Article publié dans le journal La Presse, le 3 mars 2010.
(Moscou) Avec seulement trois titres olympiques et 15 médailles au total à Vancouver, la Russie a connu les pires Jeux de son histoire. À quatre ans des Jeux de Sotchi, le pouvoir panique. Le président Dmitri Medvedev a promis de faire rouler les têtes des responsables de la débandade olympique. Les observateurs russes, eux, montrent plutôt du doigt le système politique autoritaire en entier, qui préfère le népotisme à la performance.
«Le sport, ce n'est pas seulement du sport, c'est aussi de la politique.» Dmitri Medvedev n'aurait jamais cru si bien dire lorsqu'il a exigé des athlètes russes qu'ils fassent honneur à la Russie, peu avant leur départ pour Vancouver.
Dans un éditorial intitulé «Plus lent, plus bas, plus faible», antithèse de la devise olympique, le journal en ligne Gazeta.ru a écrit lundi que la contre-performance russe à Vancouver n'est que «le reflet objectif des résultats de la politique qui a cours dans le pays».
Le journal libéral fait l'analogie entre les échecs sportif et économique de la Russie au cours de la dernière décennie. Dans les deux cas, les malheurs sont liés à «une absence totale de cadres professionnels, à une irresponsabilité généralisée dans la verticale du pouvoir» et au fait que les fonctionnaires et politiciens dépensent plus d'énergie dans les luttes intestines pour le pouvoir que dans le règlement des problèmes criants, dénonce le journal.
«Dans le système politique actuel, il n'y a pas de concurrence. Pareillement, les dirigeants (des fédérations sportives) sont choisis pour leur proximité avec le pouvoir plutôt que pour leur compétence», note Anton Orekh, chroniqueur sportif à la radio Écho de Moscou. Il fait notamment référence au président du Comité national olympique, Leonid Tiagatchev, aussi politicien et... entraîneur de ski personnel du premier ministre Vladimir Poutine.
Renvoyer, et après?
En poste depuis 2001, M. Tiagatchev est la principale cible des critiques, ces jours-ci, avec le ministre des Sports, Vitali Moutko. Sans les nommer, le président Medvedev a indiqué lundi que les responsables des déboires sportifs «devront prendre une décision courageuse et présenter leur démission. S'ils n'y arrivent pas, nous les aiderons».
Mais le problème n'est pas aussi simple à régler, croit Anton Orekh. «Renvoyer les plus hauts dirigeants du sport, c'est la décision la plus naturelle et la plus facile. Mais après?»
L'argent était pourtant au rendez-vous pour la préparation des athlètes. Le gouvernement russe a dépensé environ 50 millions de dollars au cours des deux dernières années, une somme comparable au programme canadien À nous le podium (110 millions depuis 2005).
Les conditions d'entraînement, par contre, étaient incomparables. En attendant les installations de Sotchi, en construction (voir encadré), les athlètes russes s'exercent dans des infrastructures souvent obsolètes, qui datent de l'époque soviétique.
Anton Orekh estime qu'il est déjà trop tard pour que la Russie espère obtenir de bonnes performances lorsqu'elle accueillera les Jeux d'hiver, en 2014. «Plusieurs des athlètes qui concourront à Sotchi étaient aussi à Vancouver. En quatre ans, il est impossible de donner naissance à un athlète, de l'entraîner et de lui apprendre à gagner.»
***
Sotchi 2014: un défi olympien
Attribuer les Jeux olympiques d'hiver à la ville russe de Sotchi était certainement le défi le plus risqué jamais pris par le Comité international olympique. La station balnéaire ne dispose d'aucune des infrastructures nécessaires pour la tenue de JO. Actuellement, près de 20 000 ouvriers travaillent jour et nuit aux futures installations olympiques. Au total, 207 installations (centres de ski, arénas, routes, hôtels, etc.) devront être construites. «Je n'ai aucun doute qu'ils y arriveront», dit Igor Tchernov, correspondant à Sotchi du journal moscovite Vremia Novosteï. «Mais la question est plutôt de savoir à quel prix ils y arriveront.»
vendredi 5 mars 2010
Medvedev veut mettre la police au pas
Article publié dans le journal La Presse le 2 mars 2010.
(Moscou) Plus une journée ne passe sans que la police russe soit éclaboussée par un nouveau scandale: corruption, extorsion, meurtres, viols, vols. Le président Dmitri Medvedev a décidé d'agir pour redorer le blason des forces de l'ordre, que les deux tiers des Russes disent craindre. Mais sa réforme risque d'être un coup d'épée dans l'eau sale d'un système corrompu jusqu'à l'os.
Denis Evsioukov était un chef de police moscovite ordinaire jusqu'au 27 avril 2009. Ce jour-là, après une dispute arrosée avec sa conjointe, il est entré dans un supermarché tranquille et s'est mis à tirer au hasard, tuant deux personnes et en blessant sept autres. Avec son arme de service.
Ailleurs, un tel épisode aurait pu être placé dans la rubrique des malheureux faits divers. Mais en Russie, il a été la goutte qui a fait déborder le vase de toutes les récriminations envers une police qui fait peur à 67% de la population, selon un récent sondage.
Depuis la fusillade, les médias russes portent une attention particulière aux malversations des forces de l'ordre, qui sont le plus souvent impunies. Certains policiers sont même sortis sur la place publique par l'entremise du cyberespace pour exprimer leur ras-le-bol face à des supérieurs qui leur demandent de fabriquer des preuves pour résoudre des crimes et améliorer les statistiques de leur service.
Plus rien n'étonne personne. Ni le policier de province qui paie des chômeurs pour avouer des crimes qu'ils n'ont pas commis, ni les trois agents moscovites arrêtés la semaine dernière pour avoir interpellé sans raison un homme d'affaires et son fils, exigeant de leur famille une rançon de 215 000$ pour les libérer.
Il y a deux semaines, Denis Evsioukov a écopé d'une peine de prison à vie et a été officiellement démis de ses fonctions. Le même jour, le président Dmitri Medvedev a annoncé les premières mesures de sa réforme du ministère de l'Intérieur, une structure qui emploie 1,2 million de personnes.
Dorénavant, on considérera comme «circonstance aggravante» le fait qu'une personne accusée d'actes criminels soit membre de la police. Le président a aussi mis à la porte 18 hauts responsables de la police, dont deux vice-ministres.
Pour réduire la corruption et l'abus de pouvoir, il a également annoncé que l'inspection des voitures, le renvoi des immigrés illégaux et la gestion des centres de dégrisement ne relèveraient plus de la police. Au mois de janvier, un journaliste avait été battu à mort à Tomsk par un agent dans l'un de ces établissements où sont détenues pour la nuit les personnes arrêtées en état d'ébriété.
D'ici deux ans, les effectifs du Ministère seront réduits du cinquième, et les salaires augmenteront. Actuellement, un policier russe reçoit de 300 à 660$ par mois, selon sa région d'affectation.
Peu de chances de succès
Rouslan Miltchenko, directeur du centre Analyse et Sécurité, croit que le président Medvedev est bien intentionné. Il est toutefois peu optimiste sur les chances de réussite de ses réformes, qui ne s'attaquent pas au coeur du problème, selon lui.
«La réforme est mise en place par ceux-là mêmes contre qui elle est destinée. Ils vont duper le président puisque c'est eux qui sont chargés de lui exposer la situation», explique M. Miltchenko, en référence aux haut placés du ministère de l'Intérieur.
À son avis, pour espérer une amélioration, il faudrait «un nettoyage complet des cadres de la police qui sont responsables de tous ces scandales». En plus des réformes, bien sûr.
Un peu comme l'a fait le président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili. En 2005, il a renvoyé les 30 000 agents de la circulation de son pays, mesure draconienne qui a permis d'en finir avec le système de corruption postsoviétique, selon des observateurs étrangers.
(Moscou) Plus une journée ne passe sans que la police russe soit éclaboussée par un nouveau scandale: corruption, extorsion, meurtres, viols, vols. Le président Dmitri Medvedev a décidé d'agir pour redorer le blason des forces de l'ordre, que les deux tiers des Russes disent craindre. Mais sa réforme risque d'être un coup d'épée dans l'eau sale d'un système corrompu jusqu'à l'os.
Denis Evsioukov était un chef de police moscovite ordinaire jusqu'au 27 avril 2009. Ce jour-là, après une dispute arrosée avec sa conjointe, il est entré dans un supermarché tranquille et s'est mis à tirer au hasard, tuant deux personnes et en blessant sept autres. Avec son arme de service.
Ailleurs, un tel épisode aurait pu être placé dans la rubrique des malheureux faits divers. Mais en Russie, il a été la goutte qui a fait déborder le vase de toutes les récriminations envers une police qui fait peur à 67% de la population, selon un récent sondage.
Depuis la fusillade, les médias russes portent une attention particulière aux malversations des forces de l'ordre, qui sont le plus souvent impunies. Certains policiers sont même sortis sur la place publique par l'entremise du cyberespace pour exprimer leur ras-le-bol face à des supérieurs qui leur demandent de fabriquer des preuves pour résoudre des crimes et améliorer les statistiques de leur service.
Plus rien n'étonne personne. Ni le policier de province qui paie des chômeurs pour avouer des crimes qu'ils n'ont pas commis, ni les trois agents moscovites arrêtés la semaine dernière pour avoir interpellé sans raison un homme d'affaires et son fils, exigeant de leur famille une rançon de 215 000$ pour les libérer.
Il y a deux semaines, Denis Evsioukov a écopé d'une peine de prison à vie et a été officiellement démis de ses fonctions. Le même jour, le président Dmitri Medvedev a annoncé les premières mesures de sa réforme du ministère de l'Intérieur, une structure qui emploie 1,2 million de personnes.
Dorénavant, on considérera comme «circonstance aggravante» le fait qu'une personne accusée d'actes criminels soit membre de la police. Le président a aussi mis à la porte 18 hauts responsables de la police, dont deux vice-ministres.
Pour réduire la corruption et l'abus de pouvoir, il a également annoncé que l'inspection des voitures, le renvoi des immigrés illégaux et la gestion des centres de dégrisement ne relèveraient plus de la police. Au mois de janvier, un journaliste avait été battu à mort à Tomsk par un agent dans l'un de ces établissements où sont détenues pour la nuit les personnes arrêtées en état d'ébriété.
D'ici deux ans, les effectifs du Ministère seront réduits du cinquième, et les salaires augmenteront. Actuellement, un policier russe reçoit de 300 à 660$ par mois, selon sa région d'affectation.
Peu de chances de succès
Rouslan Miltchenko, directeur du centre Analyse et Sécurité, croit que le président Medvedev est bien intentionné. Il est toutefois peu optimiste sur les chances de réussite de ses réformes, qui ne s'attaquent pas au coeur du problème, selon lui.
«La réforme est mise en place par ceux-là mêmes contre qui elle est destinée. Ils vont duper le président puisque c'est eux qui sont chargés de lui exposer la situation», explique M. Miltchenko, en référence aux haut placés du ministère de l'Intérieur.
À son avis, pour espérer une amélioration, il faudrait «un nettoyage complet des cadres de la police qui sont responsables de tous ces scandales». En plus des réformes, bien sûr.
Un peu comme l'a fait le président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili. En 2005, il a renvoyé les 30 000 agents de la circulation de son pays, mesure draconienne qui a permis d'en finir avec le système de corruption postsoviétique, selon des observateurs étrangers.
mercredi 24 février 2010
Des portraits officiels de Staline bientôt à Moscou
Article publié dans La Presse le 23 février 2010.
(Moscou, Russie) Comment se souvenir de Joseph Staline? La mairie de Moscou a décidé de placarder des portraits du dictateur soviétique dans la capitale en prévision du 65e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 9 mai. Les vétérans s'en réjouissent; les défenseurs des droits de l'homme enragent. La majorité, elle, a des sentiments partagés à l'égard du «Petit père des peuples».
Au front, Oleg Rjechevski a combattu l'armée hitlérienne «Pour la patrie! Pour Staline!» comme le voulait la propagande soviétique. Aujourd'hui encore, l'historien de 85 ans ne renie pas son enthousiasme de jeune soldat.
«L'histoire, c'est l'histoire, et nous devons nous en souvenir. Il avait une grande autorité dans le peuple, c'est comme ça», tranche M. Rjechevski. Le président de l'Association russe des historiens de la Seconde Guerre mondiale considère toujours que, malgré ses erreurs et sa «répression infondée», Staline était «un leader digne pour les forces armées du pays».
Si les vétérans et le Parti communiste n'ont jamais cessé de brandir son portrait à chaque commémoration depuis la chute de l'URSS, le pouvoir russe l'avait exclu des célébrations officielles. Toutefois, l'image de Staline sera à nouveau reproduite à même les fonds publics et affichée dès le mois d'avril dans le centre-ville de Moscou. Des stands d'information expliqueront son rôle dans la victoire.
Selon Oleg Rjechevski, les autorités moscovites ont pris une décision «juste». «La tragédie comme la victoire sont liées à son nom», plaide-t-il. La tragédie, ce sont les quelque 25 millions de civils et de militaires soviétiques qui ont péri de 1941 à 1945. Quatre ans plus tôt, croyant son pouvoir contesté, Staline avait fait fusiller plusieurs commandants soviétiques, affaiblissant du même coup l'Armée rouge.
Ses détracteurs estiment ainsi que la guerre a été gagnée non pas grâce à Staline, mais en dépit de lui.
Protestations
De l'avis de Lev Ponomarev, directeur de l'ONG pour les droits de l'homme, la réapparition de portraits officiels de celui qui a envoyé aux travaux forcés et au peloton d'exécution des millions de Soviétiques durant les 31 ans de son règne serait tout simplement «une catastrophe».
