le rédacteur en chef du journal, Dmitri Mouratov, a abordé plusieurs thèmes sensibles comme la liberté de parole et le contrôle du système judiciaire du pays par le pouvoir politique. Fidèle à son habitude, le juriste Medvedev a offert des réponses techniques, niant un manque de liberté en Russie, tout en notant qu'il reste beaucoup à parachever.
Le lendemain, il s'est entretenu avec les membres de l'Institut du développement contemporain. Considéré comme l'institut de recherche officieux de Medvedev, il lui permet d'avoir un aperçu de la situation dans le pays à l'extérieur de l'appareil de l'État.
"Le pouvoir n'a pas besoin de compliments ni de léchage de la part de la communauté d'experts", a prévenu le président. Les chercheurs n'ont d'ailleurs pas manqué de critiquer la politique en matière d'emploi du gouvernement.
Mercredi dernier, troisième symbole. Dix-huit des plus importants défenseurs des droits humains et militants de la société civile russe ont franchi les portes du Kremlin pour une rencontre de plus de trois heures avec le président.
"Il nous a écoutés", croit Aleksei Simonov, président de la Fondation pour la défense de la Glastnost. "Je n'ai toutefois pas l'impression qu'on lui a dit quoi que ce soit qu'il ne savait déjà", ajoute-t-il.
Medvedev a écouté, mais il n'a rien promis. Si ce n'est de rendre plus fréquentes qu'une fois par année les réunions du Conseil sur la collaboration pour le développement des institutions de la société civile et des droits de l'homme, "parce qu'il y a trop de problèmes [à discuter]".
D'où les critiques d'autres militants, opposés à ce type de collaboration avec le pouvoir. "À quoi bon répéter sans cesse des vérités politiques évidentes à un président qui comprend tout, mais ne fait rien?" s'est interrogé lundi le dissident Aleksandr Podrabinek dans l'Ejednevny Journal.
Selon lui, les défenseurs des droits de l'homme qui ont participé à la rencontre sont devenus les "fous du roi" d'un président qui voulait embellir son image de démocrate.
"Je ne me sens pas fou du roi, rétorque Aleksei Simonov. Mais je ne vois rien de mal de toute façon dans ce rôle. Tant qu'on ne le fait pas rire."
Selon Aleksei Simonov, il est probable que le président Medvedev souhaite réellement plus de libertés en Russie.
"Mais d'y croire, c'est une chose. D'y travailler, c'en est une autre", souligne-t-il, rappelant qu'au-delà des mots, la première année de présidence de Medvedev ne s'est pas traduite par une libéralisation effective.
"Tant que l'appareil de l'État considérera les dissidents comme une menace à la sécurité du pays, il n'y aura pas de liberté de parole."
MOSCOU - Le lundi 13 avril, Dmitri Medvedev a donné sa première entrevue à un journal russe depuis son élection, en mars 2008. Et le choix n'était pas anodin. Novaïa Gazeta est la publication la plus critique du Kremlin. Quatre de ses journalistes - dont la plus célèbre, à l'étranger, Anna Politkovskaïa -, ont été assassinés au cours de la dernière décennie.
Le rédacteur en chef du journal, Dmitri Mouratov, a abordé plusieurs thèmes sensibles comme la liberté de parole et le contrôle du système judiciaire du pays par le pouvoir politique. Fidèle à son habitude, le juriste Medvedev a offert des réponses techniques, niant un manque de liberté en Russie, tout en notant qu'il reste beaucoup à parachever.
Le lendemain, il s'est entretenu avec les membres de l'Institut du développement contemporain. Considéré comme l'institut de recherche officieux de Medvedev, il lui permet d'avoir un aperçu de la situation dans le pays à l'extérieur de l'appareil de l'État.
"Le pouvoir n'a pas besoin de compliments ni de léchage de la part de la communauté d'experts", a prévenu le président. Les chercheurs n'ont d'ailleurs pas manqué de critiquer la politique en matière d'emploi du gouvernement.
Mercredi dernier, troisième symbole. Dix-huit des plus importants défenseurs des droits humains et militants de la société civile russe ont franchi les portes du Kremlin pour une rencontre de plus de trois heures avec le président.
"Il nous a écoutés", croit Aleksei Simonov, président de la Fondation pour la défense de la Glastnost. "Je n'ai toutefois pas l'impression qu'on lui a dit quoi que ce soit qu'il ne savait déjà", ajoute-t-il.
Medvedev a écouté, mais il n'a rien promis. Si ce n'est de rendre plus fréquentes qu'une fois par année les réunions du Conseil sur la collaboration pour le développement des institutions de la société civile et des droits de l'homme, "parce qu'il y a trop de problèmes [à discuter]".
D'où les critiques d'autres militants, opposés à ce type de collaboration avec le pouvoir. "À quoi bon répéter sans cesse des vérités politiques évidentes à un président qui comprend tout, mais ne fait rien?" s'est interrogé lundi le dissident Aleksandr Podrabinek dans l'Ejednevny Journal.
Selon lui, les défenseurs des droits de l'homme qui ont participé à la rencontre sont devenus les "fous du roi" d'un président qui voulait embellir son image de démocrate.
"Je ne me sens pas fou du roi, rétorque Aleksei Simonov. Mais je ne vois rien de mal de toute façon dans ce rôle. Tant qu'on ne le fait pas rire."
Selon Aleksei Simonov, il est probable que le président Medvedev souhaite réellement plus de libertés en Russie.
"Mais d'y croire, c'est une chose. D'y travailler, c'en est une autre", souligne-t-il, rappelant qu'au-delà des mots, la première année de présidence de Medvedev ne s'est pas traduite par une libéralisation effective.
"Tant que l'appareil de l'État considérera les dissidents comme une menace à la sécurité du pays, il n'y aura pas de liberté de parole."
La "méthode du tank" pour faire taire l'opposition en banlieue de Moscou
Article paru dans La Presse le jeudi 16 avril 2009.
KHIMKI, Russie - En Russie, s'opposer peut tuer. Notre collaborateur s'est rendu à Khimki, en banlieue de Moscou, où journalistes et opposants affrontent une administration municipale formée sur les champs de bataille afghans.
Ce qui frappe en arrivant à Khimki, ce sont les poussettes. Partout, des mères promènent leurs poupons dans les rues de cette paisible ville-dortoir de 180 000 habitants. Paisible, Khimki? Pour les familles, oui. Pour les opposants au pouvoir local, pas du tout.
Lorsque Evguenia Tchirikova et son mari ont choisi de quitter Moscou pour Khimki il y a 10 ans, c'était pour fonder leur famille près d'une gigantesque forêt protégée de 1000 hectares. Pas pour se battre contre les intérêts commerciaux des anciens combattants de l'invasion soviétique d'Afghanistan qui dirigent la ville.
"Il y a deux ans, nous nous promenions avec mon mari dans la forêt lorsque nous avons remarqué des rubans rouges sur les arbres, raconte l'énergique ingénieure-conseil de 32 ans dans son petit appartement soviétique. En revenant à la maison, nous avons cherché sur l'internet et avons découvert avec stupeur la décision du maire de permettre à l'autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg de passer en plein centre de la forêt!"
La décision prise en catimini par le gouverneur de la région de Moscou, Boris Gromov, et le maire de Khimki, Vladimir Streltchenko, respectivement général en chef et officier-cadre durant l'intervention militaire soviétique en Afghanistan (1979-1989), était passée inaperçue.
Selon Mme Tchirikova, les intentions de l'administration sont claires: "Les fonctionnaires utilisent l'autoroute comme prétexte pour pouvoir ensuite vendre des terrains autour pour la construction de complexes commerciaux."
À partir de ce moment, la mère de famille jusque-là "apolitique" est partie en guerre, fondant le Mouvement pour la défense de la forêt de Khimki. Mais elle avait oublié qu'elle affronterait des combattants professionnels. "Ils utilisent la méthode du tank. En tant que militaires, ils pensent que seuls les froussards font des concessions."
La méthode du tank? En novembre dernier, Mikhaïl Beketov, rédacteur en chef du journal Khimkinskaya Pravda (La vérité de Khimki) et opposant farouche au maire Streltchenko, y a goûté. Il a été retrouvé par une voisine près de sa maison, baignant dans son sang depuis plusieurs heures.
Le journaliste a survécu mais a dû être amputé d'une jambe et de plusieurs doigts gelés. Durant les mois précédents, sa voiture avait explosé devant sa maison et son chien avait été abattu.
Mikhaïl Beketov est toujours à l'hôpital, conscient, mais incapable de parler. Il est sous surveillance policière, après que les responsables du crime eurent informé ses proches qu'ils pourraient revenir "terminer le boulot".
"Nous savions que ça se terminerait mal pour lui. Il était sans compromis, dit Anatoli Iourov, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Accord civil, de Khimki. Deux jours avant l'attaque, Mikhaïl nous avait tous prévenus qu'il avait reçu un appel l'informant qu'on avait commandé son exécution."
Traumatisme crânien
Selon M. Iourov, les commanditaires et les exécutants de l'attaque sont liés à l'administration municipale et sont connus de tous. "Ils font ce qu'ils veulent, puisqu'ils contrôlent la justice de toute façon."
Anatoli Iourov en sait quelque chose. En février 2008, il a été poignardé à une dizaine de reprises à la sortie de son bureau. Il avait déjà été assailli à deux autres reprises par le passé dans des circonstances similaires. Depuis, l'homme d'affaires de 59 ans, qui dit pratiquer le journalisme incisif d'opposition comme "hobby", se promène flanqué de deux gardes du corps.
"Bien sûr que nous avons peur. Mais à Khimki, le billet d'entrée en journalisme, c'est un traumatisme crânien!" lance M. Iourov. Plusieurs autres journalistes à Khimki ont été passés à tabac depuis l'arrivée au pouvoir du maire Streltchenko. Personne n'a été jugé ni même arrêté pour ces attaques.
Evguenia Tchirikova, elle, n'a pas encore été intimidée. "Je crois que pendant longtemps, ils ne m'ont pas prise au sérieux parce que j'étais une femme. Ils ont cette mentalité militaire."
Lorsqu'elle s'est présentée à la mairie en mars dernier, l'administration a toutefois commencé à s'inquiéter. Vladimir Streltchenko a été réélu, mais Mme Tchirikova a tout de même obtenu une victoire. Durant la campagne, le maire a retiré sa décision concernant le trajet de l'autoroute. Mme Tchirikova croit toutefois qu'il reviendra bientôt à son choix initial, maintenant l'élection passée.
Le bureau du maire Streltchenko a refusé la demande d'entrevue de La Presse. "M. Streltchenko ne commente ni les attaques contre les journalistes, ni le dossier de la forêt de Khimki ou les allégations de falsifications électorales, qui ont d'ailleurs été rejetées par la cour", a répondu sèchement au téléphone une responsable des relations avec les médias de la mairie.
"Ils ne comprennent pas que même s'ils essaient de se débarrasser de nous un par un, c'est inutile, poursuit Evguenia Tchirikova. Des bonnes femmes comme moi, il y en a plein."
KHIMKI, Russie - En Russie, s'opposer peut tuer. Notre collaborateur s'est rendu à Khimki, en banlieue de Moscou, où journalistes et opposants affrontent une administration municipale formée sur les champs de bataille afghans.
Lorsque Evguenia Tchirikova et son mari ont choisi de quitter Moscou pour Khimki il y a 10 ans, c'était pour fonder leur famille près d'une gigantesque forêt protégée de 1000 hectares. Pas pour se battre contre les intérêts commerciaux des anciens combattants de l'invasion soviétique d'Afghanistan qui dirigent la ville.
"Il y a deux ans, nous nous promenions avec mon mari dans la forêt lorsque nous avons remarqué des rubans rouges sur les arbres, raconte l'énergique ingénieure-conseil de 32 ans dans son petit appartement soviétique. En revenant à la maison, nous avons cherché sur l'internet et avons découvert avec stupeur la décision du maire de permettre à l'autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg de passer en plein centre de la forêt!"
La décision prise en catimini par le gouverneur de la région de Moscou, Boris Gromov, et le maire de Khimki, Vladimir Streltchenko, respectivement général en chef et officier-cadre durant l'intervention militaire soviétique en Afghanistan (1979-1989), était passée inaperçue.
Selon Mme Tchirikova, les intentions de l'administration sont claires: "Les fonctionnaires utilisent l'autoroute comme prétexte pour pouvoir ensuite vendre des terrains autour pour la construction de complexes commerciaux."
À partir de ce moment, la mère de famille jusque-là "apolitique" est partie en guerre, fondant le Mouvement pour la défense de la forêt de Khimki. Mais elle avait oublié qu'elle affronterait des combattants professionnels. "Ils utilisent la méthode du tank. En tant que militaires, ils pensent que seuls les froussards font des concessions."
La méthode du tank? En novembre dernier, Mikhaïl Beketov, rédacteur en chef du journal Khimkinskaya Pravda (La vérité de Khimki) et opposant farouche au maire Streltchenko, y a goûté. Il a été retrouvé par une voisine près de sa maison, baignant dans son sang depuis plusieurs heures.
Le journaliste a survécu mais a dû être amputé d'une jambe et de plusieurs doigts gelés. Durant les mois précédents, sa voiture avait explosé devant sa maison et son chien avait été abattu.
Mikhaïl Beketov est toujours à l'hôpital, conscient, mais incapable de parler. Il est sous surveillance policière, après que les responsables du crime eurent informé ses proches qu'ils pourraient revenir "terminer le boulot".
"Nous savions que ça se terminerait mal pour lui. Il était sans compromis, dit Anatoli Iourov, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Accord civil, de Khimki. Deux jours avant l'attaque, Mikhaïl nous avait tous prévenus qu'il avait reçu un appel l'informant qu'on avait commandé son exécution."
Traumatisme crânien
Selon M. Iourov, les commanditaires et les exécutants de l'attaque sont liés à l'administration municipale et sont connus de tous. "Ils font ce qu'ils veulent, puisqu'ils contrôlent la justice de toute façon."
Anatoli Iourov en sait quelque chose. En février 2008, il a été poignardé à une dizaine de reprises à la sortie de son bureau. Il avait déjà été assailli à deux autres reprises par le passé dans des circonstances similaires. Depuis, l'homme d'affaires de 59 ans, qui dit pratiquer le journalisme incisif d'opposition comme "hobby", se promène flanqué de deux gardes du corps.
"Bien sûr que nous avons peur. Mais à Khimki, le billet d'entrée en journalisme, c'est un traumatisme crânien!" lance M. Iourov. Plusieurs autres journalistes à Khimki ont été passés à tabac depuis l'arrivée au pouvoir du maire Streltchenko. Personne n'a été jugé ni même arrêté pour ces attaques.
Evguenia Tchirikova, elle, n'a pas encore été intimidée. "Je crois que pendant longtemps, ils ne m'ont pas prise au sérieux parce que j'étais une femme. Ils ont cette mentalité militaire."
Lorsqu'elle s'est présentée à la mairie en mars dernier, l'administration a toutefois commencé à s'inquiéter. Vladimir Streltchenko a été réélu, mais Mme Tchirikova a tout de même obtenu une victoire. Durant la campagne, le maire a retiré sa décision concernant le trajet de l'autoroute. Mme Tchirikova croit toutefois qu'il reviendra bientôt à son choix initial, maintenant l'élection passée.
Le bureau du maire Streltchenko a refusé la demande d'entrevue de La Presse. "M. Streltchenko ne commente ni les attaques contre les journalistes, ni le dossier de la forêt de Khimki ou les allégations de falsifications électorales, qui ont d'ailleurs été rejetées par la cour", a répondu sèchement au téléphone une responsable des relations avec les médias de la mairie.
"Ils ne comprennent pas que même s'ils essaient de se débarrasser de nous un par un, c'est inutile, poursuit Evguenia Tchirikova. Des bonnes femmes comme moi, il y en a plein."
dimanche 12 avril 2009
Guerre d'influence en Transnistrie
Article publié dans La Presse le 12 avril et sur cyberpresse.ca
La géopolitique n'est pas une science exacte. L'an dernier, l'Occident a reconnu l'indépendance du Kosovo. La Russie a fait de même pour l'Abkhazie et l'Ossétie-du-Sud. Mais pas pour la Transnistrie. Cette région séparatiste de Moldavie, plus petite que l'Île-du-Prince Édouard, se retrouve donc dans un vide juridique.
Tiraspol - À Tiraspol, la chute de l'Union soviétique n'a pas été complètement digérée. Devant le Soviet suprême, le parlement de la république autoproclamée de Transnistrie, un Lénine en granit rose semble regarder à l'horizon un rêve communiste déchu. Derrière lui, le drapeau transnistrien flotte, frappé de la faucille et du marteau.
Au-delà des symboles, les Transnistriens, en majorité russophones, ont des raisons bien terre-à-terre de regretter l'époque soviétique. Lorsqu'ils ont fait sécession de la Moldavie nouvellement indépendante en 1991, craignant notamment sa politique linguistique nationaliste pro-roumaine, ils sont tombés dans un vide juridique international.
«Le fait que nous ne soyons pas reconnus ne nous donne aucune confiance en l'avenir», confie Valentina, étudiante à l'Université d'État de Tiraspol. «Les jeunes ne veulent pas rester ici. Ils vont dans des pays où l'avenir est plus certain, comme la Russie, l'Ukraine ou la Moldavie», ajoute la future enseignante de 21 ans, qui, comme la majorité de ses concitoyens, appuie malgré tout l'indépendance.
Impossible de présenter son passeport transnistrien aux frontières internationales, donc impossible de sortir de cette bande de terre plus petite que l'Île-du-Prince-Édouard, située en majeure partie sur la rive orientale du Dniestr. À moins de devenir citoyen d'un pays reconnu.
De descendance ukrainienne, Valentina a pu se procurer un passeport de la république voisine. Presque la totalité des quelque 550 000 Transnistriens ont en poche des papiers moldaves, russes, ukrainiens ou autres. Voire plusieurs passeports. Question de survie.
La main de Moscou
Comme un vrai État, la Transnistrie a son gouvernement, sa monnaie, son armée et ses postes-frontières. Malgré cela, tous les pays de la planète la considèrent comme partie intégrante de la Moldavie.
Même la Russie, dont l'armée a appuyé les séparatistes durant la brève tentative des autorités moldaves de reprendre par les armes le contrôle de la région en 1992. Quelque 1500 soldats russes sont d'ailleurs toujours postés en Transnistrie et Moscou fournit annuellement une «aide humanitaire» vitale à la république séparatiste.
«Le statu quo est avantageux pour la Russie», note Vasile Botnaru, chef du bureau de Radio Free Europe à Chisinau, capitale de la Moldavie. «Pourquoi reconnaître la Transnistrie alors qu'actuellement, Moscou peut exercer une influence sur la vie politique de la Moldavie entière?»
La Moldavie offre une large autonomie à la Transnistrie pour qu'elle revienne dans son giron. Mais selon un officiel moldave, le gouvernement autoritaire transnistrien n'est qu'une «marionnette russe». Les clés de la résolution du conflit se trouveraient donc à Moscou, qui ne permettra un règlement que si elle est assurée de conserver sa mainmise sur la petite Moldavie.
Après les États baltes, l'Ukraine et la Géorgie, Moscou ne voudrait surtout pas voir une autre des anciennes républiques soviétiques sortir de sa sphère d'influence.
* * *
Vivre dans un non-pays
Pendant que leurs politiciens se chamaillent, les Transnistriens, eux, ont appris à vivre dans leur non-pays. «Il y a quelques années, le conflit était la première inquiétude des Moldaves et des Transnistriens. Aujourd'hui, c'est en septième place», note la sociologue Elena Babkova, directrice d'un institut de sondages à Tiraspol. «Les gens sont plus préoccupés par le chômage, le bas niveau de vie et la mauvaise qualité des soins.» Malgré 18 ans de vie séparée, une réconciliation entre Moldaves et Transnistriens serait plutôt facile au-delà des difficultés administratives, estime le politologue moldave Vladislav Koulminski. «Des deux côtés du Dniestr, il n'y a pas de haine entre les gens, dit-il. C'est un conflit entre les élites.»
La géopolitique n'est pas une science exacte. L'an dernier, l'Occident a reconnu l'indépendance du Kosovo. La Russie a fait de même pour l'Abkhazie et l'Ossétie-du-Sud. Mais pas pour la Transnistrie. Cette région séparatiste de Moldavie, plus petite que l'Île-du-Prince Édouard, se retrouve donc dans un vide juridique.
Tiraspol - À Tiraspol, la chute de l'Union soviétique n'a pas été complètement digérée. Devant le Soviet suprême, le parlement de la république autoproclamée de Transnistrie, un Lénine en granit rose semble regarder à l'horizon un rêve communiste déchu. Derrière lui, le drapeau transnistrien flotte, frappé de la faucille et du marteau.
«Le fait que nous ne soyons pas reconnus ne nous donne aucune confiance en l'avenir», confie Valentina, étudiante à l'Université d'État de Tiraspol. «Les jeunes ne veulent pas rester ici. Ils vont dans des pays où l'avenir est plus certain, comme la Russie, l'Ukraine ou la Moldavie», ajoute la future enseignante de 21 ans, qui, comme la majorité de ses concitoyens, appuie malgré tout l'indépendance.
Impossible de présenter son passeport transnistrien aux frontières internationales, donc impossible de sortir de cette bande de terre plus petite que l'Île-du-Prince-Édouard, située en majeure partie sur la rive orientale du Dniestr. À moins de devenir citoyen d'un pays reconnu.
De descendance ukrainienne, Valentina a pu se procurer un passeport de la république voisine. Presque la totalité des quelque 550 000 Transnistriens ont en poche des papiers moldaves, russes, ukrainiens ou autres. Voire plusieurs passeports. Question de survie.
La main de Moscou
Comme un vrai État, la Transnistrie a son gouvernement, sa monnaie, son armée et ses postes-frontières. Malgré cela, tous les pays de la planète la considèrent comme partie intégrante de la Moldavie.
Même la Russie, dont l'armée a appuyé les séparatistes durant la brève tentative des autorités moldaves de reprendre par les armes le contrôle de la région en 1992. Quelque 1500 soldats russes sont d'ailleurs toujours postés en Transnistrie et Moscou fournit annuellement une «aide humanitaire» vitale à la république séparatiste.
«Le statu quo est avantageux pour la Russie», note Vasile Botnaru, chef du bureau de Radio Free Europe à Chisinau, capitale de la Moldavie. «Pourquoi reconnaître la Transnistrie alors qu'actuellement, Moscou peut exercer une influence sur la vie politique de la Moldavie entière?»
La Moldavie offre une large autonomie à la Transnistrie pour qu'elle revienne dans son giron. Mais selon un officiel moldave, le gouvernement autoritaire transnistrien n'est qu'une «marionnette russe». Les clés de la résolution du conflit se trouveraient donc à Moscou, qui ne permettra un règlement que si elle est assurée de conserver sa mainmise sur la petite Moldavie.
Après les États baltes, l'Ukraine et la Géorgie, Moscou ne voudrait surtout pas voir une autre des anciennes républiques soviétiques sortir de sa sphère d'influence.
* * *
Vivre dans un non-pays
Pendant que leurs politiciens se chamaillent, les Transnistriens, eux, ont appris à vivre dans leur non-pays. «Il y a quelques années, le conflit était la première inquiétude des Moldaves et des Transnistriens. Aujourd'hui, c'est en septième place», note la sociologue Elena Babkova, directrice d'un institut de sondages à Tiraspol. «Les gens sont plus préoccupés par le chômage, le bas niveau de vie et la mauvaise qualité des soins.» Malgré 18 ans de vie séparée, une réconciliation entre Moldaves et Transnistriens serait plutôt facile au-delà des difficultés administratives, estime le politologue moldave Vladislav Koulminski. «Des deux côtés du Dniestr, il n'y a pas de haine entre les gens, dit-il. C'est un conflit entre les élites.»
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vendredi 10 avril 2009
Moldavie: Pourquoi les débordements ont-ils eu lieu?
Article paru dans le journal Le Soir (Bruxelles) le 9 avril 2009.
Moscou - Après les violentes manifestations de mardi qui ont fait un mort et des centaines de blessés à Chisinau, l'heure était aux questionnements dans la petite ex-république soviétique de Moldavie. Le président Vladimir Voronine a accusé la Roumanie voisine d'être impliquée dans les troubles, y voyant une tentative du grand frère roumanophone de déstabiliser son pays. Le parquet moldave a ouvert une enquête pour tentative de coup d'Etat.
L'ambassadeur roumain a été sommé de quitter Chisinau dans les 24 heures et le gouvernement moldave a réintroduit en vitesse le régime de visa pour les Roumains. Bucarest considère ces accusations comme une « provocation » de la part du pouvoir communiste, avec qui elle n'a jamais eu de bonnes relations.
Mercredi, à peine plus de mille protestataires étaient réunis sur Piata Marii Adunari Nationale, la place centrale de Chisinau. La veille, ils étaient environ 15.000, surpassant largement en nombre les policiers déployés. Mais que s'est-il donc passé pour qu'une manifestation censée être spontanée et pacifique, selon ses organisateurs, dégénère et que des participants envahissent et saccagent le parlement et la présidence ?