Dès que la mairie de Moscou a fait connaître son intention, M. Ponomarev a lancé une pétition pour protester contre cette initiative. Il sait toutefois que l'opposition russe, qui compte des démocrates et des communistes, ne pourra jamais faire front commun sur cette question. La Russie moderne n'a jamais réellement débattu de l'héritage de l'empire soviétique déchu et de son leader le plus contesté pour déterminer leurs bons et mauvais aspects.
«Dans la tête de tous les Allemands, à partir de l'enfance, il est clair qu'Hitler était l'ennemi du peuple allemand, qu'il a causé un grand tort au pays, souligne Lev Ponomarev. Ici, plusieurs citoyens vivent et vont mourir avec le sentiment que c'est Staline qui a remporté la guerre. Ça prendra quelques générations avant qu'on puisse se défaire de cette maladie», dit-il en parlant du stalinisme.
Dirigeants ambivalents
Un récent sondage révèle que 54% des Russes admirent toujours Staline, mort en 1953.
Dans les hautes sphères du pouvoir russe, le leader sanguinaire est tantôt défendu contre les critiques étrangères, tantôt dénoncé pour ses excès. Même le premier ministre Vladimir Poutine, homme fort de la Russie qui établit souvent une ligne de pensée à suivre pour l'élite politique, n'arrive pas à se prononcer clairement sur la question. Au mois de décembre, il a expliqué que «tout événement historique doit être analysé dans sa totalité».
«Personne ne peut jeter la pierre à ceux qui ont organisé et étaient à la tête de cette victoire puisque, si nous avions perdu cette guerre, les conséquences pour notre pays auraient été beaucoup plus catastrophiques», avait-il déclaré à la télévision. Souvent accusé de vouloir faire renaître les symboles du stalinisme, Vladimir Poutine a précisé du même souffle qu'une «telle façon de diriger l'État, d'atteindre des résultats», en commettant des «crimes de masse contre son propre peuple», est «inadmissible».
***
Le stalinisme en chiffres
- Les famines punitives (1931-1933) ont fait entre 4,5 et 8 millions de victimes, dont la moitié en Ukraine. - Lors des grandes purges de l'armée et du Parti communiste (1937-1938) 750 000 sont mortes et autant ont été déportées. - Selon les estimations, de 10 à 18 millions de personnes seraient passées par les goulags (camps de travaux forcés) entre 1930 et 1953, année de la mort de Staline. Une bonne partie des prisonniers y sont morts de faim, de froid, de maladie ou ont été fusillés.
(Moscou, Russie) Comment se souvenir de Joseph Staline? La mairie de Moscou a décidé de placarder des portraits du dictateur soviétique dans la capitale en prévision du 65e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 9 mai. Les vétérans s'en réjouissent; les défenseurs des droits de l'homme enragent. La majorité, elle, a des sentiments partagés à l'égard du «Petit père des peuples».
Au front, Oleg Rjechevski a combattu l'armée hitlérienne «Pour la patrie! Pour Staline!» comme le voulait la propagande soviétique. Aujourd'hui encore, l'historien de 85 ans ne renie pas son enthousiasme de jeune soldat. «L'histoire, c'est l'histoire, et nous devons nous en souvenir. Il avait une grande autorité dans le peuple, c'est comme ça», tranche M. Rjechevski. Le président de l'Association russe des historiens de la Seconde Guerre mondiale considère toujours que, malgré ses erreurs et sa «répression infondée», Staline était «un leader digne pour les forces armées du pays».
Si les vétérans et le Parti communiste n'ont jamais cessé de brandir son portrait à chaque commémoration depuis la chute de l'URSS, le pouvoir russe l'avait exclu des célébrations officielles. Toutefois, l'image de Staline sera à nouveau reproduite à même les fonds publics et affichée dès le mois d'avril dans le centre-ville de Moscou. Des stands d'information expliqueront son rôle dans la victoire.
Selon Oleg Rjechevski, les autorités moscovites ont pris une décision «juste». «La tragédie comme la victoire sont liées à son nom», plaide-t-il. La tragédie, ce sont les quelque 25 millions de civils et de militaires soviétiques qui ont péri de 1941 à 1945. Quatre ans plus tôt, croyant son pouvoir contesté, Staline avait fait fusiller plusieurs commandants soviétiques, affaiblissant du même coup l'Armée rouge.
Ses détracteurs estiment ainsi que la guerre a été gagnée non pas grâce à Staline, mais en dépit de lui.
Protestations
De l'avis de Lev Ponomarev, directeur de l'ONG pour les droits de l'homme, la réapparition de portraits officiels de celui qui a envoyé aux travaux forcés et au peloton d'exécution des millions de Soviétiques durant les 31 ans de son règne serait tout simplement «une catastrophe».
Dès que la mairie de Moscou a fait connaître son intention, M. Ponomarev a lancé une pétition pour protester contre cette initiative. Il sait toutefois que l'opposition russe, qui compte des démocrates et des communistes, ne pourra jamais faire front commun sur cette question. La Russie moderne n'a jamais réellement débattu de l'héritage de l'empire soviétique déchu et de son leader le plus contesté pour déterminer leurs bons et mauvais aspects.
«Dans la tête de tous les Allemands, à partir de l'enfance, il est clair qu'Hitler était l'ennemi du peuple allemand, qu'il a causé un grand tort au pays, souligne Lev Ponomarev. Ici, plusieurs citoyens vivent et vont mourir avec le sentiment que c'est Staline qui a remporté la guerre. Ça prendra quelques générations avant qu'on puisse se défaire de cette maladie», dit-il en parlant du stalinisme.
Dirigeants ambivalents
Un récent sondage révèle que 54% des Russes admirent toujours Staline, mort en 1953.
Dans les hautes sphères du pouvoir russe, le leader sanguinaire est tantôt défendu contre les critiques étrangères, tantôt dénoncé pour ses excès. Même le premier ministre Vladimir Poutine, homme fort de la Russie qui établit souvent une ligne de pensée à suivre pour l'élite politique, n'arrive pas à se prononcer clairement sur la question. Au mois de décembre, il a expliqué que «tout événement historique doit être analysé dans sa totalité».
«Personne ne peut jeter la pierre à ceux qui ont organisé et étaient à la tête de cette victoire puisque, si nous avions perdu cette guerre, les conséquences pour notre pays auraient été beaucoup plus catastrophiques», avait-il déclaré à la télévision. Souvent accusé de vouloir faire renaître les symboles du stalinisme, Vladimir Poutine a précisé du même souffle qu'une «telle façon de diriger l'État, d'atteindre des résultats», en commettant des «crimes de masse contre son propre peuple», est «inadmissible».
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Le stalinisme en chiffres
- Les famines punitives (1931-1933) ont fait entre 4,5 et 8 millions de victimes, dont la moitié en Ukraine. - Lors des grandes purges de l'armée et du Parti communiste (1937-1938) 750 000 sont mortes et autant ont été déportées. - Selon les estimations, de 10 à 18 millions de personnes seraient passées par les goulags (camps de travaux forcés) entre 1930 et 1953, année de la mort de Staline. Une bonne partie des prisonniers y sont morts de faim, de froid, de maladie ou ont été fusillés.
vendredi 19 février 2010
Un dromadaire sur l'épaule: Vladivostok, le bout du monde russe
Série de reportages radiophoniques diffusée à la Radio Suisse Romande (RSR), à l'émission Un Dromadaire sur l'épaule, du 1 au 5 février 2010.
Vladivostok: le bout du monde russe (intro)
Frédérick Lavoie part à la rencontre des habitants de Vladivostok, une ville portuaire profondément russe en territoire asiatique.
«Vladivostok, c'est loin, mais c'est tout de même notre ville», dit la citation de Lénine en face de la gare ferroviaire. Le révolutionnaire communiste n'aurait pas pu mieux dire.
Ville stratégique fermée aux étrangers et aux Russes non-résidents durant toute la période soviétique, les influences asiatiques demeurent superficielles à Vladivostok.
Les voitures y sont certes japonaises, les raviolis coréens, les vêtements chinois, mais la ville de 500 000 habitants a la mentalité russe bien ancrée. Pur résultat d'un empire fortement centralisé, de l'époque tsariste à aujourd'hui en passant par la période soviétique. L'Asie pour les affaires, l'Europe pour la culture.
Comme à Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kaliningrad, les nationalistes y mènent la vie dure aux travailleurs migrants venus de l'Asie centrale post-soviétique, tout comme les entrepreneurs sans scrupules qui profitent d'un système corrompu pour escroquer ceux en situation irrégulière.
Chez le «maître de l'Orient» (Vladivostok, en russe), les simples citoyens se plaignent de la cherté des produits, des salaires bas et de la bureaucratie, dans un russe qui diffère très peu de celui de leurs compatriotes moscovites, à 6 400 km et sept fuseaux horaires plus à l'ouest.
Lundi 01 février 2010:
Matriarcat à la russe (1/5) (à écouter ou télécharger ici)
En Russie, près du tiers des familles n'ont pas de père. La femme russe, forte, a appris à se débrouiller par elle-même.
Autour d'une table bien garnie, Alissa célèbre ses 16 ans avec sa mère séparée, sa grand-mère veuve, sa cousine et sa tante. Ces femmes partagent avec nous leur vision des traditions russes, de leurs amours, des hommes et de la vie quotidienne.
La mère d'Alissa, Ianna, nous emmène ensuite au gymnase, pour son entraînement de boxe. Entre deux coups de poing, elle parle de la place des femmes dans la société russe.
Invitée: Larisa Zakharova, du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen.
***
Mardi 2 février 2010
L'île de 20 milliards (2/5) (à écouter ou télécharger ici)
Avant, on n'avait pas besoin de plaque d'immatriculation pour circuler sur l'Île Roussky. À 30 minutes en ferry de Vladivostok, l'île quasi déserte était le paradis des vacanciers et de ses quelque 5000 habitants. Jusqu'à ce que la civilisation décide de s'y installer avec ses grands sabots.
Depuis juin 2009, les camions et les bétonnières y roulent bruyamment. D'ici deux ans, un pont reliera l'île à la terre ferme, des milliers d'étudiants viendront s'instruire dans son université flambant neuve et les gens d'affaires auront un centre de congrès et une piste d'atterrissage pour leur hélicoptère.
En tout, 20 milliards de francs seront investis sur l'île en prévision du sommet de trois jours des 21 leaders de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), prévu pour l'automne 2012.
Quelque 4000 travailleurs, en bonne partie venus des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale y travaillent d'arrache-pied pour respecter l'échéancier. Mais comme sur plusieurs chantiers de construction en Russie, ils ne sont pas à l'abri des patrons véreux.
Comme Micha le Kirghize, qui se plaint discrètement des conditions de vie misérables sur l'île et de son salaire impayé depuis trois mois.
Invitée: Amandine Regamey, Chercheur associé au CERCEC, Maître de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. ***
Mercredi 3 février 2010
La Ruchine (3/5) (à écouter ou télécharger ici)
La rumeur semble farfelue, mais revient sur toutes les lèvres: «Moscou veut vendre Vladivostok aux Chinois!» répètent les Russes de l'Extrême-Orient, qui pensent que la capitale européenne est prête à les trahir pour quelques kopecks.
Formellement, Vladivostok n'appartient pas aux Chinois. Mais dans les marchés de la ville, ils y sont maîtres, employant quelques vendeurs russes à titre figuratif pour se conformer aux lois.
Dans les universités de Vladivostok, des centaines de Chinois étudient la langue de Dostoïevski, comme Dima, qui rêve d'épouser une grande blonde et de devenir un prospère homme d'affaires.
L'étudiant nous fait découvrir un marché de Vladivostok au nom incertain (Lougovaïa pour certains, Sportivnaïa pour d'autres) et ses compatriotes venus déployer les tentacules du capitalisme à la chinoise sur la terre russe.
Invité: Sébastien Colin, Maître de conférence à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
***
Jeudi 4 février 2010
Au foot avec les néonazis (4/5) (à écouter ou télécharger ici)
Quelle est l'activité préférée des néo-nazis russes? Le foot, évidemment. C'est en bottant un ballon rond que des jeunes nationalistes ont bien voulu nous expliquer leur philosophie raciste et xénophobe, largement tolérée en Russie. Selon un récent sondage, 54% de la population du pays appuie le slogan «La Russie aux Russes».
Les jeunes sympathisants de l'Union des slaves d'Extrême-Orient organisent à l'occasion des matchs amicaux de football pour «maintenir un mode de vie sain» et assurer une «bonne descendance» à la race slave.
Alors que leur leader est en procès pour propagande de haine raciale, les militants racontent en quoi l'immigration menace à leur avis l'avenir de leur pays, et ce qui pousse certains d'entre eux à agresser des travailleurs migrants dans la rue.
Dans un café de Vladivostok, le lendemain du match, Vlad, tout sourire, défend l'idéologie hitlérienne.
En 2009, plus de 55 personnes ont été tuées en Russie - dont une à Vladivostok - et 299 blessées dans des attaques à caractère raciste.
Invitée: Sacha Koulaeva, responsable du programme Europe de l'Est et Asie centrale à la Fédération internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) ***
Vendredi 5 février 2010
La chasse aux faits divers (5/5) (à écouter ou télécharger ici)
À bord de leur minifourgonnette, Maksim et Vova parcourent Vladivostok jour et nuit, traquant les accidents de voitures, les incendies et les arrestations spectaculaires.
Le journaliste et le caméraman de l'émission «Avtopatroul» («Auto-patrouille») font équipe pour des rondes de 24 heures, rivés au récepteur radio transmettant les conversations des policiers, pompiers et autres autorités.
Entre trois véhicules emboutis et un ivrogne étendu au milieu de la rue principale de Vladivostok après avoir été happé par une voiture en délit de fuite, Maksim et Vova nous parlent de leurs passions et de leurs défis professionnels et personnels.
Dimanche 7 février 2010: Morceaux choisis
(à écouter ou télécharger ici)
Vladivostok: le bout du monde russe (intro)
Frédérick Lavoie part à la rencontre des habitants de Vladivostok, une ville portuaire profondément russe en territoire asiatique.