Natalia Gligor a tout vu. La coordinatrice de l'ONG Promo-Lex, qui milite pour le développement de la démocratie en Moldavie, faisait partie des manifestants. Au bout du fil, la jeune femme se dit surprise : « Ce fut une réaction en chaîne. Des protestataires ont commencé à lancer des bouteilles d'eau sur les policiers, puis des oeufs et des pavés. Les policiers sont devenus agressifs. »
Natalia est convaincue qu'il y avait des provocateurs dans la foule. Une idée partagée par des chefs de l'opposition. « Ces gens-là n'avaient rien à voir avec les autres, la majorité, qui étaient descendus dans la rue pour protester pacifiquement contre le résultat des élections », dit-elle.
La semaine dernière, lors du passage du Soir à Chisinau, aucun observateur ne s'attendait à des manifestations d'une telle envergure après l'élection. L'opposition morcelée promettait de sortir dans les rues pour dénoncer les conditions injustes de la campagne électorale, alors que les communistes bénéficiaient d'une couverture avantageuse dans les médias d'État et des médias privés. Les partis d'opposition auront joué un rôle secondaire dans le mouvement de protestation.
On apprenait toutefois mercredi soir que les communistes n'ont pas obtenu la majorité nécessaire pour élire le président du pays.
Lundi, des milliers de jeunes et des membres d'ONG se sont mis à communiquer via les sites de réseau social comme Facebook et Twitter et par SMS, appelant à sortir dans les rues pour dénoncer ce qu'ils croyaient une victoire communiste. « Nous sommes allés manifester parce que c'est nous-mêmes, les jeunes, qui avons organisé cela. Pas l'opposition », explique Natalia. Bien que les partis libéraux se soient pour la plupart joints aux manifestations, aucun leader n'est sorti du lot pour unir la foule et la contenir lorsque les débordements ont commencé. Les manifestants ne portaient pas un message unifié. « Certains demandaient de nouvelles élections, d'autres scandaient "A bas les communistes !" et pour d'autres c'était "Réunifions-nous avec la Roumanie !" », dit Natalia.
Au final, les violences pourraient profiter à la principale cible des manifestants, le président Vladimir Voronine. « Le pouvoir est en train de transférer l'image de criminels vers les partis politiques d'opposition », analyse le politologue Andreï Popov.
Quant aux résultats des élections, M. Popov préfère ne pas se prononcer sur l'objectivité de la mission de l'OSCE, qui a conclu que le scrutin répondait à la plupart des normes internationales. « Il y a un sentiment dans la population que l'élection a été falsifiée, rappelle-t-il prudemment. L'Union européenne se dit qu'elle ne peut se montrer trop dure envers le pouvoir puisque ça risquerait de le pousser dans les bras de la Russie. »
Moscou - Après les violentes manifestations de mardi qui ont fait un mort et des centaines de blessés à Chisinau, l'heure était aux questionnements dans la petite ex-république soviétique de Moldavie. Le président Vladimir Voronine a accusé la Roumanie voisine d'être impliquée dans les troubles, y voyant une tentative du grand frère roumanophone de déstabiliser son pays. Le parquet moldave a ouvert une enquête pour tentative de coup d'Etat.
L'ambassadeur roumain a été sommé de quitter Chisinau dans les 24 heures et le gouvernement moldave a réintroduit en vitesse le régime de visa pour les Roumains. Bucarest considère ces accusations comme une « provocation » de la part du pouvoir communiste, avec qui elle n'a jamais eu de bonnes relations.
Mercredi, à peine plus de mille protestataires étaient réunis sur Piata Marii Adunari Nationale, la place centrale de Chisinau. La veille, ils étaient environ 15.000, surpassant largement en nombre les policiers déployés. Mais que s'est-il donc passé pour qu'une manifestation censée être spontanée et pacifique, selon ses organisateurs, dégénère et que des participants envahissent et saccagent le parlement et la présidence ?
Natalia Gligor a tout vu. La coordinatrice de l'ONG Promo-Lex, qui milite pour le développement de la démocratie en Moldavie, faisait partie des manifestants. Au bout du fil, la jeune femme se dit surprise : « Ce fut une réaction en chaîne. Des protestataires ont commencé à lancer des bouteilles d'eau sur les policiers, puis des oeufs et des pavés. Les policiers sont devenus agressifs. »
Natalia est convaincue qu'il y avait des provocateurs dans la foule. Une idée partagée par des chefs de l'opposition. « Ces gens-là n'avaient rien à voir avec les autres, la majorité, qui étaient descendus dans la rue pour protester pacifiquement contre le résultat des élections », dit-elle.
La semaine dernière, lors du passage du Soir à Chisinau, aucun observateur ne s'attendait à des manifestations d'une telle envergure après l'élection. L'opposition morcelée promettait de sortir dans les rues pour dénoncer les conditions injustes de la campagne électorale, alors que les communistes bénéficiaient d'une couverture avantageuse dans les médias d'État et des médias privés. Les partis d'opposition auront joué un rôle secondaire dans le mouvement de protestation.
On apprenait toutefois mercredi soir que les communistes n'ont pas obtenu la majorité nécessaire pour élire le président du pays.
Lundi, des milliers de jeunes et des membres d'ONG se sont mis à communiquer via les sites de réseau social comme Facebook et Twitter et par SMS, appelant à sortir dans les rues pour dénoncer ce qu'ils croyaient une victoire communiste. « Nous sommes allés manifester parce que c'est nous-mêmes, les jeunes, qui avons organisé cela. Pas l'opposition », explique Natalia. Bien que les partis libéraux se soient pour la plupart joints aux manifestations, aucun leader n'est sorti du lot pour unir la foule et la contenir lorsque les débordements ont commencé. Les manifestants ne portaient pas un message unifié. « Certains demandaient de nouvelles élections, d'autres scandaient "A bas les communistes !" et pour d'autres c'était "Réunifions-nous avec la Roumanie !" », dit Natalia.
Au final, les violences pourraient profiter à la principale cible des manifestants, le président Vladimir Voronine. « Le pouvoir est en train de transférer l'image de criminels vers les partis politiques d'opposition », analyse le politologue Andreï Popov.
Quant aux résultats des élections, M. Popov préfère ne pas se prononcer sur l'objectivité de la mission de l'OSCE, qui a conclu que le scrutin répondait à la plupart des normes internationales. « Il y a un sentiment dans la population que l'élection a été falsifiée, rappelle-t-il prudemment. L'Union européenne se dit qu'elle ne peut se montrer trop dure envers le pouvoir puisque ça risquerait de le pousser dans les bras de la Russie. »
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Moldavie
Désastre imminent en Moldavie
Article publié dans La Presse le 4 avril 2009. Comme vous voyez, nous attendions plus le désastre économique que les troubles post-électoraux...
Carbuna, Moldavie - En prévision des élections législatives de demain en Moldavie, le gouvernement communiste sortant fait tout pour retarder les effets de la crise économique mondiale sur cette petite ex-république soviétique. Mais le pays, déjà le plus pauvre d'Europe, fera face à un désastre imminent à l'issue du scrutin, nous raconte notre collaborateur.
Le village de Carbuna, à 30 km au sud de la capitale de la Moldavie, Chisinau, vit plus au rythme des chants de coq et des aboiements de chiens qu'à celui des quelques rares voitures qui y passent. En ce dimanche après-midi, la plupart des hommes qui ne sont pas partis travailler à l'extérieur du pays sont fortement éméchés.
Comme la plupart de ses voisins, Alexandru Craciun, 24 ans, se rend aussi souvent que possible sur les chantiers de construction de Moscou et d'Odessa (en Ukraine) pour nourrir sa femme, enceinte, et son fils de 5 ans. Mais avec la crise économique qui frappe durement la Russie et l'Ukraine, où se trouvent 60% des quelque 350 000 travailleurs immigrés moldaves qui constituent le quart de la population active du pays, Alexandru n'est plus certain de pouvoir repartir de sitôt.
L'entreprise pour laquelle il a travaillé illégalement d'octobre à décembre sept jours sur sept pendant trois mois n'a plus d'emploi pour lui. Et elle lui doit toujours les deux tiers de son salaire de 4500$. Auparavant, il était toujours payé rubis sur l'ongle.
"Le Moldave qui dirige le chantier a dit que dès que l'entreprise recevrait les ristournes de ses placements à la banque, ils nous verseraient le reste", explique Alexandru, confiant de recevoir un jour le fruit de ses labeurs. Malgré le retard de paiement, il est prêt à repartir à la première promesse d'emploi. "Dans le village, il n'y a rien à faire de toute façon."
Dimanche, Alexandru compte voter communiste. "Ils ont construit des routes et augmenté les chèques de retraite", justifie-t-il.
Son amie Aleona Samateos, 38 ans, hésite toujours, mais donnera probablement elle aussi sa voix aux "rouges". Elle n'est toutefois pas dupe sur la stratégie préélectorale du président sortant, Vladimir Voronine, un homme qu'elle apprécie. "Les prix des produits ont diminué dernièrement, mais après l'élection, c'est certain qu'ils augmenteront de nouveau."
La stratégie peu subtile du Parti des communistes, qui appelle à voter "pour la stabilité", risque malgré tout fort bien de fonctionner. Selon le dernier sondage préélectoral, ils sont crédités de 36,2% des suffrages, contre seulement 8,3% pour les libéraux-démocrates et 8,2% pour le Parti libéral.
La dizaine d'autres partis en lice ne devrait pas atteindre le seuil minimal de 6% des voix pour entrer au parlement, laissant le champ libre à une majorité de sièges pour les communistes, au pouvoir depuis 2001.
Jusqu'au-boutisme
La politique jusqu'au-boutiste de déni de la crise du président Voronine ne pourra toutefois pas durer éternellement. De janvier à mars, la Banque nationale de Moldavie a sacrifié près du tiers de sa réserve en devises pour éviter que sa monnaie, le leu, ne s'effondre par rapport au dollar.
Dans les autres républiques ex-soviétiques à l'économie similaire, les monnaies nationales ont dû être dévaluées d'au moins 20% face au billet vert au cours des derniers mois. Les importations étant trois fois plus importantes que les exportations en Moldavie, une dévaluation donnera un dur coup à la consommation.
La diminution des transferts d'argent par les travailleurs immigrés, précieuse source de devises, risque de faire encore plus mal à son économie fragile. L'an dernier ces transferts représentaient 38% du PIB du pays, faisant de la Moldavie, pays de 4,3 millions d'habitants, le deuxième État de la planète le plus dépendant de ses travailleurs migrants après le Tadjikistan.
"Ce sera une bombe sociale si les travailleurs ne repartent pas durant le printemps", prévient Ghenadie Cretu, qui observe les phénomènes de migration du travail au bureau de Chisinau de l'Organisation internationale pour les migrations.
Carbuna, Moldavie - En prévision des élections législatives de demain en Moldavie, le gouvernement communiste sortant fait tout pour retarder les effets de la crise économique mondiale sur cette petite ex-république soviétique. Mais le pays, déjà le plus pauvre d'Europe, fera face à un désastre imminent à l'issue du scrutin, nous raconte notre collaborateur.
Le village de Carbuna, à 30 km au sud de la capitale de la Moldavie, Chisinau, vit plus au rythme des chants de coq et des aboiements de chiens qu'à celui des quelques rares voitures qui y passent. En ce dimanche après-midi, la plupart des hommes qui ne sont pas partis travailler à l'extérieur du pays sont fortement éméchés.
L'entreprise pour laquelle il a travaillé illégalement d'octobre à décembre sept jours sur sept pendant trois mois n'a plus d'emploi pour lui. Et elle lui doit toujours les deux tiers de son salaire de 4500$. Auparavant, il était toujours payé rubis sur l'ongle.
"Le Moldave qui dirige le chantier a dit que dès que l'entreprise recevrait les ristournes de ses placements à la banque, ils nous verseraient le reste", explique Alexandru, confiant de recevoir un jour le fruit de ses labeurs. Malgré le retard de paiement, il est prêt à repartir à la première promesse d'emploi. "Dans le village, il n'y a rien à faire de toute façon."
Dimanche, Alexandru compte voter communiste. "Ils ont construit des routes et augmenté les chèques de retraite", justifie-t-il.
Son amie Aleona Samateos, 38 ans, hésite toujours, mais donnera probablement elle aussi sa voix aux "rouges". Elle n'est toutefois pas dupe sur la stratégie préélectorale du président sortant, Vladimir Voronine, un homme qu'elle apprécie. "Les prix des produits ont diminué dernièrement, mais après l'élection, c'est certain qu'ils augmenteront de nouveau."
La stratégie peu subtile du Parti des communistes, qui appelle à voter "pour la stabilité", risque malgré tout fort bien de fonctionner. Selon le dernier sondage préélectoral, ils sont crédités de 36,2% des suffrages, contre seulement 8,3% pour les libéraux-démocrates et 8,2% pour le Parti libéral.
La dizaine d'autres partis en lice ne devrait pas atteindre le seuil minimal de 6% des voix pour entrer au parlement, laissant le champ libre à une majorité de sièges pour les communistes, au pouvoir depuis 2001.