Ville stratégique fermée aux étrangers et aux Russes non-résidents durant toute la période soviétique, les influences asiatiques demeurent superficielles à Vladivostok.
Les voitures y sont certes japonaises, les raviolis coréens, les vêtements chinois, mais la ville de 500 000 habitants a la mentalité russe bien ancrée. Pur résultat d'un empire fortement centralisé, de l'époque tsariste à aujourd'hui en passant par la période soviétique. L'Asie pour les affaires, l'Europe pour la culture.
Chez le «maître de l'Orient» (Vladivostok, en russe), les simples citoyens se plaignent de la cherté des produits, des salaires bas et de la bureaucratie, dans un russe qui diffère très peu de celui de leurs compatriotes moscovites, à 6 400 km et sept fuseaux horaires plus à l'ouest.
Lundi 01 février 2010:
Matriarcat à la russe (1/5) (à écouter ou télécharger ici)
En Russie, près du tiers des familles n'ont pas de père. La femme russe, forte, a appris à se débrouiller par elle-même.
La mère d'Alissa, Ianna, nous emmène ensuite au gymnase, pour son entraînement de boxe. Entre deux coups de poing, elle parle de la place des femmes dans la société russe.
Invitée: Larisa Zakharova, du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen.
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Mardi 2 février 2010
L'île de 20 milliards (2/5) (à écouter ou télécharger ici)
Avant, on n'avait pas besoin de plaque d'immatriculation pour circuler sur l'Île Roussky. À 30 minutes en ferry de Vladivostok, l'île quasi déserte était le paradis des vacanciers et de ses quelque 5000 habitants. Jusqu'à ce que la civilisation décide de s'y installer avec ses grands sabots.
En tout, 20 milliards de francs seront investis sur l'île en prévision du sommet de trois jours des 21 leaders de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), prévu pour l'automne 2012.
Quelque 4000 travailleurs, en bonne partie venus des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale y travaillent d'arrache-pied pour respecter l'échéancier. Mais comme sur plusieurs chantiers de construction en Russie, ils ne sont pas à l'abri des patrons véreux.
Comme Micha le Kirghize, qui se plaint discrètement des conditions de vie misérables sur l'île et de son salaire impayé depuis trois mois.
Invitée: Amandine Regamey, Chercheur associé au CERCEC, Maître de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. ***
Mercredi 3 février 2010
La Ruchine (3/5) (à écouter ou télécharger ici)
La rumeur semble farfelue, mais revient sur toutes les lèvres: «Moscou veut vendre Vladivostok aux Chinois!» répètent les Russes de l'Extrême-Orient, qui pensent que la capitale européenne est prête à les trahir pour quelques kopecks.
Dans les universités de Vladivostok, des centaines de Chinois étudient la langue de Dostoïevski, comme Dima, qui rêve d'épouser une grande blonde et de devenir un prospère homme d'affaires.
L'étudiant nous fait découvrir un marché de Vladivostok au nom incertain (Lougovaïa pour certains, Sportivnaïa pour d'autres) et ses compatriotes venus déployer les tentacules du capitalisme à la chinoise sur la terre russe.
Invité: Sébastien Colin, Maître de conférence à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
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Jeudi 4 février 2010
Au foot avec les néonazis (4/5) (à écouter ou télécharger ici)
Quelle est l'activité préférée des néo-nazis russes? Le foot, évidemment. C'est en bottant un ballon rond que des jeunes nationalistes ont bien voulu nous expliquer leur philosophie raciste et xénophobe, largement tolérée en Russie. Selon un récent sondage, 54% de la population du pays appuie le slogan «La Russie aux Russes».
Alors que leur leader est en procès pour propagande de haine raciale, les militants racontent en quoi l'immigration menace à leur avis l'avenir de leur pays, et ce qui pousse certains d'entre eux à agresser des travailleurs migrants dans la rue.
Dans un café de Vladivostok, le lendemain du match, Vlad, tout sourire, défend l'idéologie hitlérienne.
En 2009, plus de 55 personnes ont été tuées en Russie - dont une à Vladivostok - et 299 blessées dans des attaques à caractère raciste.
Invitée: Sacha Koulaeva, responsable du programme Europe de l'Est et Asie centrale à la Fédération internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) ***
Vendredi 5 février 2010
La chasse aux faits divers (5/5) (à écouter ou télécharger ici)
À bord de leur minifourgonnette, Maksim et Vova parcourent Vladivostok jour et nuit, traquant les accidents de voitures, les incendies et les arrestations spectaculaires.
Entre trois véhicules emboutis et un ivrogne étendu au milieu de la rue principale de Vladivostok après avoir été happé par une voiture en délit de fuite, Maksim et Vova nous parlent de leurs passions et de leurs défis professionnels et personnels.
Dimanche 7 février 2010: Morceaux choisis
(à écouter ou télécharger ici)
Les cinq travaux de Viktor Ianoukovitch
Texte publié dans La Presse et La Tribune de Genève le 9 février 2010.
(Moscou) Viktor Ianoukovitch a pris sa revanche. Celui qui avait été humilié par la Révolution orange prodémocratique en 2004 après une victoire frauduleuse deviendra finalement président de l'Ukraine, à l'issue du scrutin serré de dimanche dernier. La tâche devant lui est colossale. Le pays est empêtré dans des querelles politiques et la crise économique l'a dévasté. Voici cinq travaux qui attendent le nouveau président des 45 millions d'Ukrainiens.
1. Devenir président
La première tâche du nouveau président sera... de devenir président, croit le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. La première ministre Ioulia Timochenko, battue par un peu plus de 3%, n'a toujours pas concédé la victoire et crie à la «fraude électorale». Selon M. Fessenko, elle voudrait ainsi forcer le gagnant à chercher un compromis avec elle, espérant conserver son poste de première ministre.
Pour réellement prendre le pouvoir, Ianoukovitch devra réussir à former une nouvelle coalition parlementaire en cooptant des ex-révolutionnaires oranges, alliés de Timochenko et du président sortant Viktor Iouchtchenko, qui disposent actuellement de la majorité à la Rada (Parlement ukrainien).
2. Renouer avec Moscou
En politique extérieure, Ianoukovitch devra relancer les relations avec Moscou, très tendues sous le président sortant pro-occidental Viktor Iouchtchenko. «Il ne sera pas pour autant prorusse», nuance M. Fessenko, directeur du Centre d'études politiques Penta, à propos de celui qui était perçu comme le «candidat du Kremlin» en 2004.
Preuve d'une intention de se rapprocher de Moscou avec modération: avant l'élection, le camp Ianoukovitch n'a pas voulu prendre de position claire sur la reconnaissance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie-du-Sud et d'Abkhazie, une question chère au régime russe.
3. Rassurer l'Europe
Depuis la révolution Orange, Ianoukovitch n'a pas bonne presse en Occident. Le russophone de 59 ans a de la difficulté à se défaire son image d'antioccidental et à faire oublier ses trois ans d'incarcération pour vol, coups et blessures durant sa jeunesse. L'ouverture à l'Europe durant les cinq années postrévolutionnaires a toutefois diversifié les intérêts du pays et de ses propres alliés, rendant essentiel le maintien d'une bonne relation avec le Vieux Continent.
4. Remettre l'économie sur pied
Ravagée par la crise économique, l'Ukraine compte sur le financement occidental pour se remettre à flot, elle qui a vu son PIB reculer de près de 15% l'an dernier. En raison de l'instabilité politique, le Fonds monétaire international a gelé ses prêts l'automne dernier. Ianoukovitch devra convaincre l'organisation de la fiabilité de son pays.
5. Signer la paix gazière
Pour espérer stabiliser son pays, Viktor Ianoukovitch devra régler pour de bon la question du gaz, à l'origine de plusieurs conflits avec la Russie et de la perte de confiance de l'Europe envers l'Ukraine.
En janvier 2009, accusant Kiev de retard de paiement et de vol de gaz, Moscou avait fermé les robinets pour l'énième fois. Plus de 80% du gaz russe destiné à l'UE transitant par le territoire ukrainien, une bonne partie de l'Europe s'était retrouvée sans chauffage en plein coeur d'une vague de froid.
(Moscou) Viktor Ianoukovitch a pris sa revanche. Celui qui avait été humilié par la Révolution orange prodémocratique en 2004 après une victoire frauduleuse deviendra finalement président de l'Ukraine, à l'issue du scrutin serré de dimanche dernier. La tâche devant lui est colossale. Le pays est empêtré dans des querelles politiques et la crise économique l'a dévasté. Voici cinq travaux qui attendent le nouveau président des 45 millions d'Ukrainiens.
1. Devenir président
La première tâche du nouveau président sera... de devenir président, croit le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. La première ministre Ioulia Timochenko, battue par un peu plus de 3%, n'a toujours pas concédé la victoire et crie à la «fraude électorale». Selon M. Fessenko, elle voudrait ainsi forcer le gagnant à chercher un compromis avec elle, espérant conserver son poste de première ministre.
Pour réellement prendre le pouvoir, Ianoukovitch devra réussir à former une nouvelle coalition parlementaire en cooptant des ex-révolutionnaires oranges, alliés de Timochenko et du président sortant Viktor Iouchtchenko, qui disposent actuellement de la majorité à la Rada (Parlement ukrainien).
2. Renouer avec Moscou
En politique extérieure, Ianoukovitch devra relancer les relations avec Moscou, très tendues sous le président sortant pro-occidental Viktor Iouchtchenko. «Il ne sera pas pour autant prorusse», nuance M. Fessenko, directeur du Centre d'études politiques Penta, à propos de celui qui était perçu comme le «candidat du Kremlin» en 2004.
Preuve d'une intention de se rapprocher de Moscou avec modération: avant l'élection, le camp Ianoukovitch n'a pas voulu prendre de position claire sur la reconnaissance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie-du-Sud et d'Abkhazie, une question chère au régime russe.
3. Rassurer l'Europe
Depuis la révolution Orange, Ianoukovitch n'a pas bonne presse en Occident. Le russophone de 59 ans a de la difficulté à se défaire son image d'antioccidental et à faire oublier ses trois ans d'incarcération pour vol, coups et blessures durant sa jeunesse. L'ouverture à l'Europe durant les cinq années postrévolutionnaires a toutefois diversifié les intérêts du pays et de ses propres alliés, rendant essentiel le maintien d'une bonne relation avec le Vieux Continent.
4. Remettre l'économie sur pied
Ravagée par la crise économique, l'Ukraine compte sur le financement occidental pour se remettre à flot, elle qui a vu son PIB reculer de près de 15% l'an dernier. En raison de l'instabilité politique, le Fonds monétaire international a gelé ses prêts l'automne dernier. Ianoukovitch devra convaincre l'organisation de la fiabilité de son pays.
5. Signer la paix gazière
Pour espérer stabiliser son pays, Viktor Ianoukovitch devra régler pour de bon la question du gaz, à l'origine de plusieurs conflits avec la Russie et de la perte de confiance de l'Europe envers l'Ukraine.
En janvier 2009, accusant Kiev de retard de paiement et de vol de gaz, Moscou avait fermé les robinets pour l'énième fois. Plus de 80% du gaz russe destiné à l'UE transitant par le territoire ukrainien, une bonne partie de l'Europe s'était retrouvée sans chauffage en plein coeur d'une vague de froid.
L'Ukraine élit la bête noire de la Révolution orange
Texte publié dans La Tribune de Genève le 8 février 2010.
Le chef de l’opposition Viktor Ianoukovitch a remporté hier le deuxième tour de l’élection présidentielle ukrainienne. Selon les sondages à la sortie des urnes, celui-ci aurait obtenu entre 48 et 50% des voix, contre 44-45% pour son adversaire, la première ministre Ioulia Timochenko. Détail piquant: plus de 5% des électeurs ont voté contre tous les candidats.
Ironie de l’histoire: c’est la deuxième fois que Viktor Ianoukovitch remporte un deuxième tour d’élections présidentielles. Mais, en 2004, le «candidat du Kremlin» d’alors n’était pas devenu président pour autant. Renversé par les manifestations monstres de la Révolution orange, dont Ioulia Timochenko était l’une des figures de proue, il avait dû concéder un troisième tour, gagné par Viktor Iouchtchenko.
Cette fois, c’est la bonne pour ce russophone de 59 ans, qui a purgé 3 ans de prison dans sa jeunesse pour vol, coups et blessures. L’homme ayant été exclu du pouvoir national depuis plus de deux ans, il sera difficile pour sa rivale de convaincre qu’il aurait massivement falsifié l’élection d’hier, malgré les résultats serrés.
Ioulia Timochenko entend tout de même descendre dans les rues avec ses partisans dès aujourd’hui. Elle veut contester l’élection en se basant sur quelques irrégularités observées et la confusion qu’ont entraînée les changements à la loi électorale votés jeudi au parlement, à l’initiative du Parti des régions de Ianoukovitch.
Pour faire contrepoids, le gagnant a déjà prévu une manifestation devant la Commission centrale électorale à Kiev ce matin, où il attend 50 000 de ses fidèles.
Apathique et désabusée par des années de guerres interclaniques au pouvoir, la population ne risque toutefois pas de suivre massivement les appels à manifester des candidats comme ce fut le cas en 2004, selon la plupart des observateurs ukrainiens. Après une bataille juridique et des négociations avec le camp Timochenko, Viktor Ianoukovitch devrait donc être investi en tant que quatrième président de l’Ukraine indépendante.
Entre cynisme et scandales
La journée électorale d’hier aura été à l’image de la campagne et de la vie politique ukrainienne: cynique, houleuse et semée de scandales. Avant même le début du vote, le cadavre d’un représentant de l’équipe Timochenko a été retrouvé à Ivano-Frankisk, dans l’ouest du pays. Les porte-parole de la première ministre ont rapidement lié à l’élection le décès de ce secrétaire de commission électorale locale, affirmant qu’il avait été tué en voulant défendre un coffre-fort rempli de bulletins de vote, attaqué par des voleurs. Les policiers avaient une tout autre version. L’homme serait plutôt décédé d’une crise cardiaque, bien loin de tout bureau de vote.