Jusqu'au-boutisme
La politique jusqu'au-boutiste de déni de la crise du président Voronine ne pourra toutefois pas durer éternellement. De janvier à mars, la Banque nationale de Moldavie a sacrifié près du tiers de sa réserve en devises pour éviter que sa monnaie, le leu, ne s'effondre par rapport au dollar.
Dans les autres républiques ex-soviétiques à l'économie similaire, les monnaies nationales ont dû être dévaluées d'au moins 20% face au billet vert au cours des derniers mois. Les importations étant trois fois plus importantes que les exportations en Moldavie, une dévaluation donnera un dur coup à la consommation.
La diminution des transferts d'argent par les travailleurs immigrés, précieuse source de devises, risque de faire encore plus mal à son économie fragile. L'an dernier ces transferts représentaient 38% du PIB du pays, faisant de la Moldavie, pays de 4,3 millions d'habitants, le deuxième État de la planète le plus dépendant de ses travailleurs migrants après le Tadjikistan.
"Ce sera une bombe sociale si les travailleurs ne repartent pas durant le printemps", prévient Ghenadie Cretu, qui observe les phénomènes de migration du travail au bureau de Chisinau de l'Organisation internationale pour les migrations.
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Moldavie
La Russie garde la Moldavie dans sa sphère d'influence
Article publié dans La Croix, le 3 avril 2009.
Alors que la Moldavie élit dimanche son nouveau Parlement où les communistes devraient conserver la majorité après huit ans de pouvoir, les Européens se sentent écartés des négociations sur le statut de la Transnistrie. Dans cette région séparatiste, de facto indépendante depuis 1991, Moscou marque des points.
Un diplomate européen en poste à Chisinau parle de «grande défaite diplomatique». Avant de partir pour Moscou le 18 mars pour rencontrer son homologue russe Dmitri Medvedev et le leader transnistrien Igor Smirnov, le président moldave Vladimir Voronine avait assuré les Occidentaux qu'il n'y signerait aucun document. « À son retour, il s'est présenté devant nous la tête baissée », note le diplomate.
Le président moldave venait de parapher une déclaration commune dans laquelle les leaders réaffirmaient leur foi en la formule de négociation 5 + 2 (Russie, Ukraine, OSCE, États-Unis et UE, plus Moldavie et Transnistrie), inactive depuis février 2006.
Dans les faits, la Russie se posait ainsi en seul interlocuteur valable pour régler le statut de cette bande de terre deux fois grande comme le Luxembourg, située sur la rive orientale du Dniestr. Selon le politologue Vladislav Koulminski, le président moldave n'a pas fait de grande concession stratégique à Moscou, si ce n'est d'accepter la présence militaire russe en Transnistrie jusqu'au règlement final de son statut. « Le problème, c'est surtout que cela a été fait dans le dos de l'Europe. »
Malgré cette petite trahison, les Occidentaux ne peuvent se permettre de critiquer trop vertement les communistes de Vladimir Voronine, qui devraient remporter leur troisième élection consécutive dimanche. « L'Europe ne veut pas les pousser davantage vers la Russie », souligne Vladislav Koulminski. Le président Voronine, à la fois pro-européen et prorusse, a d'ailleurs su naviguer durant ses huit années de pouvoir entre ces deux pôles d'attraction, souvent à des fins électoralistes.
Les Occidentaux ont été beaucoup moins actifs que les Russes dans le dossier et sont donc en partie responsables de leur mise de côté, estime pour sa part le journaliste transnistrien d'opposition Andreï Safonov. « Les États-Unis et l'Union européenne n'ont jamais vraiment proposé de plan concret pour résoudre le conflit. »
Officieusement, le régime transnistrien n'exclut pas une forme d'union lâche avec la Moldavie, même si l'indépendance suivie d'un rattachement - peu probable - à la Russie demeure officiellement l'option privilégiée. Mais puisque le régime de Tiraspol est soutenu financièrement et politiquement par les Russes, les clés du règlement se trouvent à Moscou, selon le vice-ministre moldave à la réintégration, Ion Stavila.
« La Russie utilise la Transnistrie pour contrôler l'ensemble de la vie politique moldave », ajoute Vladislav Koulminski. Le statu quo étant tolérable pour Moscou et Tiraspol, le conflit ne pourra être réglé que si le Kremlin est certain de pouvoir maintenir une emprise sur la Moldavie entière. Après les Baltes, la Géorgie et l'Ukraine, pas question pour Moscou de laisser une autre ex-république soviétique sortir de sa sphère d'influence.
Alors que la Moldavie élit dimanche son nouveau Parlement où les communistes devraient conserver la majorité après huit ans de pouvoir, les Européens se sentent écartés des négociations sur le statut de la Transnistrie. Dans cette région séparatiste, de facto indépendante depuis 1991, Moscou marque des points.
Un diplomate européen en poste à Chisinau parle de «grande défaite diplomatique». Avant de partir pour Moscou le 18 mars pour rencontrer son homologue russe Dmitri Medvedev et le leader transnistrien Igor Smirnov, le président moldave Vladimir Voronine avait assuré les Occidentaux qu'il n'y signerait aucun document. « À son retour, il s'est présenté devant nous la tête baissée », note le diplomate.
Dans les faits, la Russie se posait ainsi en seul interlocuteur valable pour régler le statut de cette bande de terre deux fois grande comme le Luxembourg, située sur la rive orientale du Dniestr. Selon le politologue Vladislav Koulminski, le président moldave n'a pas fait de grande concession stratégique à Moscou, si ce n'est d'accepter la présence militaire russe en Transnistrie jusqu'au règlement final de son statut. « Le problème, c'est surtout que cela a été fait dans le dos de l'Europe. »
Malgré cette petite trahison, les Occidentaux ne peuvent se permettre de critiquer trop vertement les communistes de Vladimir Voronine, qui devraient remporter leur troisième élection consécutive dimanche. « L'Europe ne veut pas les pousser davantage vers la Russie », souligne Vladislav Koulminski. Le président Voronine, à la fois pro-européen et prorusse, a d'ailleurs su naviguer durant ses huit années de pouvoir entre ces deux pôles d'attraction, souvent à des fins électoralistes.
Les Occidentaux ont été beaucoup moins actifs que les Russes dans le dossier et sont donc en partie responsables de leur mise de côté, estime pour sa part le journaliste transnistrien d'opposition Andreï Safonov. « Les États-Unis et l'Union européenne n'ont jamais vraiment proposé de plan concret pour résoudre le conflit. »
Officieusement, le régime transnistrien n'exclut pas une forme d'union lâche avec la Moldavie, même si l'indépendance suivie d'un rattachement - peu probable - à la Russie demeure officiellement l'option privilégiée. Mais puisque le régime de Tiraspol est soutenu financièrement et politiquement par les Russes, les clés du règlement se trouvent à Moscou, selon le vice-ministre moldave à la réintégration, Ion Stavila.
« La Russie utilise la Transnistrie pour contrôler l'ensemble de la vie politique moldave », ajoute Vladislav Koulminski. Le statu quo étant tolérable pour Moscou et Tiraspol, le conflit ne pourra être réglé que si le Kremlin est certain de pouvoir maintenir une emprise sur la Moldavie entière. Après les Baltes, la Géorgie et l'Ukraine, pas question pour Moscou de laisser une autre ex-république soviétique sortir de sa sphère d'influence.
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Sotchi, nouvel eldorado des politiciens russes
Article publié dans La Presse le 25 mars 2009 (depuis, Nemtsov a finalement été enregistré comme candidat)
MOSCOU - Boris Nemtsov lui-même ne croit pas trop en ses chances. Non pas d'être élu à la marie le 26 avril prochain, mais même d'être enregistré comme candidat cette semaine. L'ancien vice-premier ministre sous Boris Eltsine, devenu l 'un des principaux leaders du mouvement d'opposition "Solidarnost ", avec l'ex-champion d'échecs Garry Kasparov, croit que la commission électorale trouvera un moyen de rejeter sa candidature, même s'il effectue le dépôt requis de 300 000 roubles (11 000 $ CAN).
" Je ne sais pas comment ils s'y prendront pour me refuser. Je ne suis pas Poutine ! " lance Boris Nemtsov en ent revue téléphonique avec La Presse la semaine dernière, en référence à l'ex-président devenu premier ministre tout-puissant. À son avis, c'est Poutine et ses hommes qui dicteront la marche à suivre à la commission. " Ils ont 47 raisons de rejeter ma candidature selon la loi électorale ", souligne-t-il.
Pourquoi se présenter, alors ? " Si je suis sur le bulletin de vote, je deviendrai maire de Sotchi ", est convaincu le politicien de 49 ans, bien connu dans sa ville. Lundi, il a cependant été attaqué avec de l'ammoniaque par des " partisans de Poutine ", qui n'auraient pas apprécié ses critiques sur la tenue des JO à Sotchi.
Le politologue Nikolaï Petrov, du Centre Carnegie de Moscou, explique que la ma i r ie de Sotchi est aujourd'hui " le plus haut poste électif du pays ", puisqu'e lle est considérée comme la troisième capitale de Russie, après Moscou et Saint- Pétersbourg, dont les maires sont nommés directement par le Kremlin. La campagne sera ainsi très médiatisée. Pas étonnant alors qu'on se bouscule au portillon.
D'autant plus qu'avec les Jeux olympiques qui arrivent à grands pas, plusieurs flairent les avantages politiques et financiers de décrocher la mairie. Boris Nemtsov croit toutefois que le Kremlin a décidé de parachuter des candidats fantoches de Moscou simplement pour lui enlever de la visibilité.
"Le Kremlin ne veut pas se compliquer la vie, ajoute Nikolaï Petrov. Quiconque participera dans la lutte le fera avec son accord. " Le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, extrême droite), roche du pouvoir, a ainsi lancé, le 13 mars, dans la course l'un de ses députés les plus célèbres à l'étranger : Andreï Lougovoï, principal suspect dans le meurtre à Londres, en 2006, de l'exagent du FSB (services secrets russes) Alexander Litvinenko. La justice britannique exigeant son extradition, le LDPR l'avait fait élire à la Douma (chambre basse) en décembre 2007 pour lui assurer l'immunité parlementaire. Mais, surprise, Lougovoï a retiré hier sa candidature.
L'intrigant milliadaire Alexander Lebedev a aussi annoncé sa candidatu re la semaine dernière. Elle a tout de suite été appuyée par son ami et partenaire d'affaires, l'exdirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. L'ancien agent du KGB, allié puis opposant très modéré à Vladimir Poutine, souhaite remettre de l'ordre dans la ville avant les JO de 2014.
Comme Nemtsov, il propose même de déplacer la plupart des épreuves olympiques à des milliers de kilomètres de Sotchi pour éviter la construction de gigantesques installations sportives d'hiver en climat subtropical, qui pourraient se transformer en éléphants blancs. D'autant plus qu'avec la crise, le budget pour la construction des infrastructures a dû être amputé des deux tiers cette année.
Neuf candidats sont actuellement en lice, alors que la ballerine Anastasia Volotchkova a fait part hier de son intérêt à se lancer dans la course.
Sotchi a connu quatre maires en un an. Le premier est parti diriger Olympstroï , la société d'État responsable de la construction des installations olympiques. Le second à être élu a quitté après à peine trois mois pour des raisons de santé. Les deux autres assura ient leur intér im, dont Anatoly Pakhomov. Il sera le candidat du parti de Vladimir Poutine, Russie Unie, et son affiliation risque bien de lui permettre de conserver le poste.
Indépendance convoitée
Pourquoi tant de candidats ? C'est que depuis 2004, les gouverneurs régionaux ne sont plus élus au suffrage universel, mais suggérés par le Kremlin pour approbation par les parlements régionaux. La mairie est donc devenu le poste le plus important en région qui ne dépende pas directement de Moscou.
Mais l'indépendance n'est pas sans danger. Au cours des dernières années, les maires de grandes villes comme Tomsk, Volgograd, Vladivostok et Arkhangelsk se sont retrouvés derrière les barreaux. Tantôt pour avoir prétendument pigé dans la caisse de la ville, tantôt pour corruption ou même... pour avoir falsifié un diplôme scolaire.
En Russie, toutes les accusations sont bonnes pour neutraliser les maires qui entrent en conflit avec les gouverneurs pour des questions budgétaires et de répartition des pouvoirs. Non pas que les premiers magistrats soient toujours blancs comme neige. Mais la loyauté est souvent plus importante que l'honnêteté lorsque les décisions de justice sont dictées par le pouvoir central.
MOSCOU - Boris Nemtsov lui-même ne croit pas trop en ses chances. Non pas d'être élu à la marie le 26 avril prochain, mais même d'être enregistré comme candidat cette semaine. L'ancien vice-premier ministre sous Boris Eltsine, devenu l 'un des principaux leaders du mouvement d'opposition "Solidarnost ", avec l'ex-champion d'échecs Garry Kasparov, croit que la commission électorale trouvera un moyen de rejeter sa candidature, même s'il effectue le dépôt requis de 300 000 roubles (11 000 $ CAN).
" Je ne sais pas comment ils s'y prendront pour me refuser. Je ne suis pas Poutine ! " lance Boris Nemtsov en ent revue téléphonique avec La Presse la semaine dernière, en référence à l'ex-président devenu premier ministre tout-puissant. À son avis, c'est Poutine et ses hommes qui dicteront la marche à suivre à la commission. " Ils ont 47 raisons de rejeter ma candidature selon la loi électorale ", souligne-t-il.
Pourquoi se présenter, alors ? " Si je suis sur le bulletin de vote, je deviendrai maire de Sotchi ", est convaincu le politicien de 49 ans, bien connu dans sa ville. Lundi, il a cependant été attaqué avec de l'ammoniaque par des " partisans de Poutine ", qui n'auraient pas apprécié ses critiques sur la tenue des JO à Sotchi.
Le politologue Nikolaï Petrov, du Centre Carnegie de Moscou, explique que la ma i r ie de Sotchi est aujourd'hui " le plus haut poste électif du pays ", puisqu'e lle est considérée comme la troisième capitale de Russie, après Moscou et Saint- Pétersbourg, dont les maires sont nommés directement par le Kremlin. La campagne sera ainsi très médiatisée. Pas étonnant alors qu'on se bouscule au portillon.
D'autant plus qu'avec les Jeux olympiques qui arrivent à grands pas, plusieurs flairent les avantages politiques et financiers de décrocher la mairie. Boris Nemtsov croit toutefois que le Kremlin a décidé de parachuter des candidats fantoches de Moscou simplement pour lui enlever de la visibilité.
"Le Kremlin ne veut pas se compliquer la vie, ajoute Nikolaï Petrov. Quiconque participera dans la lutte le fera avec son accord. " Le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, extrême droite), roche du pouvoir, a ainsi lancé, le 13 mars, dans la course l'un de ses députés les plus célèbres à l'étranger : Andreï Lougovoï, principal suspect dans le meurtre à Londres, en 2006, de l'exagent du FSB (services secrets russes) Alexander Litvinenko. La justice britannique exigeant son extradition, le LDPR l'avait fait élire à la Douma (chambre basse) en décembre 2007 pour lui assurer l'immunité parlementaire. Mais, surprise, Lougovoï a retiré hier sa candidature.
L'intrigant milliadaire Alexander Lebedev a aussi annoncé sa candidatu re la semaine dernière. Elle a tout de suite été appuyée par son ami et partenaire d'affaires, l'exdirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. L'ancien agent du KGB, allié puis opposant très modéré à Vladimir Poutine, souhaite remettre de l'ordre dans la ville avant les JO de 2014.
Comme Nemtsov, il propose même de déplacer la plupart des épreuves olympiques à des milliers de kilomètres de Sotchi pour éviter la construction de gigantesques installations sportives d'hiver en climat subtropical, qui pourraient se transformer en éléphants blancs. D'autant plus qu'avec la crise, le budget pour la construction des infrastructures a dû être amputé des deux tiers cette année.
Neuf candidats sont actuellement en lice, alors que la ballerine Anastasia Volotchkova a fait part hier de son intérêt à se lancer dans la course.
Sotchi a connu quatre maires en un an. Le premier est parti diriger Olympstroï , la société d'État responsable de la construction des installations olympiques. Le second à être élu a quitté après à peine trois mois pour des raisons de santé. Les deux autres assura ient leur intér im, dont Anatoly Pakhomov. Il sera le candidat du parti de Vladimir Poutine, Russie Unie, et son affiliation risque bien de lui permettre de conserver le poste.
Indépendance convoitée
Pourquoi tant de candidats ? C'est que depuis 2004, les gouverneurs régionaux ne sont plus élus au suffrage universel, mais suggérés par le Kremlin pour approbation par les parlements régionaux. La mairie est donc devenu le poste le plus important en région qui ne dépende pas directement de Moscou.
Mais l'indépendance n'est pas sans danger. Au cours des dernières années, les maires de grandes villes comme Tomsk, Volgograd, Vladivostok et Arkhangelsk se sont retrouvés derrière les barreaux. Tantôt pour avoir prétendument pigé dans la caisse de la ville, tantôt pour corruption ou même... pour avoir falsifié un diplôme scolaire.
En Russie, toutes les accusations sont bonnes pour neutraliser les maires qui entrent en conflit avec les gouverneurs pour des questions budgétaires et de répartition des pouvoirs. Non pas que les premiers magistrats soient toujours blancs comme neige. Mais la loyauté est souvent plus importante que l'honnêteté lorsque les décisions de justice sont dictées par le pouvoir central.
Dur réveil pour la classe moyenne russe
Article publié dans le journal La Presse, le 21 mars 2009.
Moscou - Les Russes commençaient tout juste à prendre confiance en l'économie de marché. Après la difficile première décennie post-communiste, le pays voyait, pour la première fois de son histoire, se former une classe moyenne avec un pouvoir d'achat considérable. Elle retombe aujourd'hui sur terre.
Il y a un an, Viatcheslav Axionov a voté pour Dmitri Medvedev, le successeur désigné de Vladimir Poutine à la présidence de Russie. Tout ce que voulait ce tourneur-fraiseur de 35 ans, c'était que le pays continue sur sa lancée - croissance de 8,1% en 2007 - pour qu'il puisse réaliser son plan de vie personnel.
À l'été, Viatcheslav a contracté un prêt en dollars américains dans une banque. Le rouble avait rarement été aussi fort face au billet vert, à 23,7 contre un. Comme des millions de Russes, il profitait aussi du fait que les banques s'étaient mises à offrir depuis quatre ans des prêts à des taux décents, créant un véritable boom du crédit partout au pays.
En jumelant son prêt à ses économies des 10 dernières années, il s'est acheté un modeste appartement d'une pièce en banlieue de Moscou. Une fois les rénovations terminées, sa femme et lui pourraient enfin quitter les deux pièces transformées en trois qu'ils occupaient avec cinq autres membres de sa famille.
"Nous avions des buts, des salaires de plus en plus élevés. Nous croyions tous que ça continuerait comme ça, que notre pays deviendrait enfin un pays autonome. À la télévision, on nous disait que nous étions forts", se rappelle Viatcheslav.
Espoirs envolés
Depuis, les choses ont bien changé. En août, quelques jours après qu'il eut reçu l'argent de son prêt, la Russie et la Géorgie sont entrées en guerre. Rapidement, les capitaux étrangers ont commencé à déserter le pays. Début septembre, les deux indices boursiers de Moscou s'effondrent. Après un sommet à plus de 140$ durant l'été, le prix du baril de pétrole dégringole. L'économie russe, fortement dépendante des hydrocarbures, le suit dans sa chute.
En novembre, le gouvernement se voit contraint de dévaluer sa monnaie, longtemps soutenue artificiellement par rapport au dollar et à l'euro.
À l'image du pays, la situation financière de Viatcheslav s'est gravement détériorée. Il se compte chanceux de ne pas avoir perdu son travail, contrairement à près d'un million et demi de Russes depuis l'été. Mais en raison de la baisse du carnet de commandes de son entreprise, son salaire mensuel est passé de 52 000 à 35 000 roubles. En dollars, avec la dévaluation, il a ainsi vu ses revenus chuter de plus de 2000$ à un maigre 1000$. Son prêt, lui, est toujours payable en dollars, au taux actuel de 35,1 roubles pour 1$.
"Au début, les remboursements représentaient moins de 40% de mon salaire. Aujourd'hui, c'est près de 100%", constate celui qui deviendra père dans moins de deux mois. "Ma grand-mère me donne de l'argent pour meubler le nouvel appartement et je l'utilise pour payer mon prêt."
En croisade contre les banques
Viatcheslav est maintenant en croisade contre les banques. Avec d'autres emprunteurs, il estime que les institutions financières étaient obligées légalement de fixer un taux de change lors de la signature du contrat.
L'analyste Evgueni Nadorchine, de la banque Trust, réfute l'argument de Viatcheslav Axionov. "Ceux qui ont pris un crédit en dollars devaient comprendre qu'il y avait un risque. À l'époque, ils ont profité du dollar faible, maintenant ils voient l'autre côté de la médaille", tranche-t-il.
Il souligne toutefois que les prêts en devises étrangères ont surtout été contractés à Moscou et Saint-Pétersbourg et ne représentent qu'une partie des emprunts.
M. Nadorchine croit surtout que ce sont la baisse des salaires et le haut taux d'inflation liés à la crise qui risquent de donner un dur coup. Les classes supérieures et moyennes, grandes gagnantes de la croissance économique des dernières années et qui représentent aujourd'hui de 20 à 30% de la population, selon les estimations, en seront les premières touchées. "Leur mauvaise situation pourrait devenir une menace pour la stabilité sociale du pays", prédit-il.
Viatcheslav Axionov acquiesce. "Même si, à la base, nous sommes loin de la politique, nous serons obligés de nous engager. Nous étions la masse inerte sur laquelle se fondait l'État. Et maintenant, nous nous réveillons."
21,3%
Le pourcentage de Russes affirmant avoir subi une baisse de salaire depuis le début de la crise, l'automne dernier.
-2,2%
Le taux de décroissance du PIB envisagé pour 2009, après une croissance de 5,6% en 2008.
-30%
La chute des revenus de l'État russe en 2009.
Moscou - Les Russes commençaient tout juste à prendre confiance en l'économie de marché. Après la difficile première décennie post-communiste, le pays voyait, pour la première fois de son histoire, se former une classe moyenne avec un pouvoir d'achat considérable. Elle retombe aujourd'hui sur terre.
Il y a un an, Viatcheslav Axionov a voté pour Dmitri Medvedev, le successeur désigné de Vladimir Poutine à la présidence de Russie. Tout ce que voulait ce tourneur-fraiseur de 35 ans, c'était que le pays continue sur sa lancée - croissance de 8,1% en 2007 - pour qu'il puisse réaliser son plan de vie personnel.
En jumelant son prêt à ses économies des 10 dernières années, il s'est acheté un modeste appartement d'une pièce en banlieue de Moscou. Une fois les rénovations terminées, sa femme et lui pourraient enfin quitter les deux pièces transformées en trois qu'ils occupaient avec cinq autres membres de sa famille.
"Nous avions des buts, des salaires de plus en plus élevés. Nous croyions tous que ça continuerait comme ça, que notre pays deviendrait enfin un pays autonome. À la télévision, on nous disait que nous étions forts", se rappelle Viatcheslav.
Espoirs envolés
Depuis, les choses ont bien changé. En août, quelques jours après qu'il eut reçu l'argent de son prêt, la Russie et la Géorgie sont entrées en guerre. Rapidement, les capitaux étrangers ont commencé à déserter le pays. Début septembre, les deux indices boursiers de Moscou s'effondrent. Après un sommet à plus de 140$ durant l'été, le prix du baril de pétrole dégringole. L'économie russe, fortement dépendante des hydrocarbures, le suit dans sa chute.
En novembre, le gouvernement se voit contraint de dévaluer sa monnaie, longtemps soutenue artificiellement par rapport au dollar et à l'euro.
À l'image du pays, la situation financière de Viatcheslav s'est gravement détériorée. Il se compte chanceux de ne pas avoir perdu son travail, contrairement à près d'un million et demi de Russes depuis l'été. Mais en raison de la baisse du carnet de commandes de son entreprise, son salaire mensuel est passé de 52 000 à 35 000 roubles. En dollars, avec la dévaluation, il a ainsi vu ses revenus chuter de plus de 2000$ à un maigre 1000$. Son prêt, lui, est toujours payable en dollars, au taux actuel de 35,1 roubles pour 1$.
"Au début, les remboursements représentaient moins de 40% de mon salaire. Aujourd'hui, c'est près de 100%", constate celui qui deviendra père dans moins de deux mois. "Ma grand-mère me donne de l'argent pour meubler le nouvel appartement et je l'utilise pour payer mon prêt."
En croisade contre les banques
Viatcheslav est maintenant en croisade contre les banques. Avec d'autres emprunteurs, il estime que les institutions financières étaient obligées légalement de fixer un taux de change lors de la signature du contrat.
L'analyste Evgueni Nadorchine, de la banque Trust, réfute l'argument de Viatcheslav Axionov. "Ceux qui ont pris un crédit en dollars devaient comprendre qu'il y avait un risque. À l'époque, ils ont profité du dollar faible, maintenant ils voient l'autre côté de la médaille", tranche-t-il.
Il souligne toutefois que les prêts en devises étrangères ont surtout été contractés à Moscou et Saint-Pétersbourg et ne représentent qu'une partie des emprunts.