A Lougansk, un fief de Ianoukovitch à l’extrême ouest du pays, les travaux ont été perturbés dans au moins neuf bureaux de vote en raison d’appels à la bombe, y réduisant sensiblement le taux de participation. D’autres bureaux de vote ailleurs dans le pays ont été touchés par de longues coupures de courant. Mais, en dépit des quelques incidents observés, la commission électorale ukrainienne estimait hier en fin d’après-midi que l’élection se déroulait tout de même assez normalement.
Le chef de l’opposition Viktor Ianoukovitch a remporté hier le deuxième tour de l’élection présidentielle ukrainienne. Selon les sondages à la sortie des urnes, celui-ci aurait obtenu entre 48 et 50% des voix, contre 44-45% pour son adversaire, la première ministre Ioulia Timochenko. Détail piquant: plus de 5% des électeurs ont voté contre tous les candidats.
Ironie de l’histoire: c’est la deuxième fois que Viktor Ianoukovitch remporte un deuxième tour d’élections présidentielles. Mais, en 2004, le «candidat du Kremlin» d’alors n’était pas devenu président pour autant. Renversé par les manifestations monstres de la Révolution orange, dont Ioulia Timochenko était l’une des figures de proue, il avait dû concéder un troisième tour, gagné par Viktor Iouchtchenko.
Cette fois, c’est la bonne pour ce russophone de 59 ans, qui a purgé 3 ans de prison dans sa jeunesse pour vol, coups et blessures. L’homme ayant été exclu du pouvoir national depuis plus de deux ans, il sera difficile pour sa rivale de convaincre qu’il aurait massivement falsifié l’élection d’hier, malgré les résultats serrés.
Ioulia Timochenko entend tout de même descendre dans les rues avec ses partisans dès aujourd’hui. Elle veut contester l’élection en se basant sur quelques irrégularités observées et la confusion qu’ont entraînée les changements à la loi électorale votés jeudi au parlement, à l’initiative du Parti des régions de Ianoukovitch.
Pour faire contrepoids, le gagnant a déjà prévu une manifestation devant la Commission centrale électorale à Kiev ce matin, où il attend 50 000 de ses fidèles.
Apathique et désabusée par des années de guerres interclaniques au pouvoir, la population ne risque toutefois pas de suivre massivement les appels à manifester des candidats comme ce fut le cas en 2004, selon la plupart des observateurs ukrainiens. Après une bataille juridique et des négociations avec le camp Timochenko, Viktor Ianoukovitch devrait donc être investi en tant que quatrième président de l’Ukraine indépendante.
Entre cynisme et scandales
La journée électorale d’hier aura été à l’image de la campagne et de la vie politique ukrainienne: cynique, houleuse et semée de scandales. Avant même le début du vote, le cadavre d’un représentant de l’équipe Timochenko a été retrouvé à Ivano-Frankisk, dans l’ouest du pays. Les porte-parole de la première ministre ont rapidement lié à l’élection le décès de ce secrétaire de commission électorale locale, affirmant qu’il avait été tué en voulant défendre un coffre-fort rempli de bulletins de vote, attaqué par des voleurs. Les policiers avaient une tout autre version. L’homme serait plutôt décédé d’une crise cardiaque, bien loin de tout bureau de vote.
A Lougansk, un fief de Ianoukovitch à l’extrême ouest du pays, les travaux ont été perturbés dans au moins neuf bureaux de vote en raison d’appels à la bombe, y réduisant sensiblement le taux de participation. D’autres bureaux de vote ailleurs dans le pays ont été touchés par de longues coupures de courant. Mais, en dépit des quelques incidents observés, la commission électorale ukrainienne estimait hier en fin d’après-midi que l’élection se déroulait tout de même assez normalement.
Ukraine: le résultat quasi assuré d'être contesté
Article publié dans le quotidien La Presse le 6 février 2010.
Le deuxième tour de l'élection présidentielle ukrainienne, demain, se terminera au mieux à la cour, au pire dans la rue. Les deux candidats en lice, le chef de l'opposition et favori Viktor Ianoukovitch, et la première ministre Ioulia Timochenko, promettent de contester les résultats en cas de défaite, sous prétexte de fraude électorale.
Les deux camps sont sur un pied de guerre. Les autocars sont déjà loués. À la moindre allégation d'irrégularité demain, les partisans du perdant dévaleront vers la capitale, Kiev, pour exiger l'annulation du scrutin.Ioulia Timochenko connaît bien le principe. En 2004, la blonde à la légendaire tresse enroulée autour de la tête était l'une des principales figures de la Révolution orange pro-occidentale. Pendant un mois, elle s'est tenue aux côtés de centaines de milliers de manifestants et du candidat Viktor Iouchtchenko sur la place centrale de Kiev, la «Maïdan», pour obtenir une reprise de l'élection frauduleuse. Avec succès.
Cette année, c'est elle la candidate. L'adversaire, lui, reste le même. Mais Viktor Ianoukovitch, victorieux du deuxième tour en 2004 mais perdant du troisième, n'entend pas se faire écarter du pouvoir encore une fois. «Il n'y aura plus jamais en Ukraine de Maïdan, ni de troisième tour», a-t-il prédit cette semaine, qualifiant la révolution orange de «page sombre» de l'histoire ukrainienne.
S'il y a des manifestations massives, il veut au moins que ce soit son camp qui les organise. Son Parti des régions a d'ailleurs déjà déposé une demande aux autorités municipales en vue de protester devant l'édifice de la Commission centrale électorale dès lundi. Il compte y rassembler 50 000 personnes pour une période indéterminée, sous le slogan «l'Ukraine pour des élections honnêtes».
Intrigue politique
Les trois semaines entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle auront connu leur lot d'intrigues politiques, démontrant la fragilité de la jeune démocratie ukrainienne.
Dernière ruse en date: jeudi, les députés fidèles à Viktor Ianoukovitch ont réussi à modifier la loi électorale en vitesse. Désormais, les commissions électorales locales, composées à parts égales de représentants des deux candidats, n'auront plus à observer un quorum des deux tiers des membres pour leur réunion.
Le Parti des régions voulait ainsi éviter un boycottage massif des représentants de Timochenko, qui aurait permis de faire dérailler le processus dans plusieurs régions du pays, explique l'analyste Petro Bourkovski, du Centre national d'études stratégiques de Kiev.
«D'un côté, ils ont voulu se protéger, mais de l'autre, cela fait en sorte que le résultat sera contestable. Ils ont donné à Timochenko une belle raison de le refuser et de se faire de la publicité là-dessus», estime-t-il.
D'autant plus que la première ministre n'a plus rien à perdre. Au premier tour, elle a obtenu 25% des voix, dix points derrière Ianoukovitch. Ses tentatives pour rallier les autres candidats «démocrates» derrière elle, comme Sergueï Tigipko (13%) à qui elle a proposé le poste de premier ministre, ont été infructueuses.
Le président actuel, Viktor Iouchtchenko, arrivé cinquième au premier tour, a donné un dernier coup de poignard dans le dos de son ancienne alliée en appuyant et en signant rapidement les changements à la loi électorale proposés par le camp Ianoukovitch.
Petro Bourkovski croit qu'à moins de fraudes massives, Ioulia Timochenko aura de la difficulté à renverser le résultat de demain, qui devrait être en faveur de Ianoukovitch, un russophone de 59 ans. Mais il espère surtout que les deux camps pourront trouver une entente pour éviter un autre long bras de fer politique, alors que le pays est durement atteint par la crise économique.
Le deuxième tour de l'élection présidentielle ukrainienne, demain, se terminera au mieux à la cour, au pire dans la rue. Les deux candidats en lice, le chef de l'opposition et favori Viktor Ianoukovitch, et la première ministre Ioulia Timochenko, promettent de contester les résultats en cas de défaite, sous prétexte de fraude électorale.
Les deux camps sont sur un pied de guerre. Les autocars sont déjà loués. À la moindre allégation d'irrégularité demain, les partisans du perdant dévaleront vers la capitale, Kiev, pour exiger l'annulation du scrutin.Ioulia Timochenko connaît bien le principe. En 2004, la blonde à la légendaire tresse enroulée autour de la tête était l'une des principales figures de la Révolution orange pro-occidentale. Pendant un mois, elle s'est tenue aux côtés de centaines de milliers de manifestants et du candidat Viktor Iouchtchenko sur la place centrale de Kiev, la «Maïdan», pour obtenir une reprise de l'élection frauduleuse. Avec succès.
Cette année, c'est elle la candidate. L'adversaire, lui, reste le même. Mais Viktor Ianoukovitch, victorieux du deuxième tour en 2004 mais perdant du troisième, n'entend pas se faire écarter du pouvoir encore une fois. «Il n'y aura plus jamais en Ukraine de Maïdan, ni de troisième tour», a-t-il prédit cette semaine, qualifiant la révolution orange de «page sombre» de l'histoire ukrainienne.
S'il y a des manifestations massives, il veut au moins que ce soit son camp qui les organise. Son Parti des régions a d'ailleurs déjà déposé une demande aux autorités municipales en vue de protester devant l'édifice de la Commission centrale électorale dès lundi. Il compte y rassembler 50 000 personnes pour une période indéterminée, sous le slogan «l'Ukraine pour des élections honnêtes».
Intrigue politique
Les trois semaines entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle auront connu leur lot d'intrigues politiques, démontrant la fragilité de la jeune démocratie ukrainienne.
Dernière ruse en date: jeudi, les députés fidèles à Viktor Ianoukovitch ont réussi à modifier la loi électorale en vitesse. Désormais, les commissions électorales locales, composées à parts égales de représentants des deux candidats, n'auront plus à observer un quorum des deux tiers des membres pour leur réunion.
Le Parti des régions voulait ainsi éviter un boycottage massif des représentants de Timochenko, qui aurait permis de faire dérailler le processus dans plusieurs régions du pays, explique l'analyste Petro Bourkovski, du Centre national d'études stratégiques de Kiev.
«D'un côté, ils ont voulu se protéger, mais de l'autre, cela fait en sorte que le résultat sera contestable. Ils ont donné à Timochenko une belle raison de le refuser et de se faire de la publicité là-dessus», estime-t-il.
D'autant plus que la première ministre n'a plus rien à perdre. Au premier tour, elle a obtenu 25% des voix, dix points derrière Ianoukovitch. Ses tentatives pour rallier les autres candidats «démocrates» derrière elle, comme Sergueï Tigipko (13%) à qui elle a proposé le poste de premier ministre, ont été infructueuses.
Le président actuel, Viktor Iouchtchenko, arrivé cinquième au premier tour, a donné un dernier coup de poignard dans le dos de son ancienne alliée en appuyant et en signant rapidement les changements à la loi électorale proposés par le camp Ianoukovitch.
Petro Bourkovski croit qu'à moins de fraudes massives, Ioulia Timochenko aura de la difficulté à renverser le résultat de demain, qui devrait être en faveur de Ianoukovitch, un russophone de 59 ans. Mais il espère surtout que les deux camps pourront trouver une entente pour éviter un autre long bras de fer politique, alors que le pays est durement atteint par la crise économique.
samedi 6 février 2010
Guerre des ondes russo-géorgienne
Article publié dans La Presse le 4 février 2010.
(Moscou) Militairement, la Géorgie ne fait pas le poids devant la Russie. L'ex-république soviétique pro-occidentale a donc décidé de lui déclarer la guerre... des ondes. Au début du mois de janvier, elle a lancé une chaîne en langue russe décrite comme la seule solution de rechange aux télévisions manipulées par le Kremlin dans le Caucase. Mais le réseau accuse Moscou de lui mettre des bâtons dans les roues.
Dans un décor qui laisse deviner le maigre budget de la chaîne, la présentatrice entame son bulletin en trébuchant sur les premiers mots. Les reporters sont hésitants, les images sont rares et souvent de mauvaise qualité, mais l'équipe de 1K sait où elle s'en va: à contre-courant du Kremlin.
«Nous sommes encore très jeunes», s'excuse presque d'entrée de jeu Maya Bichikashvili, vice-directrice de la télévision publique géorgienne, dont dépend la chaîne Pervy Kavkazky (la Première caucasienne ou 1K).
Doté d'un budget d'à peine 1,5 million de dollars pour sa première année, le réseau a été mis sur pied en moins de quatre mois dans les studios de la télévision publique à Tbilissi, la capitale géorgienne. Ses objectifs: donner au public russophone une autre image de la Géorgie que celle véhiculée par les télévisions étatiques russes et parler des choses qu'elles passent sous silence.
Mme Bichikashvili assure toutefois que 1K ne se veut pas un outil de contre-propagande. «Nous ne sommes pas dirigés par le gouvernement géorgien. Nos journalistes peuvent parler de ce qu'ils veulent. Ils ont une entière liberté.»
L'équipe de 1K étant en majeure partie composée de Géorgiens et d'opposants au régime russe - comme l'animatrice Alla Doudaïev, veuve du président séparatiste tchétchène Djokhar Doudaïev -, la position anti-Kremlin fait toutefois officieusement consensus.
La «voix alternative» de 1K dans l'espace télévisuel russophone ne signifie donc pas pour autant que la chaîne tend vers l'objectivité, malgré sa prétention de parler du Caucase «sans faussetés».
La plupart des événements qu'elle couvre portent sur les républiques instables du Caucase russe, en proie à une insurrection islamiste, et sur la politique russe.
Par contre, la chaîne est quasi muette sur la situation politique en Géorgie, où l'opposition au président Mikhaïl Saakachvili grandit.
Seulement sur le web
La principale difficulté de la chaîne est toutefois de trouver des auditeurs. Le 25 janvier, à peine 10 jours après le début de ses émissions, le fournisseur français Eutelsat l'a exclue de son offre satellitaire.
Dans les bulletins d'information de 1K, journalistes et invités sont unanimes: la décision est liée à la signature quelques jours plus tôt d'un lucratif contrat entre Eutelsat et une entreprise affiliée au géant gazier d'État Gazprom, proche du pouvoir russe. Eutelsat aurait donc plié devant les pressions «politiques» de son important client.
En attendant de trouver un fournisseur satellitaire, la chaîne n'est offerte que sur l'internet. Or, la plupart des foyers du Caucase du Nord, son principal public cible, ne sont pas branchés au web, ce qui limite son influence.
En août 2008, le président Saakachvili a appris à ses dépens qu'il ne pouvait battre son puissant voisin sur un champ de bataille. La tentative de l'armée géorgienne pour reprendre la région séparatiste d'Ossétie-du-Sud, prorusse, s'est soldée par une intervention militaire de la Russie et l'occupation d'une partie du territoire géorgien.
Le président Saakachvili, qui a étudié en France et aux États-Unis, a vraisemblablement compris que son champ de bataille devrait être médiatique.
(Moscou) Militairement, la Géorgie ne fait pas le poids devant la Russie. L'ex-république soviétique pro-occidentale a donc décidé de lui déclarer la guerre... des ondes. Au début du mois de janvier, elle a lancé une chaîne en langue russe décrite comme la seule solution de rechange aux télévisions manipulées par le Kremlin dans le Caucase. Mais le réseau accuse Moscou de lui mettre des bâtons dans les roues.
Dans un décor qui laisse deviner le maigre budget de la chaîne, la présentatrice entame son bulletin en trébuchant sur les premiers mots. Les reporters sont hésitants, les images sont rares et souvent de mauvaise qualité, mais l'équipe de 1K sait où elle s'en va: à contre-courant du Kremlin.
«Nous sommes encore très jeunes», s'excuse presque d'entrée de jeu Maya Bichikashvili, vice-directrice de la télévision publique géorgienne, dont dépend la chaîne Pervy Kavkazky (la Première caucasienne ou 1K).
Doté d'un budget d'à peine 1,5 million de dollars pour sa première année, le réseau a été mis sur pied en moins de quatre mois dans les studios de la télévision publique à Tbilissi, la capitale géorgienne. Ses objectifs: donner au public russophone une autre image de la Géorgie que celle véhiculée par les télévisions étatiques russes et parler des choses qu'elles passent sous silence.
Mme Bichikashvili assure toutefois que 1K ne se veut pas un outil de contre-propagande. «Nous ne sommes pas dirigés par le gouvernement géorgien. Nos journalistes peuvent parler de ce qu'ils veulent. Ils ont une entière liberté.»
L'équipe de 1K étant en majeure partie composée de Géorgiens et d'opposants au régime russe - comme l'animatrice Alla Doudaïev, veuve du président séparatiste tchétchène Djokhar Doudaïev -, la position anti-Kremlin fait toutefois officieusement consensus.
La «voix alternative» de 1K dans l'espace télévisuel russophone ne signifie donc pas pour autant que la chaîne tend vers l'objectivité, malgré sa prétention de parler du Caucase «sans faussetés».
La plupart des événements qu'elle couvre portent sur les républiques instables du Caucase russe, en proie à une insurrection islamiste, et sur la politique russe.
Par contre, la chaîne est quasi muette sur la situation politique en Géorgie, où l'opposition au président Mikhaïl Saakachvili grandit.
Seulement sur le web
La principale difficulté de la chaîne est toutefois de trouver des auditeurs. Le 25 janvier, à peine 10 jours après le début de ses émissions, le fournisseur français Eutelsat l'a exclue de son offre satellitaire.
Dans les bulletins d'information de 1K, journalistes et invités sont unanimes: la décision est liée à la signature quelques jours plus tôt d'un lucratif contrat entre Eutelsat et une entreprise affiliée au géant gazier d'État Gazprom, proche du pouvoir russe. Eutelsat aurait donc plié devant les pressions «politiques» de son important client.
En attendant de trouver un fournisseur satellitaire, la chaîne n'est offerte que sur l'internet. Or, la plupart des foyers du Caucase du Nord, son principal public cible, ne sont pas branchés au web, ce qui limite son influence.
En août 2008, le président Saakachvili a appris à ses dépens qu'il ne pouvait battre son puissant voisin sur un champ de bataille. La tentative de l'armée géorgienne pour reprendre la région séparatiste d'Ossétie-du-Sud, prorusse, s'est soldée par une intervention militaire de la Russie et l'occupation d'une partie du territoire géorgien.
Le président Saakachvili, qui a étudié en France et aux États-Unis, a vraisemblablement compris que son champ de bataille devrait être médiatique.
dimanche 31 janvier 2010
Medvedev veut faire de la place aux jeunes
Article publié dans le journal La Presse le 30 janvier 2010.
(Moscou) Le président russe Dmitri Medvedev veut rajeunir les têtes dirigeantes des régions de son pays. S'il a légalement le loisir de renvoyer n'importe quel gouverneur d'un seul coup de crayon, la tâche risque d'être plus compliquée, voire dangereuse dans certaines régions explosives du pays, nous explique notre collaborateur.
Dmitri Medvedev avait jusqu'au 21 janvier pour nommer un nouveau président pour le Daguestan, république caucasienne en proie à une rébellion islamiste. Face au casse-tête, il a jusqu'à maintenant préféré le silence.
C'est que peu importe qui remplacera Moukhou Aliev, 70 ans, l'équilibre du pouvoir entre les différents groupes ethniques de cette entité de 2,5 millions d'habitants devra être repensé. Et devant une guérilla qui mène plusieurs attaques par semaine contre les forces de l'ordre, la république n'a pas les moyens de tomber encore plus profondément dans l'instabilité.
Il y a encore six ans, Medvedev n'aurait pas eu à se creuser la tête. Les dirigeants des 83 sujets de la fédération russe étaient élus par la population, au suffrage universel. Mais en 2004, dans une volonté de centraliser les pouvoirs au Kremlin, le président d'alors, Vladimir Poutine, a aboli les élections des gouverneurs et présidents régionaux.
Aujourd'hui, les candidatures sont proposées par les parlements régionaux, tous sans exception contrôlés par Russie Unie, le parti dirigé par le désormais premier ministre et toujours homme fort du pays Vladimir Poutine. Le président doit ensuite choisir parmi trois noms, dont celui habituellement du dirigeant sortant.
À la retraite
Depuis son accession à la présidence en mai 2008, Medvedev n'a renouvelé le candidat en poste que dans huit des vingt-cinq cas qui lui ont été présentés.
En janvier 2009, à la surprise générale, il a même installé à la tête de la région sinistrée de Kirov le dynamique Nikita Belykh, 33 ans. Jusqu'à sa nomination, Belykh était un farouche critique du régime en place et était souvent arrêté par les autorités durant les manifestations d'opposition.
Il y a quelques semaines, Dmitri Medvedev a annoncé qu'il ne tolérerait plus ceux qui veulent coller au pouvoir. «Quatre mandats, c'est déjà une exception rare. Désormais, nous allons faire en sorte qu'ils libèrent leur place à temps pour le travail des jeunes», a-t-il déclaré. Cette année, 13 vieux dirigeants pourraient devoir quitter leur poste.
Le président du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev, 73 ans, a compris le message. S'il avait survécu à la chute de l'URSS en changeant simplement son titre de premier secrétaire du Parti communiste en celui de président tatar, il a préféré demander personnellement à Medvedev de ne pas renouveler son mandat en mars.
Mairie de Moscou convoitée
Le départ ne se serait pas fait sans négociation, croit toutefois Nikolaï Petrov, analyste des politiques régionales au Centre Carnegie de Moscou. «Dans certaines régions comme le Tatarstan et Moscou, le dirigeant a mis en place une véritable machine politique qui lui donne le contrôle des ressources locales. Il ne faut donc pas regarder qui part, mais dans quelles conditions et qui prendra sa place.»
À Moscou, les rumeurs se font persistantes sur le renvoi du flamboyant maire de 73 ans Iouri Loujkov, en poste depuis 1992. Mais celui dont la femme est devenue milliardaire et reine de l'immobilier de la capitale durant son règne n'entend pas laisser sa place aussi facilement.
«Il y a de grands intérêts en jeu et donc une lutte entre différents clans au Kremlin. Chacun veut placer son homme à la tête de cette ville. Loujkov tire pour l'instant avantage de ces conflits pour se faufiler», note Nikolaï Petrov. Selon lui, le maire n'attend qu'un compromis qui lui sera profitable pour quitter.
(Moscou) Le président russe Dmitri Medvedev veut rajeunir les têtes dirigeantes des régions de son pays. S'il a légalement le loisir de renvoyer n'importe quel gouverneur d'un seul coup de crayon, la tâche risque d'être plus compliquée, voire dangereuse dans certaines régions explosives du pays, nous explique notre collaborateur.
Dmitri Medvedev avait jusqu'au 21 janvier pour nommer un nouveau président pour le Daguestan, république caucasienne en proie à une rébellion islamiste. Face au casse-tête, il a jusqu'à maintenant préféré le silence.
C'est que peu importe qui remplacera Moukhou Aliev, 70 ans, l'équilibre du pouvoir entre les différents groupes ethniques de cette entité de 2,5 millions d'habitants devra être repensé. Et devant une guérilla qui mène plusieurs attaques par semaine contre les forces de l'ordre, la république n'a pas les moyens de tomber encore plus profondément dans l'instabilité.
Il y a encore six ans, Medvedev n'aurait pas eu à se creuser la tête. Les dirigeants des 83 sujets de la fédération russe étaient élus par la population, au suffrage universel. Mais en 2004, dans une volonté de centraliser les pouvoirs au Kremlin, le président d'alors, Vladimir Poutine, a aboli les élections des gouverneurs et présidents régionaux.
Aujourd'hui, les candidatures sont proposées par les parlements régionaux, tous sans exception contrôlés par Russie Unie, le parti dirigé par le désormais premier ministre et toujours homme fort du pays Vladimir Poutine. Le président doit ensuite choisir parmi trois noms, dont celui habituellement du dirigeant sortant.
À la retraite
Depuis son accession à la présidence en mai 2008, Medvedev n'a renouvelé le candidat en poste que dans huit des vingt-cinq cas qui lui ont été présentés.
En janvier 2009, à la surprise générale, il a même installé à la tête de la région sinistrée de Kirov le dynamique Nikita Belykh, 33 ans. Jusqu'à sa nomination, Belykh était un farouche critique du régime en place et était souvent arrêté par les autorités durant les manifestations d'opposition.
Il y a quelques semaines, Dmitri Medvedev a annoncé qu'il ne tolérerait plus ceux qui veulent coller au pouvoir. «Quatre mandats, c'est déjà une exception rare. Désormais, nous allons faire en sorte qu'ils libèrent leur place à temps pour le travail des jeunes», a-t-il déclaré. Cette année, 13 vieux dirigeants pourraient devoir quitter leur poste.
Le président du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev, 73 ans, a compris le message. S'il avait survécu à la chute de l'URSS en changeant simplement son titre de premier secrétaire du Parti communiste en celui de président tatar, il a préféré demander personnellement à Medvedev de ne pas renouveler son mandat en mars.
Mairie de Moscou convoitée
Le départ ne se serait pas fait sans négociation, croit toutefois Nikolaï Petrov, analyste des politiques régionales au Centre Carnegie de Moscou. «Dans certaines régions comme le Tatarstan et Moscou, le dirigeant a mis en place une véritable machine politique qui lui donne le contrôle des ressources locales. Il ne faut donc pas regarder qui part, mais dans quelles conditions et qui prendra sa place.»
À Moscou, les rumeurs se font persistantes sur le renvoi du flamboyant maire de 73 ans Iouri Loujkov, en poste depuis 1992. Mais celui dont la femme est devenue milliardaire et reine de l'immobilier de la capitale durant son règne n'entend pas laisser sa place aussi facilement.
«Il y a de grands intérêts en jeu et donc une lutte entre différents clans au Kremlin. Chacun veut placer son homme à la tête de cette ville. Loujkov tire pour l'instant avantage de ces conflits pour se faufiler», note Nikolaï Petrov. Selon lui, le maire n'attend qu'un compromis qui lui sera profitable pour quitter.
samedi 30 janvier 2010
Les nationalistes russes optent pour le terrorisme
Article publié dans La Presse, le 29 janvier 2010.
Moscou - Les attaques à caractère raciste ont fortement diminué en Russie au cours de la dernière année. Les mouvements d'extrême droite ne sont toutefois pas moins dangereux pour autant. Ils ont simplement changé de stratégie. Leur ennemi No 1 est devenu l'État russe. Et pour le combattre, ils ont choisi le terrorisme.
Sur son épaule gauche, Vlad, début vingtaine, montre son tatouage, un aigle nazi. S'il partage "plusieurs points" de l'idéologie hitlérienne, le jeune militant de Vladivostok (Extrême-Orient russe) ne le crie pas sur tous les toits. Depuis quelques mois, les autorités russes ont intensifié la chasse aux néonazis.
Lorsqu'on lui demande s'il a déjà battu des travailleurs étrangers dans la rue, Vlad élude la question. "Les travailleurs migrants en soi, ils ne sont rien. Que l'un d'entre eux soit tué ou battu, ça ne fera pas en sorte qu'ils viendront en moins grand nombre en Russie. Ils sont la conséquence. La cause du problème, c'est notre État", a-t-il expliqué à La Presse, au début du mois de décembre.
Selon Vlad, la lutte pour assurer la "pureté du sang" russe passe désormais par les "actions terroristes". Il ne précise toutefois pas s'il est prêt à y participer lui-même directement.
En 2009, le centre Sova, une ONG qui étudie les mouvements racistes en Russie, a remarqué ce changement de cap chez les néonazis.