M. Nadorchine croit surtout que ce sont la baisse des salaires et le haut taux d'inflation liés à la crise qui risquent de donner un dur coup. Les classes supérieures et moyennes, grandes gagnantes de la croissance économique des dernières années et qui représentent aujourd'hui de 20 à 30% de la population, selon les estimations, en seront les premières touchées. "Leur mauvaise situation pourrait devenir une menace pour la stabilité sociale du pays", prédit-il.
Viatcheslav Axionov acquiesce. "Même si, à la base, nous sommes loin de la politique, nous serons obligés de nous engager. Nous étions la masse inerte sur laquelle se fondait l'État. Et maintenant, nous nous réveillons."
21,3%
Le pourcentage de Russes affirmant avoir subi une baisse de salaire depuis le début de la crise, l'automne dernier.
-2,2%
Le taux de décroissance du PIB envisagé pour 2009, après une croissance de 5,6% en 2008.
-30%
La chute des revenus de l'État russe en 2009.
Niazov: le dictateur bien-aimé
Article publié dans les journaux La Croix (6 janvier) et La Presse (version différente, 17 mars)
Bayram-Ali (Turkménistan)
Le président turkmène Saparmourad Niazov était connu comme l'un des dictateurs les plus durs et excentriques de la planète. Mais deux ans après sa mort subite, le 21 décembre 2006, bien peu de choses ont changé dans le pays et les Turkmènes regrettent encore leur oppresseur bien-aimé.
Maksad (1), 23 ans, fait visiter la petite maison qu'il habite avec sa grand-mère et la famille de sa tante, à quelques jets de pierre de Merv, cité antique qui fut un temps l'un des grands centres de l'islam avant le passage des troupes de Gengis Khan. « Nous vivons modestement », s'excuse-t-il presque, en baissant les yeux.
Dans la cour, le four à pain en terre cuite brûle jour et nuit le gaz que fournit gratuitement l'État turkmène. L'oncle boulanger de Maksad ne l'éteint jamais. Le jeune homme esquisse un sourire de fierté. « Nous sommes un pays riche. Nous avons de grandes réserves d'eau, de gaz et de pétrole ! »
Malgré cette abondance, Maksad n'a jamais pu trouver d'emploi sur sa terre natale. Comme plusieurs de ses compatriotes, il a dû partir vers l'eldorado russe pour ramener un salaire décent à la maison. Il n'est rentré au pays que récemment, expulsé de Russie après plus d'un an et demi de travail clandestin sur les chantiers de construction de Saratov. Il lui tarde déjà de repartir vers d'autres cieux, même s'il assure être un « patriote ». Son rêve le plus fou serait de s'envoler pour l'Inde et de devenir acteur à Bollywood.
Maksad ne semble toutefois pas relever le paradoxe entre la richesse de son pays et ses propres difficultés. Il faut dire que rien dans son environnement ne l'a jamais incité à développer son sens critique.
Il est né en 1985, l'année où le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev a nommé un certain Saparmourad Niazov premier secrétaire du Parti communiste du Turkménistan, se fiant à sa réputation de fonctionnaire servile et obéissant pour qu'il mène à bien ses réformes libérales.
Dès la chute de l'URSS, le chef du nouvel État indépendant turkmène s'empresse de refermer les bribes de liberté apportées par la glasnost et d'instaurer un culte de sa personnalité frôlant souvent le loufoque. Il s'est notamment autoproclamé Turkmenbachi (« père de tous les Turkmènes ») et président « à vie », a interdit l'opéra et le ballet et donné aux mois de l'année son nom, celui de sa mère et de héros oubliés de la nation.
Son Ruhnama - « livre de l'âme » -, aux fortes tendances révisionnistes et glorificatrices de sa propre histoire, était une lecture obligatoire dans les écoles et les administrations publiques jusqu'à tout récemment. Il demeure encore un ouvrage de référence. Écolier, Maksad a lu le Ruhnama, même s'il n'en a rien retenu de précis.
« Quand le président est mort, moi aussi j'ai pleuré, confie-t-il visiblement sincère. C'était un grand homme. Il a tellement fait pour notre pays. Il nous a donné notre indépendance et a adopté la politique de neutralité sur la scène internationale. »
La vie a-t-elle changé depuis l'arrivée au pouvoir du successeur du Turkmenbachi, l'ancien ministre de la santé Gourbangouly Berdymoukhamedov ? Maksad offre cette réponse paradoxale entendue chez plusieurs Turkmènes. « Non, c'est même mieux. » Il cite à titre d'amélioration la plus grande facilité de quitter le pays pour aller travailler. « Maintenant, les pensions sont versées aux retraités », ajoute-t-il.
Sa grand-mère, Madina, a la mémoire plus longue. L'énergique veuve septuagénaire, mère de dix enfants, ne reçoit que 25 € de l'État chaque mois. « Nous vivons dans la pauvreté ! s'emporte-t-elle. C'était cent fois mieux sous l'URSS ! »
Pour elle, l'arrivée d'un nouveau président n'a pas changé grand-chose. Elle n'a pas pu régler son grand drame personnel : depuis l'éclatement de l'Empire soviétique, elle n'a jamais pu retourner voir sa famille dans sa Boukhara natale, ville d'Ouzbékistan, à 250 km de là. « Mes proches meurent et je ne peux pas aller aux enterrements. Je reste ici à regarder mes larmes couler. »
Dans la capitale, Achkhabad, le changement a peu modifié le paysage, si ce n'est le visage sur les portraits présidentiels géants accrochés aux quatre coins de la ville. Et encore, la ressemblance physique entre l'ancien et le nouveau chef de l'État est déroutante... Les grues du groupe Bouygues - constructeur d'une bonne partie des monuments extravagants à la gloire du Turkmenbachi - sont en activité sur de nouveaux chantiers, sous les regards nonchalants des policiers postés à chaque intersection du centre-ville.
Les centaines de statues dorées du leader défunt trônent toujours un peu partout, même si le président Berdymoukhamedov a promis de déplacer du centre vers la périphérie la Tour de la neutralité, ornée en son sommet par un Turkmenbachi en or qui pivote en suivant la rotation du soleil.
Dans son atelier de couture, Ogouljamal est loin de se plaindre de sa qualité de vie. « Lorsque je regarde la télévision, je vois que dans d'autres pays, il y a des fusillades, des batailles, que tout est cher. Mais chez nous, tout est accessible. » La télévision, qu'elle regarde « peu, parce que, honnêtement, nous travaillons tout le temps », est son seul moyen de comparaison avec le monde extérieur, via les chaînes satellitaires russes.
Il n'existe que quatre cafés Internet à Achkhabad et peu de connexions privées. La littérature et les journaux étrangers, même russes, sont pratiquement introuvables dans le pays.
Ogouljamal assure qu'il existe bel et bien une liberté de parole au Turkménistan. Elle n'a toutefois jamais ressenti le besoin d'en tester les limites. « Pourquoi dirais-je quelque chose de mal contre le président si je ne trouve rien à redire contre sa politique ? »
(1) Pour des raisons de sécurité, les noms ont été modifiés.
Bayram-Ali (Turkménistan)
Le président turkmène Saparmourad Niazov était connu comme l'un des dictateurs les plus durs et excentriques de la planète. Mais deux ans après sa mort subite, le 21 décembre 2006, bien peu de choses ont changé dans le pays et les Turkmènes regrettent encore leur oppresseur bien-aimé.
Maksad (1), 23 ans, fait visiter la petite maison qu'il habite avec sa grand-mère et la famille de sa tante, à quelques jets de pierre de Merv, cité antique qui fut un temps l'un des grands centres de l'islam avant le passage des troupes de Gengis Khan. « Nous vivons modestement », s'excuse-t-il presque, en baissant les yeux.
Malgré cette abondance, Maksad n'a jamais pu trouver d'emploi sur sa terre natale. Comme plusieurs de ses compatriotes, il a dû partir vers l'eldorado russe pour ramener un salaire décent à la maison. Il n'est rentré au pays que récemment, expulsé de Russie après plus d'un an et demi de travail clandestin sur les chantiers de construction de Saratov. Il lui tarde déjà de repartir vers d'autres cieux, même s'il assure être un « patriote ». Son rêve le plus fou serait de s'envoler pour l'Inde et de devenir acteur à Bollywood.
Maksad ne semble toutefois pas relever le paradoxe entre la richesse de son pays et ses propres difficultés. Il faut dire que rien dans son environnement ne l'a jamais incité à développer son sens critique.
Il est né en 1985, l'année où le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev a nommé un certain Saparmourad Niazov premier secrétaire du Parti communiste du Turkménistan, se fiant à sa réputation de fonctionnaire servile et obéissant pour qu'il mène à bien ses réformes libérales.
Dès la chute de l'URSS, le chef du nouvel État indépendant turkmène s'empresse de refermer les bribes de liberté apportées par la glasnost et d'instaurer un culte de sa personnalité frôlant souvent le loufoque. Il s'est notamment autoproclamé Turkmenbachi (« père de tous les Turkmènes ») et président « à vie », a interdit l'opéra et le ballet et donné aux mois de l'année son nom, celui de sa mère et de héros oubliés de la nation.
Son Ruhnama - « livre de l'âme » -, aux fortes tendances révisionnistes et glorificatrices de sa propre histoire, était une lecture obligatoire dans les écoles et les administrations publiques jusqu'à tout récemment. Il demeure encore un ouvrage de référence. Écolier, Maksad a lu le Ruhnama, même s'il n'en a rien retenu de précis.
« Quand le président est mort, moi aussi j'ai pleuré, confie-t-il visiblement sincère. C'était un grand homme. Il a tellement fait pour notre pays. Il nous a donné notre indépendance et a adopté la politique de neutralité sur la scène internationale. »
La vie a-t-elle changé depuis l'arrivée au pouvoir du successeur du Turkmenbachi, l'ancien ministre de la santé Gourbangouly Berdymoukhamedov ? Maksad offre cette réponse paradoxale entendue chez plusieurs Turkmènes. « Non, c'est même mieux. » Il cite à titre d'amélioration la plus grande facilité de quitter le pays pour aller travailler. « Maintenant, les pensions sont versées aux retraités », ajoute-t-il.
Sa grand-mère, Madina, a la mémoire plus longue. L'énergique veuve septuagénaire, mère de dix enfants, ne reçoit que 25 € de l'État chaque mois. « Nous vivons dans la pauvreté ! s'emporte-t-elle. C'était cent fois mieux sous l'URSS ! »
Pour elle, l'arrivée d'un nouveau président n'a pas changé grand-chose. Elle n'a pas pu régler son grand drame personnel : depuis l'éclatement de l'Empire soviétique, elle n'a jamais pu retourner voir sa famille dans sa Boukhara natale, ville d'Ouzbékistan, à 250 km de là. « Mes proches meurent et je ne peux pas aller aux enterrements. Je reste ici à regarder mes larmes couler. »
Dans la capitale, Achkhabad, le changement a peu modifié le paysage, si ce n'est le visage sur les portraits présidentiels géants accrochés aux quatre coins de la ville. Et encore, la ressemblance physique entre l'ancien et le nouveau chef de l'État est déroutante... Les grues du groupe Bouygues - constructeur d'une bonne partie des monuments extravagants à la gloire du Turkmenbachi - sont en activité sur de nouveaux chantiers, sous les regards nonchalants des policiers postés à chaque intersection du centre-ville.
Les centaines de statues dorées du leader défunt trônent toujours un peu partout, même si le président Berdymoukhamedov a promis de déplacer du centre vers la périphérie la Tour de la neutralité, ornée en son sommet par un Turkmenbachi en or qui pivote en suivant la rotation du soleil.
Dans son atelier de couture, Ogouljamal est loin de se plaindre de sa qualité de vie. « Lorsque je regarde la télévision, je vois que dans d'autres pays, il y a des fusillades, des batailles, que tout est cher. Mais chez nous, tout est accessible. » La télévision, qu'elle regarde « peu, parce que, honnêtement, nous travaillons tout le temps », est son seul moyen de comparaison avec le monde extérieur, via les chaînes satellitaires russes.
Il n'existe que quatre cafés Internet à Achkhabad et peu de connexions privées. La littérature et les journaux étrangers, même russes, sont pratiquement introuvables dans le pays.
Ogouljamal assure qu'il existe bel et bien une liberté de parole au Turkménistan. Elle n'a toutefois jamais ressenti le besoin d'en tester les limites. « Pourquoi dirais-je quelque chose de mal contre le président si je ne trouve rien à redire contre sa politique ? »
(1) Pour des raisons de sécurité, les noms ont été modifiés.
Libellés :
Asie centrale,
Réalités internationales
jeudi 12 mars 2009
Washington et Moscou se font les yeux doux
Article publié dans La Presse, le jeudi 12 mars 2009.