"Leur but est désormais de déstabiliser le pays. Ils veulent provoquer une révolution et, dans la foulée, prendre le pouvoir. On peut donc considérer que, maintenant, plus personne n'est en sécurité en Russie", a expliqué mercredi la vice-directrice de Sova, Galina Kojevnikova, lors de la présentation aux médias du rapport annuel de l'organisation.
Attentat revendiqué
En 2009, les mouvements d'extrême droite ont mis le feu à au moins cinq immeubles appartenant à différents corps policiers, selon Sova. Ils ont aussi revendiqué la responsabilité d'une cinquantaine d'autres incendies de même que l'attentat contre le train Nevski Ekspress, entre Moscou et Saint-Pétersbourg, qui a fait 26 morts à la fin du mois de novembre. Il n'a pas été prouvé que cette attaque d'envergure était l'oeuvre de Combat 18-Inguermanlandia, mais la déclaration du groupe néonazi démontre sa volonté d'être considéré comme terroriste.
En 2008, Sova avait recensé 110 meurtres à caractère raciste en Russie, principalement de ressortissants des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale et du Caucase venus chercher du travail en Russie. L'an dernier, ce nombre est tombé à 71.
La baisse du nombre d'attaques racistes est aussi en partie due aux efforts des autorités, qui s'inquiètent plus des actions antigouvernementales de l'extrême droite que de son idéologie raciste.
Vlad et ses pairs ont d'ailleurs été touchés directement par l'intensification de la lutte contre leur idéologie. Le 6 décembre, le leader de leur groupe, l'Union des Slaves de l'Extrême-Orient, a été reconnu coupable d'incitation à la haine raciale et condamné à deux ans de prison avec sursis.
Moscou - Les attaques à caractère raciste ont fortement diminué en Russie au cours de la dernière année. Les mouvements d'extrême droite ne sont toutefois pas moins dangereux pour autant. Ils ont simplement changé de stratégie. Leur ennemi No 1 est devenu l'État russe. Et pour le combattre, ils ont choisi le terrorisme.
Sur son épaule gauche, Vlad, début vingtaine, montre son tatouage, un aigle nazi. S'il partage "plusieurs points" de l'idéologie hitlérienne, le jeune militant de Vladivostok (Extrême-Orient russe) ne le crie pas sur tous les toits. Depuis quelques mois, les autorités russes ont intensifié la chasse aux néonazis.
Selon Vlad, la lutte pour assurer la "pureté du sang" russe passe désormais par les "actions terroristes". Il ne précise toutefois pas s'il est prêt à y participer lui-même directement.
En 2009, le centre Sova, une ONG qui étudie les mouvements racistes en Russie, a remarqué ce changement de cap chez les néonazis.
"Leur but est désormais de déstabiliser le pays. Ils veulent provoquer une révolution et, dans la foulée, prendre le pouvoir. On peut donc considérer que, maintenant, plus personne n'est en sécurité en Russie", a expliqué mercredi la vice-directrice de Sova, Galina Kojevnikova, lors de la présentation aux médias du rapport annuel de l'organisation.
Attentat revendiqué
En 2009, les mouvements d'extrême droite ont mis le feu à au moins cinq immeubles appartenant à différents corps policiers, selon Sova. Ils ont aussi revendiqué la responsabilité d'une cinquantaine d'autres incendies de même que l'attentat contre le train Nevski Ekspress, entre Moscou et Saint-Pétersbourg, qui a fait 26 morts à la fin du mois de novembre. Il n'a pas été prouvé que cette attaque d'envergure était l'oeuvre de Combat 18-Inguermanlandia, mais la déclaration du groupe néonazi démontre sa volonté d'être considéré comme terroriste.
En 2008, Sova avait recensé 110 meurtres à caractère raciste en Russie, principalement de ressortissants des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale et du Caucase venus chercher du travail en Russie. L'an dernier, ce nombre est tombé à 71.
La baisse du nombre d'attaques racistes est aussi en partie due aux efforts des autorités, qui s'inquiètent plus des actions antigouvernementales de l'extrême droite que de son idéologie raciste.
Vlad et ses pairs ont d'ailleurs été touchés directement par l'intensification de la lutte contre leur idéologie. Le 6 décembre, le leader de leur groupe, l'Union des Slaves de l'Extrême-Orient, a été reconnu coupable d'incitation à la haine raciale et condamné à deux ans de prison avec sursis.
Ukraine: Le pouvoir orange éconduit au premier tour
Article paru dans La Presse et La Tribune de Genève le 18 janvier 2010.
Kiev, Ukraine - Le favori pour la présidentielle ukrainienne, Viktor Ianoukovitch, s'est facilement qualifié pour le deuxième tour du scrutin hier. Le chef de l'opposition affrontera dans trois semaines la première ministre Ioulia Timochenko. Le résultat du round final s'annonce aussi serré que contesté.
Selon des résultats partiels, Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou en 2004 et humilié durant la révolution Orange pro-occidentale qui a suivi, a obtenu 37,32 % des suffrages. Ioulia Timochenko recueille 24,40 % des voix, après le dépouillement de 30,03 % des bulletins.
Avec 12 % d'avance sur l'ex-banquier Sergueï Tigipko, son passage au deuxième tour ne fait aucun doute. Cette élection sonne le glas du président actuel Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la révolution orange de 2004, qui a récolté moins de 5 % des voix, en cinquième place.
Si les sondages des dernières semaines donne Viktor Ianoukovitch gagnant au deuxième tour, Ioulia Timochenko n'entend pas baisser les bras. Hier soir, la dame de fer de la politique ukrainienne a appelé les " forces démocratiques " à se ranger derrière elle, estimant qu'elles représentent 60 % de l'électorat, pour " emmener l'Ukraine sur la voie de l'Europe civilisée ".
La première ministre de 49 ans faisait ainsi référence à ses anciens alliés de la révolution Orange, qui ont passé les cinq dernières années à s'entredéchirer pour le partage du pouvoir. Elle a promis de " tenir des discussions " avec certains d'entre eux, appelant aussi les électeurs du président Iouchtchenko, avec qui elle est à couteaux tirés, à l'appuyer.
Viktor Ianoukovitch compte lui aussi faire les yeux doux aux perdants et à leurs électeurs. Le russophone de 59 ans, peu charismatique, s'est présenté en rassembleur qui " prendra en considération le point de vue " de ceux qui n'ont pas voté pour lui.
Sergueï Tigipko et Arseni Iatseniouk, respectivement troisième et quatrième ont toutefois appelé pour l'instant leurs électeurs à ne voter pour aucun des deux finalistes.
Sans programme distinctif
Contrairement au duel de 2004 entre le prorusse Ianoukovitch et le pro-occidental Iouchtchenko, les deux candidats du deuxième tour de cette année se différencient plus par leur approche et leur personnalité que par leur programme.
Ianoukovitch se dit aujourd'hui favorable à terme à une intégration de son pays à l'Union européenne, alors que l'ex-orange Timochenko s'est continuellement rapprochée de Moscou au cours des derniers mois, sans délaisser ses liens avec l'Europe.
Si le résultat est serré, le perdant devrait profiter de la fragilité des institutions démocratiques et du système judiciaire du pays pour contester la validité du scrutin, en dénonçant de probables irrégularités. Viktor Ianoukovitch, a indiqué hier qu'il n'avait " pas confiance en le pouvoir actuel ", qu'il soupçonne d'avoir " l'intention de falsifier les résultats de l'élection ".
Ioulia Timochenko croit de son côté que le Parti des régions de son rival, qui détient le pouvoir régional dans l'est et le sud du pays, a tout le loisir d'y bourrer les urnes.
La commission électorale a de son côté écarté la possibilité de fraudes massives qui auraient pu influencer les résultats du scrutin d'hier.
Désabusée par cinq ans de bataille entre les différents clans au pouvoir, une bonne partie de la population ukrainienne a boudé les urnes hier. Le taux de participation n'a pas dépassé 67 %. Au premier tour de la présidentielle de 2004, il avait été de 75 %.
Kiev, Ukraine - Le favori pour la présidentielle ukrainienne, Viktor Ianoukovitch, s'est facilement qualifié pour le deuxième tour du scrutin hier. Le chef de l'opposition affrontera dans trois semaines la première ministre Ioulia Timochenko. Le résultat du round final s'annonce aussi serré que contesté.
Avec 12 % d'avance sur l'ex-banquier Sergueï Tigipko, son passage au deuxième tour ne fait aucun doute. Cette élection sonne le glas du président actuel Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la révolution orange de 2004, qui a récolté moins de 5 % des voix, en cinquième place.
Si les sondages des dernières semaines donne Viktor Ianoukovitch gagnant au deuxième tour, Ioulia Timochenko n'entend pas baisser les bras. Hier soir, la dame de fer de la politique ukrainienne a appelé les " forces démocratiques " à se ranger derrière elle, estimant qu'elles représentent 60 % de l'électorat, pour " emmener l'Ukraine sur la voie de l'Europe civilisée ".
La première ministre de 49 ans faisait ainsi référence à ses anciens alliés de la révolution Orange, qui ont passé les cinq dernières années à s'entredéchirer pour le partage du pouvoir. Elle a promis de " tenir des discussions " avec certains d'entre eux, appelant aussi les électeurs du président Iouchtchenko, avec qui elle est à couteaux tirés, à l'appuyer.
Viktor Ianoukovitch compte lui aussi faire les yeux doux aux perdants et à leurs électeurs. Le russophone de 59 ans, peu charismatique, s'est présenté en rassembleur qui " prendra en considération le point de vue " de ceux qui n'ont pas voté pour lui.
Sergueï Tigipko et Arseni Iatseniouk, respectivement troisième et quatrième ont toutefois appelé pour l'instant leurs électeurs à ne voter pour aucun des deux finalistes.
Sans programme distinctif
Contrairement au duel de 2004 entre le prorusse Ianoukovitch et le pro-occidental Iouchtchenko, les deux candidats du deuxième tour de cette année se différencient plus par leur approche et leur personnalité que par leur programme.
Ianoukovitch se dit aujourd'hui favorable à terme à une intégration de son pays à l'Union européenne, alors que l'ex-orange Timochenko s'est continuellement rapprochée de Moscou au cours des derniers mois, sans délaisser ses liens avec l'Europe.
Si le résultat est serré, le perdant devrait profiter de la fragilité des institutions démocratiques et du système judiciaire du pays pour contester la validité du scrutin, en dénonçant de probables irrégularités. Viktor Ianoukovitch, a indiqué hier qu'il n'avait " pas confiance en le pouvoir actuel ", qu'il soupçonne d'avoir " l'intention de falsifier les résultats de l'élection ".
Ioulia Timochenko croit de son côté que le Parti des régions de son rival, qui détient le pouvoir régional dans l'est et le sud du pays, a tout le loisir d'y bourrer les urnes.
La commission électorale a de son côté écarté la possibilité de fraudes massives qui auraient pu influencer les résultats du scrutin d'hier.
Désabusée par cinq ans de bataille entre les différents clans au pouvoir, une bonne partie de la population ukrainienne a boudé les urnes hier. Le taux de participation n'a pas dépassé 67 %. Au premier tour de la présidentielle de 2004, il avait été de 75 %.
L'Ukraine a les bleus
Article paru le 15 janvier dans La Presse et le lendemain dans La Tribune de Genève.
Kharkov, Ukraine - Exsangue en raison de la crise économique, rongée par les guerres entre clans politiques, c'est une Ukraine désabusée qui votera dimanche pour élire son président. Ironie du sort, cinq ans après la révolution Orange pro-démocratique, le héros d'alors, Viktor Iouchtchenko, frôle le zéro dans les intentions de vote. Son grand rival défait, l'autre Viktor, Ianoukovitch, devrait quant à lui ravir la présidence, nous raconte notre collaborateur.
"Je n'en peux plus des politiciens!" Assis dans la cuisine de son appartement de Kharkov, dans l'est de l'Ukraine, Elena Naoumova zappe l'énième publicité électorale télévisée pour se réfugier vers une série américaine.
Cela fait cinq ans qu'elle "endure", comme les 46 millions d'Ukrainiens, les scandales et revirements politiques à répétition. La démocratie ukrainienne se forme à la dure. L'autoritarisme stable postsoviétique a cédé la place à une lutte constante pour le pouvoir entre différents clans aux accents mafieux.
La presse libre, l'un des seuls acquis de la révolution Orange qui fait assez largement consensus, en fait ses choux gras, sans ménager aucun candidat, alimentant du même coup le cynisme des électeurs.
Les lendemains de la révolution Orange
En décembre 2004, lorsque le candidat Viktor Iouchtchenko et ses partisans sont sortis dans la rue pour réclamer une reprise du deuxième tour de l'élection présidentielle, entachée par des irrégularités, Elena Naoumova a bien voulu y croire. Après un vote blanc au premier tour, elle s'était finalement ralliée à la révolution orange de l'ancien premier ministre pro-occidental, qui promettait des réformes en profondeur d'un système corrompu. "Nous avions tout de même un espoir qu'il puisse changer les choses", dit la marchande de livres dans la quarantaine. En vain.
Cette année, elle votera probablement pour l'autre Viktor, Ianoukovitch, le candidat le plus enclin, croit-elle, à aider les petits entrepreneurs comme son mari et elle. C'est lui qui avait remporté la dernière présidentielle, avant de perdre la reprise du scrutin, obtenue grâce à des manifestations monstres sur la place centrale de la capitale Kiev, orchestrées par le clan "orange" de son rival Iouchtchenko. Aujourd'hui, les sondages accordent à Ianoukovitch de 34 à 42% de la faveur populaire, loin devant les 17 autres candidats en lice.
Selon toute vraisemblance, il devrait remporter le premier tour dimanche, puis le second, le 7 février. Il s'agirait d'une douce revanche pour cet Ukrainien russophone de 59 ans peu charismatique. Il bénéficie notamment de l'appui des hommes les plus riches du pays.