(Moscou) La Russie et les États-Unis veulent faire table rase du passé. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a symboliquement offert un «bouton de redémarrage» au ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov lors de leur première rencontre à Genève vendredi dernier. Au-delà de l'anecdote, Moscou et Washington semblent tous deux trouver avantage à un rapprochement après le refroidissement sous la présidence de George W. Bush. Notre collaborateur nous explique pourquoi.
La Russie demeure un acteur incontournable pour régler certains problèmes de la planète. Le président américain Barack Obama l'a compris.
Il y a un mois, il a envoyé une lettre au président russe Dmitri Medvedev. Selon le New York Times, qui cite des responsables américains, il lui proposait d'abandonner son projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est, contre quoi les Russes devraient l'aider à convaincre l'Iran de renoncer à son présumé programme d'armement nucléaire.
Washington et Moscou ont tous deux nié que la lettre contenait une proposition «d'échange» si précise, mais pas que ces deux dossiers y étaient abordés.
Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale, estime que l'administration Obama se trompe en croyant que la Russie peut convaincre l'Iran de quoi que ce soit, malgré la relation privilégiée entre les deux pays. Moscou fournit peut-être des armes à Téhéran et l'a aidé à mettre au point son premier réacteur nucléaire à Bushehr, mais «personne n'a vraiment d'influence sur l'Iran, sauf les États-Unis», dit-il.
La Russie n'a pas non plus intérêt à ouvrir la porte à un trop grand rapprochement entre les États-Unis et le régime des mollahs. «L'Iran deviendrait alors une route alternative [à la Russie] pour le transport du gaz [d'Asie centrale] vers l'Europe», fait-il remarquer.
Accord sur l'Afghanistan
Moscou ne souhaite pas pour autant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, souligne Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences. Contrairement à M. Loukianov, il juge toutefois que la Russie a un «grand pouvoir d'influence sur l'Iran», notamment en raison de son rôle dans le développement du programme nucléaire civil du pays.
Washington et Moscou s'entendant sur la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire, ils ne devraient pas se heurter à des différents majeurs dans la renégociation du traité START-1 sur la réduction des armements stratégiques, signé en 1991 et qui arrive à échéance en décembre prochain.
Autre point d'accord probable: l'Afghanistan. La Russie est prête à soutenir l'Occident pour une stabilisation du pays, pourvu que les États-Unis respectent les intérêts russes en Asie centrale post-soviétique.
Reprenant une métaphore informatique, Fiodor Loukianov estime que sous Obama, les États-Unis ont changé de «système d'exploitation» pour approcher le reste de la planète. La crise économique a aussi aidé à modifier l'ordre du jour de la Maison-Blanche.
«L'élargissement de l'OTAN à la Géorgie et l'Ukraine et le déploiement du bouclier antimissile ne sont plus des priorités pour Obama», deux dossiers qui ont fortement irrité Moscou durant la présidence Bush, explique M. Loukianov. «Ça permet d'espérer que la relation s'améliorera.»
«Virus» dans l'ombre
Prochaine étape à surveiller: Dmitri Medvedev et Barack Obama se rencontreront pour la première fois le 1er avril à Londres, en marge du sommet du G20 sur la crise économique et financière mondiale.
Mais tout le monde ne se réjouit pas de la main tendue par Washington au régime Poutine. L'ancien champion d'échec Garry Kasparov, devenu l'un des leaders de la faible opposition libérale russe, a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Wall Street Journal l'ouverture de l'administration Obama.
«Appuyer sur le bouton de redémarrage ne mettra aucune pression sur Poutine pour qu'il agisse de façon responsable sur la scène internationale. Cela ne fera que mettre dans l'ombre, pour un certain temps, le virus dangereux et contagieux de l'autoritarisme en Russie», écrivait-il.
(Moscou) La Russie et les États-Unis veulent faire table rase du passé. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a symboliquement offert un «bouton de redémarrage» au ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov lors de leur première rencontre à Genève vendredi dernier. Au-delà de l'anecdote, Moscou et Washington semblent tous deux trouver avantage à un rapprochement après le refroidissement sous la présidence de George W. Bush. Notre collaborateur nous explique pourquoi.
La Russie demeure un acteur incontournable pour régler certains problèmes de la planète. Le président américain Barack Obama l'a compris.
Il y a un mois, il a envoyé une lettre au président russe Dmitri Medvedev. Selon le New York Times, qui cite des responsables américains, il lui proposait d'abandonner son projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est, contre quoi les Russes devraient l'aider à convaincre l'Iran de renoncer à son présumé programme d'armement nucléaire.
Washington et Moscou ont tous deux nié que la lettre contenait une proposition «d'échange» si précise, mais pas que ces deux dossiers y étaient abordés.
Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale, estime que l'administration Obama se trompe en croyant que la Russie peut convaincre l'Iran de quoi que ce soit, malgré la relation privilégiée entre les deux pays. Moscou fournit peut-être des armes à Téhéran et l'a aidé à mettre au point son premier réacteur nucléaire à Bushehr, mais «personne n'a vraiment d'influence sur l'Iran, sauf les États-Unis», dit-il.
La Russie n'a pas non plus intérêt à ouvrir la porte à un trop grand rapprochement entre les États-Unis et le régime des mollahs. «L'Iran deviendrait alors une route alternative [à la Russie] pour le transport du gaz [d'Asie centrale] vers l'Europe», fait-il remarquer.
Accord sur l'Afghanistan
Moscou ne souhaite pas pour autant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, souligne Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences. Contrairement à M. Loukianov, il juge toutefois que la Russie a un «grand pouvoir d'influence sur l'Iran», notamment en raison de son rôle dans le développement du programme nucléaire civil du pays.
Washington et Moscou s'entendant sur la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire, ils ne devraient pas se heurter à des différents majeurs dans la renégociation du traité START-1 sur la réduction des armements stratégiques, signé en 1991 et qui arrive à échéance en décembre prochain.
Autre point d'accord probable: l'Afghanistan. La Russie est prête à soutenir l'Occident pour une stabilisation du pays, pourvu que les États-Unis respectent les intérêts russes en Asie centrale post-soviétique.
Reprenant une métaphore informatique, Fiodor Loukianov estime que sous Obama, les États-Unis ont changé de «système d'exploitation» pour approcher le reste de la planète. La crise économique a aussi aidé à modifier l'ordre du jour de la Maison-Blanche.
«L'élargissement de l'OTAN à la Géorgie et l'Ukraine et le déploiement du bouclier antimissile ne sont plus des priorités pour Obama», deux dossiers qui ont fortement irrité Moscou durant la présidence Bush, explique M. Loukianov. «Ça permet d'espérer que la relation s'améliorera.»
«Virus» dans l'ombre
Prochaine étape à surveiller: Dmitri Medvedev et Barack Obama se rencontreront pour la première fois le 1er avril à Londres, en marge du sommet du G20 sur la crise économique et financière mondiale.
Mais tout le monde ne se réjouit pas de la main tendue par Washington au régime Poutine. L'ancien champion d'échec Garry Kasparov, devenu l'un des leaders de la faible opposition libérale russe, a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Wall Street Journal l'ouverture de l'administration Obama.
«Appuyer sur le bouton de redémarrage ne mettra aucune pression sur Poutine pour qu'il agisse de façon responsable sur la scène internationale. Cela ne fera que mettre dans l'ombre, pour un certain temps, le virus dangereux et contagieux de l'autoritarisme en Russie», écrivait-il.
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mardi 3 mars 2009
Khodorkovski: le martyr milliardaire
Article publié le 3 mars dans le journal La Presse et sur Cyberpresse.ca
(Moscou) Mikhaïl Khodorkovski fut jadis l'homme le plus riche de Russie. Déjà condamné à huit ans de prison en 2005, il en risque vingt-deux et demi de plus aujourd'hui, alors que débute son deuxième procès pour diverses malversations financières. Il n'est pas le seul homme d'affaires russe à s'être enrichi de manière douteuse, mais pour avoir poussé ses ambitions en politique, il est le seul à qui le régime Poutine semble vouloir en faire payer le prix jusqu'au bout.
À l'élection de Dmitri Medvedev à la tête de l'État il y a un an (le 2 mars 2008), Mikhaïl Khodorkovski a applaudi, surtout quand le jeune juriste a promis de mettre fin au «nihilisme juridique» qui règne en Russie. C'est que l'ex-magnat du pétrole s'estime précisément victime de cette continuelle ingérence du politique dans le système judiciaire du pays. Plus particulièrement de celle d'un homme: Vladimir Poutine, prédécesseur et mentor de Medvedev, devenu premier ministre.
Dès le lancement de la perestroïka par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, le jeune Khodorkovski s'est mis aux affaires. Il avait 23 ans. Une décennie plus tard, il était milliardaire. Il faisait partie du cercle très restreint autour du président Boris Eltsine qui a profité de la privatisation des biens de l'État russe après la chute de l'Union soviétique en 1991. Le reste du pays, lui, tirait le diable par la queue.
Mais à l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence en 2000, les règles du jeu ont changé. Ioukos était peut-être la plus grande pétrolière de Russie, son patron Mikhaïl Khodorkovski l'homme le plus riche, mais l'homme le plus puissant, lui, était assis au Kremlin.
Vladimir Poutine aurait averti les oligarques personnellement qu'il était prêt à oublier l'origine suspecte de leur fortune s'ils se tenaient tranquilles. Mikhaïl Khodorkovski a fait fi de l'avertissement, commençant à financer des partis politiques de l'opposition et démontrant lui-même des ambitions pour la chose publique.
Procès spectacle
En octobre 2003, il était arrêté à son arrivée à l'aéroport de Novossibirsk, accusé et reconnu coupable de fraude fiscale et escroquerie à grande échelle avec son associé Platon Lebedev.
Autre hypothèse largement répandue pour expliquer la chute de Khodorkovski: le Kremlin souhaitait mettre la main sur Ioukos à moindre prix. L'entreprise a été complètement démantelée depuis et absorbée en majeure partie par la pétrolière d'État Rosneft, dirigée par des proches du président.
Pour son deuxième procès, Mikhaïl Khodorkovski s'attend à un spectacle. «Un spectacle pas dénué d'intérêt», a-t-il dit à ses avocats, peu après son transfèrement de la colonie pénitentiaire de Tchita (6000 km à l'est de Moscou), où il purge sa peine, vers la capitale la semaine dernière.
Au menu, un acte d'accusation de 3500 pages, censé démontrer que Khodorkovski et Lebedev ont effectué des opérations illégales équivalant à 25 milliards de dollars entre 1998 et 2003. Ils seront également jugés pour détournement de biens et de fonds.
«Esprit vengeur»
Pour Lev Ponomarev, directeur du Mouvement pour les droits de l'homme, il ne fait aucun doute que ce procès vise à empêcher la sortie de prison de Khodorkovski, qui devenait imminente. «Ils avaient de plus en plus de difficulté à justifier leur refus de lui accorder une libération conditionnelle», souligne l'opposant, fervent défenseur de l'oligarque déchu.
«Poutine a un esprit vengeur. Et il sait que si Khodorkovski se retrouve en liberté, il va devenir un acteur social et politique important.» Selon un récent sondage du Centre Levada, la popularité de Khodorkovski atteint 18% dans le pays, un chiffre énorme compte tenu de sa faible visibilité dans les médias étatiques.
Lev Ponomarev et plusieurs autres libéraux, contrairement à une bonne partie des Russes, croient que Khodorkovski n'a absolument rien à se reprocher. «Si [le pouvoir] avait suivi une logique, il aurait alors dû mettre en prison des milliers d'hommes d'affaires qui ont reçu des propriétés lors de la répartition des années 90», explique M. Ponomarev, qui dénonce le caractère «sélectif» de l'acharnement sur Khodorkovski.
Il y a peu de chances que Mikhaïl Khodorkovski sorte libre de ce processus que Lev Ponomarev qualifie de «juridiquement nul». Mais au moins, à l'issue de son procès, l'ex-oligarque sera fixé sur une chose: s'il avait raison de croire à une libéralisation du pays sous Dmitri Medvedev.
(Moscou) Mikhaïl Khodorkovski fut jadis l'homme le plus riche de Russie. Déjà condamné à huit ans de prison en 2005, il en risque vingt-deux et demi de plus aujourd'hui, alors que débute son deuxième procès pour diverses malversations financières. Il n'est pas le seul homme d'affaires russe à s'être enrichi de manière douteuse, mais pour avoir poussé ses ambitions en politique, il est le seul à qui le régime Poutine semble vouloir en faire payer le prix jusqu'au bout.
À l'élection de Dmitri Medvedev à la tête de l'État il y a un an (le 2 mars 2008), Mikhaïl Khodorkovski a applaudi, surtout quand le jeune juriste a promis de mettre fin au «nihilisme juridique» qui règne en Russie. C'est que l'ex-magnat du pétrole s'estime précisément victime de cette continuelle ingérence du politique dans le système judiciaire du pays. Plus particulièrement de celle d'un homme: Vladimir Poutine, prédécesseur et mentor de Medvedev, devenu premier ministre.