Crédité de 4% des intentions de vote, le président Iouchtchenko n'est plus que l'ombre de lui-même. La déception envers l'homme porteur de tous les espoirs en 2004 ne s'est toutefois pas transformée en haine à son endroit, note Ioulia Jouravliova, journaliste à Nouvelle Vague, une radio locale de Kharkov. "Il est respecté. Sauf que ses efforts en tant que président ont surtout été mis dans des choses abstraites comme la construction de l'identité nationale ukrainienne. Mais ce qui intéresse les gens, c'est de savoir ce qu'ils vont manger demain. Il avait peut-être de bonnes intentions, mais ses projets venaient trop tôt", estime Mme Jouravliova.
La dame de fer en guerre ouverte
"Aujourd'hui, c'est comme si Iouchtchenko n'existait plus", ajoute Daria, 23 ans, la fille d'Elena. "On a l'impression que le pays est dirigé par Ioulia", dit-elle, en référence à la première ministre Ioulia Timochenko, l'une des principales figures de la révolution Orange, aujourd'hui en guerre ouverte contre son ancien allié Iouchtchenko.
Pas question par contre pour Daria d'appuyer la dame de fer de la politique ukrainienne, en deuxième ou troisième place dans les intentions de vote pour dimanche selon les sondages. "C'est une vraie leader, mais c'est une dictatrice!" lance celle qui compte voter "contre tous", comme plusieurs Ukrainiens désabusés.
En entrevue au magazine Fokus, fin décembre, Ioulia Timochenko ne cachait pas qu'elle souhaite diriger "d'une main ferme" le pays et imposer une "dictature de la loi". Elle reprenait ainsi une expression largement utilisée par Vladimir Poutine, le très populaire homme fort de la Russie voisine, critiqué pour son autoritarisme à l'étranger et louangé chez lui pour la stabilité politique qu'il a ramenée après les années de chaos politique sous son prédécesseur Boris Eltsine.
Si cette année les esprits sont moins échauffés qu'en 2004, et la population, moins intéressée par le scrutin, l'exercice demeure tout de même périlleux. Déjà, Timochenko, Ianoukovitch et d'autres candidats accusent leurs rivaux de vouloir falsifier les résultats du vote. Ils promettent tous de contester le résultat, tout d'abord devant la justice. Mais s'ils n'obtiennent pas gain de cause, ils n'excluent pas de prendre la rue encore une fois.
**** Comment vivre avec Moscou Les relations avec la Russie et l'Occident sont aussi au coeur de l'élection ukrainienne. Après un fort clivage entre pro-Russes et pro-Occidentaux lors de la dernière présidentielle, la plupart des candidats en sont venus à la conclusion qu'ils doivent maintenir de bonnes relations à la fois avec leur allié historique et l'Europe.
Kharkov, Ukraine - Exsangue en raison de la crise économique, rongée par les guerres entre clans politiques, c'est une Ukraine désabusée qui votera dimanche pour élire son président. Ironie du sort, cinq ans après la révolution Orange pro-démocratique, le héros d'alors, Viktor Iouchtchenko, frôle le zéro dans les intentions de vote. Son grand rival défait, l'autre Viktor, Ianoukovitch, devrait quant à lui ravir la présidence, nous raconte notre collaborateur.
"Je n'en peux plus des politiciens!" Assis dans la cuisine de son appartement de Kharkov, dans l'est de l'Ukraine, Elena Naoumova zappe l'énième publicité électorale télévisée pour se réfugier vers une série américaine.
La presse libre, l'un des seuls acquis de la révolution Orange qui fait assez largement consensus, en fait ses choux gras, sans ménager aucun candidat, alimentant du même coup le cynisme des électeurs.
Les lendemains de la révolution Orange
En décembre 2004, lorsque le candidat Viktor Iouchtchenko et ses partisans sont sortis dans la rue pour réclamer une reprise du deuxième tour de l'élection présidentielle, entachée par des irrégularités, Elena Naoumova a bien voulu y croire. Après un vote blanc au premier tour, elle s'était finalement ralliée à la révolution orange de l'ancien premier ministre pro-occidental, qui promettait des réformes en profondeur d'un système corrompu. "Nous avions tout de même un espoir qu'il puisse changer les choses", dit la marchande de livres dans la quarantaine. En vain.
Cette année, elle votera probablement pour l'autre Viktor, Ianoukovitch, le candidat le plus enclin, croit-elle, à aider les petits entrepreneurs comme son mari et elle. C'est lui qui avait remporté la dernière présidentielle, avant de perdre la reprise du scrutin, obtenue grâce à des manifestations monstres sur la place centrale de la capitale Kiev, orchestrées par le clan "orange" de son rival Iouchtchenko. Aujourd'hui, les sondages accordent à Ianoukovitch de 34 à 42% de la faveur populaire, loin devant les 17 autres candidats en lice.
Selon toute vraisemblance, il devrait remporter le premier tour dimanche, puis le second, le 7 février. Il s'agirait d'une douce revanche pour cet Ukrainien russophone de 59 ans peu charismatique. Il bénéficie notamment de l'appui des hommes les plus riches du pays.
Crédité de 4% des intentions de vote, le président Iouchtchenko n'est plus que l'ombre de lui-même. La déception envers l'homme porteur de tous les espoirs en 2004 ne s'est toutefois pas transformée en haine à son endroit, note Ioulia Jouravliova, journaliste à Nouvelle Vague, une radio locale de Kharkov. "Il est respecté. Sauf que ses efforts en tant que président ont surtout été mis dans des choses abstraites comme la construction de l'identité nationale ukrainienne. Mais ce qui intéresse les gens, c'est de savoir ce qu'ils vont manger demain. Il avait peut-être de bonnes intentions, mais ses projets venaient trop tôt", estime Mme Jouravliova.
La dame de fer en guerre ouverte
"Aujourd'hui, c'est comme si Iouchtchenko n'existait plus", ajoute Daria, 23 ans, la fille d'Elena. "On a l'impression que le pays est dirigé par Ioulia", dit-elle, en référence à la première ministre Ioulia Timochenko, l'une des principales figures de la révolution Orange, aujourd'hui en guerre ouverte contre son ancien allié Iouchtchenko.
Pas question par contre pour Daria d'appuyer la dame de fer de la politique ukrainienne, en deuxième ou troisième place dans les intentions de vote pour dimanche selon les sondages. "C'est une vraie leader, mais c'est une dictatrice!" lance celle qui compte voter "contre tous", comme plusieurs Ukrainiens désabusés.
En entrevue au magazine Fokus, fin décembre, Ioulia Timochenko ne cachait pas qu'elle souhaite diriger "d'une main ferme" le pays et imposer une "dictature de la loi". Elle reprenait ainsi une expression largement utilisée par Vladimir Poutine, le très populaire homme fort de la Russie voisine, critiqué pour son autoritarisme à l'étranger et louangé chez lui pour la stabilité politique qu'il a ramenée après les années de chaos politique sous son prédécesseur Boris Eltsine.
Si cette année les esprits sont moins échauffés qu'en 2004, et la population, moins intéressée par le scrutin, l'exercice demeure tout de même périlleux. Déjà, Timochenko, Ianoukovitch et d'autres candidats accusent leurs rivaux de vouloir falsifier les résultats du vote. Ils promettent tous de contester le résultat, tout d'abord devant la justice. Mais s'ils n'obtiennent pas gain de cause, ils n'excluent pas de prendre la rue encore une fois.
**** Comment vivre avec Moscou Les relations avec la Russie et l'Occident sont aussi au coeur de l'élection ukrainienne. Après un fort clivage entre pro-Russes et pro-Occidentaux lors de la dernière présidentielle, la plupart des candidats en sont venus à la conclusion qu'ils doivent maintenir de bonnes relations à la fois avec leur allié historique et l'Europe.
Les pirates informatiques russes: en toute impunité
Article paru dans La Presse et Le Soir en janvier 2010.
Moscou - Les pirates informatiques russes sont réputés parmi les meilleurs du monde. Et ils peuvent agir pratiquement en toute impunité partout sur la planète virtuelle, nous raconte notre collaborateur.
À quelques jours du sommet de Copenhague, la diffusion d'échanges de courriels entre climatologues britanniques, qui émettaient des doutes sur leurs propres études sur le réchauffement climatique, avait mis dans l'embarras la communauté scientifique. Rapidement, les pirates informatiques russes avaient été accusés d'être à l'origine du «Climategate».
Idem dans le cas d'un présumé détournement de dizaines de millions de dollars de la Citibank, révélé fin décembre par les autorités américaines.
S'il n'a toujours pas été prouvé clairement que les pirates russes étaient à l'origine de ces deux coups fumants, les pays occidentaux sont prompts à les accuser pour tout cybercrime. C'est que leur passif est déjà lourd et qu'ils sont nombreux et qualifiés, explique Nikita Kislitsine, rédacteur en chef de la revue Hacker.
Dans le cas de certains cybercrimes politiques, ils sont même accusés d'agir avec l'assentiment du Kremlin. Comme en 2007, en pleine crise avec l'Estonie à propos du déplacement d'un monument de soldat soviétique dans la capitale Tallinn.
Plusieurs ordinateurs de ce gouvernement «ennemi» avaient alors été mis hors service. Le groupe jeunesse pro-Kremlin Nachi s'était finalement vanté publiquement d'être à l'origine du coup, sans être embêté par les autorités.
Autorités incompétentes
Les informaticiens russes ont toutefois bien d'autres raisons que la politique pour se tourner vers le piratage, estime Nikita Kislitsine. Plusieurs succombent à la tentation par manque de défis professionnels et en raison des salaires plus bas qu'en Occident.
S'ils commettent généralement leurs cybercrimes en Europe de l'Ouest et aux États-Unis, ce n'est pas un hasard. «Il y a une entente tacite (entre les pirates russes) selon laquelle il ne faut pas voler en Russie. Parce qu'il n'y a pratiquement rien à y voler, parce que c'est mal de voler les siens, mais aussi parce qu'ils pourraient avoir des problèmes», explique M.Kislitsine.
«Les pirates savent qu'en Russie, ça ne risque pas de se régler devant une cour comme aux États-Unis, mais plutôt dans une voiture noire avec des hommes de main de la banque qui vous emmènent «discuter» sous un pont de Moscou», dit-il, se faisant l'écho des rumeurs qui courent dans le cyberespace.
Par contre, les risques d'être attrapé par les autorités russes pour un cybercrime économique sont minces, en raison de leur incompétence, estime Nikolaï Fedotov, analyste principal chez InfoWatch, une entreprise russe spécialisée dans la protection de données. Seuls de très rares cas se sont rendus jusque dans une salle de cour.
Si le crime est commis à l'étranger, comme la très forte majorité le sont, les risques diminuent d'autant plus. «Il n'y a de la coopération entre les États que dans des cas de crimes très graves», ajoute M. Kislitsine.
Comme la menace nucléaire
Le gouvernement russe promet pourtant de s'attaquer au problème. Pour cet analyste, la lutte contre la cybercriminalité économique n'est cependant que l'une des trois menaces qui devraient convaincre les États d'unir leurs forces sur l'internet.
Le cyberterrorisme et surtout, l'utilisation de l'internet à des fins militaires sont encore plus dangereux, explique Dmitri Grigoriev, conseiller en relations internationales à l'Institut des problèmes de la sécurité de l'information.
«Longtemps, les Américains ont cru que, parce qu'ils sont les créateurs de l'internet, ils peuvent en régler les problèmes seuls. La nouvelle administration (Obama) a finalement reconnu qu'elle ne le pouvait pas», explique M. Grigoriev. Depuis six mois, la Russie discute avec les Américains et d'autres pays pour poser les bases d'un traité de «désarmement». Pour M. Grigoriev, la menace cybernétique doit être traitée «de la même façon que la menace nucléaire».
«Il n'y a pas encore de faits avérés d'un pays qui aurait utilisé l'internet comme une arme de guerre. Mais toutes les grandes puissances sont prêtes à le faire. Il y a une menace. Nous ne savons pas exactement en quoi elle consiste, mais nous savons que nous devons faire quelque chose», conclut M.Grigoriev.
Moscou - Les pirates informatiques russes sont réputés parmi les meilleurs du monde. Et ils peuvent agir pratiquement en toute impunité partout sur la planète virtuelle, nous raconte notre collaborateur.
À quelques jours du sommet de Copenhague, la diffusion d'échanges de courriels entre climatologues britanniques, qui émettaient des doutes sur leurs propres études sur le réchauffement climatique, avait mis dans l'embarras la communauté scientifique. Rapidement, les pirates informatiques russes avaient été accusés d'être à l'origine du «Climategate».
Idem dans le cas d'un présumé détournement de dizaines de millions de dollars de la Citibank, révélé fin décembre par les autorités américaines.
S'il n'a toujours pas été prouvé clairement que les pirates russes étaient à l'origine de ces deux coups fumants, les pays occidentaux sont prompts à les accuser pour tout cybercrime. C'est que leur passif est déjà lourd et qu'ils sont nombreux et qualifiés, explique Nikita Kislitsine, rédacteur en chef de la revue Hacker.
Dans le cas de certains cybercrimes politiques, ils sont même accusés d'agir avec l'assentiment du Kremlin. Comme en 2007, en pleine crise avec l'Estonie à propos du déplacement d'un monument de soldat soviétique dans la capitale Tallinn.
Plusieurs ordinateurs de ce gouvernement «ennemi» avaient alors été mis hors service. Le groupe jeunesse pro-Kremlin Nachi s'était finalement vanté publiquement d'être à l'origine du coup, sans être embêté par les autorités.
Autorités incompétentes
Les informaticiens russes ont toutefois bien d'autres raisons que la politique pour se tourner vers le piratage, estime Nikita Kislitsine. Plusieurs succombent à la tentation par manque de défis professionnels et en raison des salaires plus bas qu'en Occident.