Dès le lancement de la perestroïka par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, le jeune Khodorkovski s'est mis aux affaires. Il avait 23 ans. Une décennie plus tard, il était milliardaire. Il faisait partie du cercle très restreint autour du président Boris Eltsine qui a profité de la privatisation des biens de l'État russe après la chute de l'Union soviétique en 1991. Le reste du pays, lui, tirait le diable par la queue.
Mais à l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence en 2000, les règles du jeu ont changé. Ioukos était peut-être la plus grande pétrolière de Russie, son patron Mikhaïl Khodorkovski l'homme le plus riche, mais l'homme le plus puissant, lui, était assis au Kremlin.
Vladimir Poutine aurait averti les oligarques personnellement qu'il était prêt à oublier l'origine suspecte de leur fortune s'ils se tenaient tranquilles. Mikhaïl Khodorkovski a fait fi de l'avertissement, commençant à financer des partis politiques de l'opposition et démontrant lui-même des ambitions pour la chose publique.
Procès spectacle
En octobre 2003, il était arrêté à son arrivée à l'aéroport de Novossibirsk, accusé et reconnu coupable de fraude fiscale et escroquerie à grande échelle avec son associé Platon Lebedev.
Autre hypothèse largement répandue pour expliquer la chute de Khodorkovski: le Kremlin souhaitait mettre la main sur Ioukos à moindre prix. L'entreprise a été complètement démantelée depuis et absorbée en majeure partie par la pétrolière d'État Rosneft, dirigée par des proches du président.
Pour son deuxième procès, Mikhaïl Khodorkovski s'attend à un spectacle. «Un spectacle pas dénué d'intérêt», a-t-il dit à ses avocats, peu après son transfèrement de la colonie pénitentiaire de Tchita (6000 km à l'est de Moscou), où il purge sa peine, vers la capitale la semaine dernière.
Au menu, un acte d'accusation de 3500 pages, censé démontrer que Khodorkovski et Lebedev ont effectué des opérations illégales équivalant à 25 milliards de dollars entre 1998 et 2003. Ils seront également jugés pour détournement de biens et de fonds.
«Esprit vengeur»
Pour Lev Ponomarev, directeur du Mouvement pour les droits de l'homme, il ne fait aucun doute que ce procès vise à empêcher la sortie de prison de Khodorkovski, qui devenait imminente. «Ils avaient de plus en plus de difficulté à justifier leur refus de lui accorder une libération conditionnelle», souligne l'opposant, fervent défenseur de l'oligarque déchu.
«Poutine a un esprit vengeur. Et il sait que si Khodorkovski se retrouve en liberté, il va devenir un acteur social et politique important.» Selon un récent sondage du Centre Levada, la popularité de Khodorkovski atteint 18% dans le pays, un chiffre énorme compte tenu de sa faible visibilité dans les médias étatiques.
Lev Ponomarev et plusieurs autres libéraux, contrairement à une bonne partie des Russes, croient que Khodorkovski n'a absolument rien à se reprocher. «Si [le pouvoir] avait suivi une logique, il aurait alors dû mettre en prison des milliers d'hommes d'affaires qui ont reçu des propriétés lors de la répartition des années 90», explique M. Ponomarev, qui dénonce le caractère «sélectif» de l'acharnement sur Khodorkovski.
Il y a peu de chances que Mikhaïl Khodorkovski sorte libre de ce processus que Lev Ponomarev qualifie de «juridiquement nul». Mais au moins, à l'issue de son procès, l'ex-oligarque sera fixé sur une chose: s'il avait raison de croire à une libéralisation du pays sous Dmitri Medvedev.
mardi 10 février 2009
Fin de rêve pour les expatriés en Russie
Article publié dans le journal La Presse le 9 février 2009 et sur cyberpresse.ca
(Moscou) Depuis trois ans, Moscou trônait au sommet du classement des villes les plus chères au monde pour les expatriés. Les entreprises occidentales dépensaient des fortunes pour assurer un niveau de vie européen à leurs employés dans la bouillonnante capitale russe. Aujourd'hui, la crise a crevé la bulle énergétique dont dépendait l'économie du pays et plusieurs expatriés doivent plier bagage ou se montrer plus modestes dans leurs exigences.
«Ils gagnaient tellement d'argent, simplement parce qu'ils étaient prêts à venir en Russie», explique Luc Jones, partenaire de la division russe d'Antal, une firme britannique de recrutement. Pour plusieurs expatriés, la compensation pour s'installer à Moscou était aussi importante que leur salaire, déjà élevé, compte tenu des loyers et des prix des produits importés exorbitants. La dureté de la vie en Russie obligeait aussi les entreprises à offrir des avantages pécuniaires.
Alors que le pays a enregistré en décembre son premier mois de décroissance en 10 ans, plusieurs firmes étrangères choisissent de rapatrier leur personnel occidental.
En revenant de vacances au Québec en janvier, Mathias Chmielewski n'a pas été surpris que son bureau d'avocats lui demande de faire ses valises et de retourner au siège social londonien.
Mathias se souvient de la date précise où tout a commencé à dégringoler. «Le 17 septembre, nous étions en réunion et nous avons appris que le RTS, la plus importante Bourse de Moscou, avait suspendu ses activités en raison d'une trop forte baisse en une journée. À partir de là, nos clients ont commencé à suspendre les contrats.» Un fort contraste avec le climat «d'espoir et d'enthousiasme» dans lequel avait été inaugurée la succursale moscovite de sa firme en janvier 2008.
En un an, l'avocat d'affaires de 31 ans avait fini par s'attacher à Moscou, une ville à la trépidante vie nocturne et aux multiples défis professionnels. Sa copine était venue le rejoindre et s'était trouvé un emploi. Ironiquement, elle a conservé son travail et c'est lui désormais qui devra venir la visiter.
Même en retournant à Londres, il est loin d'assurer son emploi. «On est en mode survie», confie-t-il. Il n'exclut pas de revenir en Russie à court terme, cette fois comme employé local, alors que le coût de la vie à Moscou chute aussi rapidement qu'il avait grimpé.
Moins pire qu'en 1998
Malgré la crise, le Québéco-Britannique Luc Jones est tout de même optimiste. «Ce n'est pas comme en 1998», souligne-t-il en référence à la plus grave crise financière de la Russie moderne, qui avait fait fuir nombre d'expatriés et investisseurs étrangers.
«Il y a 10 ans, les bars et les restos étaient complètement vides», se rappelle celui qui était parti pour la Pologne avant de revenir trois an plus tard à Moscou. «Ce n'est pas le cas aujourd'hui.»
Les expatriés qui quittent actuellement la Russie travaillent surtout dans la finance ou la construction. Dans certaines entreprises, les plus chanceux ont dû accepter une diminution de salaire de 25%, alors que plusieurs ont tout simplement été licenciés.
Luc Jones a indirectement subi une baisse de salaire: comme plusieurs, il est payé en roubles, une monnaie qui a perdu 32% de sa valeur face au panier euro-dollar depuis novembre. «Je gagne tout de même plus ici que si j'étais en Angleterre», nuance celui qui a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à l'étranger.
Gérald Julia, fraîchement diplômé d'une école de commerce française, s'en rend bien compte. Après deux stages en Russie et un contrat d'un an de volontariat international en entreprise, le jeune russophone peine à se faire embaucher.
Il a envoyé une vingtaine de CV à des sociétés françaises installées en Russie et passé deux entretiens d'embauche, mais sans succès. «J'ai l'impression qu'ils sont plus frileux. S'ils embauchent quelqu'un, ils veulent être certains que c'est la bonne personne.»
Gérald se donne jusqu'au mois de mars pour trouver un emploi. Sinon, il devra reprendre à contrecoeur le chemin de la France. «Les types de boulot qu'on trouve ici (en Russie) sont plus intéressants qu'en Europe. On nous donne plus de responsabilités. Professionnellement, on peut progresser plus vite».
La fuite des cerveaux étrangers de Russie pourrait bien favoriser certaines firmes canadiennes, remarque toutefois Mathias Chmielewski. «Les recruteurs tâtent le terrain des expatriés qui pourraient être tentés de revenir à un travail plus stable(à salaire moindre)», dit l'avocat, qui a lui-même été courtisé récemment par des chasseurs de têtes.
(Moscou) Depuis trois ans, Moscou trônait au sommet du classement des villes les plus chères au monde pour les expatriés. Les entreprises occidentales dépensaient des fortunes pour assurer un niveau de vie européen à leurs employés dans la bouillonnante capitale russe. Aujourd'hui, la crise a crevé la bulle énergétique dont dépendait l'économie du pays et plusieurs expatriés doivent plier bagage ou se montrer plus modestes dans leurs exigences.
«Ils gagnaient tellement d'argent, simplement parce qu'ils étaient prêts à venir en Russie», explique Luc Jones, partenaire de la division russe d'Antal, une firme britannique de recrutement. Pour plusieurs expatriés, la compensation pour s'installer à Moscou était aussi importante que leur salaire, déjà élevé, compte tenu des loyers et des prix des produits importés exorbitants. La dureté de la vie en Russie obligeait aussi les entreprises à offrir des avantages pécuniaires.
Alors que le pays a enregistré en décembre son premier mois de décroissance en 10 ans, plusieurs firmes étrangères choisissent de rapatrier leur personnel occidental.
En revenant de vacances au Québec en janvier, Mathias Chmielewski n'a pas été surpris que son bureau d'avocats lui demande de faire ses valises et de retourner au siège social londonien.
Mathias se souvient de la date précise où tout a commencé à dégringoler. «Le 17 septembre, nous étions en réunion et nous avons appris que le RTS, la plus importante Bourse de Moscou, avait suspendu ses activités en raison d'une trop forte baisse en une journée. À partir de là, nos clients ont commencé à suspendre les contrats.» Un fort contraste avec le climat «d'espoir et d'enthousiasme» dans lequel avait été inaugurée la succursale moscovite de sa firme en janvier 2008.
En un an, l'avocat d'affaires de 31 ans avait fini par s'attacher à Moscou, une ville à la trépidante vie nocturne et aux multiples défis professionnels. Sa copine était venue le rejoindre et s'était trouvé un emploi. Ironiquement, elle a conservé son travail et c'est lui désormais qui devra venir la visiter.
Même en retournant à Londres, il est loin d'assurer son emploi. «On est en mode survie», confie-t-il. Il n'exclut pas de revenir en Russie à court terme, cette fois comme employé local, alors que le coût de la vie à Moscou chute aussi rapidement qu'il avait grimpé.
Moins pire qu'en 1998
Malgré la crise, le Québéco-Britannique Luc Jones est tout de même optimiste. «Ce n'est pas comme en 1998», souligne-t-il en référence à la plus grave crise financière de la Russie moderne, qui avait fait fuir nombre d'expatriés et investisseurs étrangers.
«Il y a 10 ans, les bars et les restos étaient complètement vides», se rappelle celui qui était parti pour la Pologne avant de revenir trois an plus tard à Moscou. «Ce n'est pas le cas aujourd'hui.»
Les expatriés qui quittent actuellement la Russie travaillent surtout dans la finance ou la construction. Dans certaines entreprises, les plus chanceux ont dû accepter une diminution de salaire de 25%, alors que plusieurs ont tout simplement été licenciés.
Luc Jones a indirectement subi une baisse de salaire: comme plusieurs, il est payé en roubles, une monnaie qui a perdu 32% de sa valeur face au panier euro-dollar depuis novembre. «Je gagne tout de même plus ici que si j'étais en Angleterre», nuance celui qui a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à l'étranger.
Gérald Julia, fraîchement diplômé d'une école de commerce française, s'en rend bien compte. Après deux stages en Russie et un contrat d'un an de volontariat international en entreprise, le jeune russophone peine à se faire embaucher.
Il a envoyé une vingtaine de CV à des sociétés françaises installées en Russie et passé deux entretiens d'embauche, mais sans succès. «J'ai l'impression qu'ils sont plus frileux. S'ils embauchent quelqu'un, ils veulent être certains que c'est la bonne personne.»
Gérald se donne jusqu'au mois de mars pour trouver un emploi. Sinon, il devra reprendre à contrecoeur le chemin de la France. «Les types de boulot qu'on trouve ici (en Russie) sont plus intéressants qu'en Europe. On nous donne plus de responsabilités. Professionnellement, on peut progresser plus vite».
La fuite des cerveaux étrangers de Russie pourrait bien favoriser certaines firmes canadiennes, remarque toutefois Mathias Chmielewski. «Les recruteurs tâtent le terrain des expatriés qui pourraient être tentés de revenir à un travail plus stable(à salaire moindre)», dit l'avocat, qui a lui-même été courtisé récemment par des chasseurs de têtes.
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