S'ils commettent généralement leurs cybercrimes en Europe de l'Ouest et aux États-Unis, ce n'est pas un hasard. «Il y a une entente tacite (entre les pirates russes) selon laquelle il ne faut pas voler en Russie. Parce qu'il n'y a pratiquement rien à y voler, parce que c'est mal de voler les siens, mais aussi parce qu'ils pourraient avoir des problèmes», explique M.Kislitsine.
«Les pirates savent qu'en Russie, ça ne risque pas de se régler devant une cour comme aux États-Unis, mais plutôt dans une voiture noire avec des hommes de main de la banque qui vous emmènent «discuter» sous un pont de Moscou», dit-il, se faisant l'écho des rumeurs qui courent dans le cyberespace.
Par contre, les risques d'être attrapé par les autorités russes pour un cybercrime économique sont minces, en raison de leur incompétence, estime Nikolaï Fedotov, analyste principal chez InfoWatch, une entreprise russe spécialisée dans la protection de données. Seuls de très rares cas se sont rendus jusque dans une salle de cour.
Si le crime est commis à l'étranger, comme la très forte majorité le sont, les risques diminuent d'autant plus. «Il n'y a de la coopération entre les États que dans des cas de crimes très graves», ajoute M. Kislitsine.
Comme la menace nucléaire
Le gouvernement russe promet pourtant de s'attaquer au problème. Pour cet analyste, la lutte contre la cybercriminalité économique n'est cependant que l'une des trois menaces qui devraient convaincre les États d'unir leurs forces sur l'internet.
Le cyberterrorisme et surtout, l'utilisation de l'internet à des fins militaires sont encore plus dangereux, explique Dmitri Grigoriev, conseiller en relations internationales à l'Institut des problèmes de la sécurité de l'information.
«Longtemps, les Américains ont cru que, parce qu'ils sont les créateurs de l'internet, ils peuvent en régler les problèmes seuls. La nouvelle administration (Obama) a finalement reconnu qu'elle ne le pouvait pas», explique M. Grigoriev. Depuis six mois, la Russie discute avec les Américains et d'autres pays pour poser les bases d'un traité de «désarmement». Pour M. Grigoriev, la menace cybernétique doit être traitée «de la même façon que la menace nucléaire».
«Il n'y a pas encore de faits avérés d'un pays qui aurait utilisé l'internet comme une arme de guerre. Mais toutes les grandes puissances sont prêtes à le faire. Il y a une menace. Nous ne savons pas exactement en quoi elle consiste, mais nous savons que nous devons faire quelque chose», conclut M.Grigoriev.
Vladivostok: le bout du monde russe
Article publié dans la section Vacances/Voyage du journal La Presse le samedi 9 janvier 2010.
VLADIVOSTOK, Russie - La citation de Lénine, en face de la gare ferroviaire, donne le ton: "Vladivostok, c'est loin, mais c'est tout de même notre ville." On ne peut que donner raison au leader de la révolution bolchevique. À 6400 km à vol d'oiseau de Moscou, mais à quelques dizaines de kilomètres à peine des frontières chinoise et nord-coréenne, Vladivostok est une ville portuaire profondément russe, où les influences asiatiques demeurent superficielles.
Pour les voyageurs du mythique train Transsibérien, Vladivostok, c'est le bout du monde. C'est le terminus, après un périple de près de 10 000 km dans la vaste Russie. Physiquement, on ne peut pas aller plus loin sur la terre ferme.
Du centre-ville de Vladivostok, la mer du Japon se profile au loin. Séoul est à 750 km, Tokyo à 1000 km. Respectivement à un et deux jours de bateau. L'Asie est toutefois déjà archiprésente dans les rues de la ville. Plus matériellement qu'humainement, il faut dire, hormis les quelques commerçants et touristes des pays environnants.
La quasi-totalité des voitures sont des japonaises d'occasion avec le volant à droite, même si à Vladivostok on conduit dans la voie de droite, comme ailleurs en Russie. Toutes les tentatives des fonctionnaires moscovites d'interdire ce type de voiture pour des raisons de sécurité se sont heurtées à de vives protestations de la part des habitants de la région de Primorié, qui se sentent depuis toujours incompris dans la lointaine capitale européenne.
Les bus, eux, sont sud-coréens, tout comme les pian-sé, ces gros raviolis fourrés à la viande et au chou, cuits à la vapeur et vendus dans de petits stands aux quatre coins de la ville, aux côtés des pirojkis russes. Le Milkis, la boisson gazeuse la plus populaire de Vladivostok, à saveur de lait, est tout aussi coréen. Ailleurs dans le pays, elle est totalement inconnue, comme les pian-sé.
La pénétration des produits japonais et coréens n'a toutefois aucune commune mesure avec celle du géant chinois, en expansion exponentielle. À Vladivostok, les rumeurs parlent de la location et même de la vente d'une partie du territoire de la région à la Chine.
En attendant, les Chinois se contentent d'envahir discrètement les marchés avec leurs produits. Les tigres de l'Amour en peluche, représentations de l'animal emblématique de l'Extrême-Orient russe, sont invariablement "Made in China". Les Vladivostokiens qui ne sont pas allés au moins une fois en Chine, pour faire du tourisme ou acheter des produits chinois sans payer les exorbitantes taxes douanières, sont rares.
Longtemps fermée aux étrangers
Mais, malgré cette omniprésence asiatique, Vladivostok, le "maître de l'Orient" dans la langue de Tchekhov, est russe. Il faut dire que durant 70 ans, jusqu'en 1992, la ville a été fermée aux étrangers, et que cela l'a protégée des influences extérieures. Même les non-résidants russes devaient obtenir une permission spéciale pour se rendre dans cette ville portuaire, qui accueille encore aujourd'hui la flotte russe du Pacifique. Les navires de guerre sont amarrés dans la baie de la Corne d'or, nommée ainsi en raison de sa ressemblance avec celle d'Istanbul.
Coeur maritime de la ville, la baie est entourée d'installations portuaires tantôt militaires, tantôt industrielles ou civiles. La Corne d'or n'est toutefois que l'un des nombreux endroits où la mer s'avance dans le continent, donnant à Vladivostok des allures de pieuvre montagneuse aux tentacules difformes.
Pour une meilleure vue d'ensemble sur la géographie complexe de cette ville, il suffit de monter à bord du curieux "funiculaire" - un tramway qui gravit une côte de quelques dizaines de mètres, en réalité - qui mène à un promontoire. Le coucher de soleil qui se reflète sur la baie et ses navires y est sublime.
Au centre-ville, quelques bâtiments datant du début du XXe siècle donnent un cachet presque européen à la ville. Dans les cours, on retrouve encore des traces des habitations des commerçants chinois et coréens d'avant la révolution de 1917. À l'époque, la ville était habitée par une majorité d'Asiatiques, plus tard exterminés ou déportés en Asie centrale par Staline. En périphérie, l'architecture soviétique de toutes les époques domine.
Les nombreux cafés charmants dans la rue Svetlanskaïa, l'une des artères principales, contribuent à réchauffer la ville dans le froid venteux de son rude hiver. En été, plusieurs des quelque 500 000 Vladivostokiens quittent les embouteillages et la pollution citadine pour envahir les nombreuses îles situées à quelques kilomètres du continent. Les temps changent toutefois. D'ici à trois ans, l'île Roussky, la moins éloignée, sera reliée à la cité par un pont pharaonique. Cette parcelle de terre encore en bonne partie à l'état sauvage sera mise en valeur à coup de milliards de dollars, en prévision du sommet de l'APEC de 2012. Et l'empire russe étendra s'encore encore un peu plus loin.
VLADIVOSTOK, Russie - La citation de Lénine, en face de la gare ferroviaire, donne le ton: "Vladivostok, c'est loin, mais c'est tout de même notre ville." On ne peut que donner raison au leader de la révolution bolchevique. À 6400 km à vol d'oiseau de Moscou, mais à quelques dizaines de kilomètres à peine des frontières chinoise et nord-coréenne, Vladivostok est une ville portuaire profondément russe, où les influences asiatiques demeurent superficielles.
Du centre-ville de Vladivostok, la mer du Japon se profile au loin. Séoul est à 750 km, Tokyo à 1000 km. Respectivement à un et deux jours de bateau. L'Asie est toutefois déjà archiprésente dans les rues de la ville. Plus matériellement qu'humainement, il faut dire, hormis les quelques commerçants et touristes des pays environnants.
La quasi-totalité des voitures sont des japonaises d'occasion avec le volant à droite, même si à Vladivostok on conduit dans la voie de droite, comme ailleurs en Russie. Toutes les tentatives des fonctionnaires moscovites d'interdire ce type de voiture pour des raisons de sécurité se sont heurtées à de vives protestations de la part des habitants de la région de Primorié, qui se sentent depuis toujours incompris dans la lointaine capitale européenne.
Les bus, eux, sont sud-coréens, tout comme les pian-sé, ces gros raviolis fourrés à la viande et au chou, cuits à la vapeur et vendus dans de petits stands aux quatre coins de la ville, aux côtés des pirojkis russes. Le Milkis, la boisson gazeuse la plus populaire de Vladivostok, à saveur de lait, est tout aussi coréen. Ailleurs dans le pays, elle est totalement inconnue, comme les pian-sé.
La pénétration des produits japonais et coréens n'a toutefois aucune commune mesure avec celle du géant chinois, en expansion exponentielle. À Vladivostok, les rumeurs parlent de la location et même de la vente d'une partie du territoire de la région à la Chine.
Longtemps fermée aux étrangers
Mais, malgré cette omniprésence asiatique, Vladivostok, le "maître de l'Orient" dans la langue de Tchekhov, est russe. Il faut dire que durant 70 ans, jusqu'en 1992, la ville a été fermée aux étrangers, et que cela l'a protégée des influences extérieures. Même les non-résidants russes devaient obtenir une permission spéciale pour se rendre dans cette ville portuaire, qui accueille encore aujourd'hui la flotte russe du Pacifique. Les navires de guerre sont amarrés dans la baie de la Corne d'or, nommée ainsi en raison de sa ressemblance avec celle d'Istanbul.
Coeur maritime de la ville, la baie est entourée d'installations portuaires tantôt militaires, tantôt industrielles ou civiles. La Corne d'or n'est toutefois que l'un des nombreux endroits où la mer s'avance dans le continent, donnant à Vladivostok des allures de pieuvre montagneuse aux tentacules difformes.
Au centre-ville, quelques bâtiments datant du début du XXe siècle donnent un cachet presque européen à la ville. Dans les cours, on retrouve encore des traces des habitations des commerçants chinois et coréens d'avant la révolution de 1917. À l'époque, la ville était habitée par une majorité d'Asiatiques, plus tard exterminés ou déportés en Asie centrale par Staline. En périphérie, l'architecture soviétique de toutes les époques domine.
Les nombreux cafés charmants dans la rue Svetlanskaïa, l'une des artères principales, contribuent à réchauffer la ville dans le froid venteux de son rude hiver. En été, plusieurs des quelque 500 000 Vladivostokiens quittent les embouteillages et la pollution citadine pour envahir les nombreuses îles situées à quelques kilomètres du continent. Les temps changent toutefois. D'ici à trois ans, l'île Roussky, la moins éloignée, sera reliée à la cité par un pont pharaonique. Cette parcelle de terre encore en bonne partie à l'état sauvage sera mise en valeur à coup de milliards de dollars, en prévision du sommet de l'APEC de 2012. Et l'empire russe étendra s'encore encore un peu plus loin.
Vladivostok: l'Île Roussky change de visage pour les hôtes étrangers
Différentes versions de cet article sont parues dans les journaux La Presse, Le Soir et La Croix en décembre 2009/janvier 2010.
Vladivostok, Russie - Vingt milliards de dollars d'investissements pour un sommet de trois jours. En 2012, lorsque le premier ministre du Canada et ses 20 homologues de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) se réuniront à Vladivostok, une île quasi déserte située tout près aura changé de visage pour les accueillir. Au prix de grands efforts de milliers d'ouvriers, pour plusieurs illégaux et exploités.
Le traversier bondé de travailleurs migrants et de quelques Russes accoste près du nouveau quai bétonné de l'île Roussky. «Il y a encore six mois, ces berges étaient sauvages», fait remarquer Aleksander Rybin, un journaliste local qui connaît bien l'île de près de 100 km2.
Lorsqu’il y a campé durant un mois à l’été 2008, l’île Roussky était encore cet endroit paisible où l’on pêchait les fruits de mer à mains nus. Aujourd’hui, elle grouille de partout et change de visage quotidiennement.
C’est que la Russie a décidé d’en mettre plein la vue à ses hôtes. Pas même question de risquer qu’ils se mouillent en se rendant sur l’île pour discuter de coopération économique. D’ici le sommet, un pont à haubans de près de deux kilomètres reliera l’île, qui ne compte pas plus de 5 000 habitants, à Vladivostok et ses 500 000 âmes. Les premiers pylônes de ciment ont déjà été coulés d’un côté et de l’autre du détroit de Bosphore oriental.
«Avant, la plupart des quelques voitures de l'île se promenaient sans plaque d'immatriculation, puisqu'il n'y avait pas de policiers!» se rappelle Aleksander Rybin. Aujourd'hui, camions et bétonnières roulent bruyamment par dizaines vers la baie Aïaks, site de la future Université fédérale d'Extrême-Orient, qui réunira deux institutions existantes de Vladivostok.
Ce complexe universitaire comprendra 22 des 54 constructions prévues pour le sommet. Aussi dans les plans: un centre des congrès, des hôtels, une piste d'atterrissage pour hélicoptères, un aquarium et bien d'autres.
Travailleurs exploités
Les quelque 2000 travailleurs de l'île - ils seront près de 4000 en mars - sont toutefois loin de goûter à la sécurité et au confort auxquels auront droit les leaders de l'Asie-Pacifique durant leurs trois jours de discussion.
Plusieurs ouvriers se promènent sans casque sur les chantiers de construction. Les baraques dans lesquelles ils habitent n'ont pas d'eau chaude. Lorsqu’un haut-placé du gouvernement russe vient constater l’avancement des travaux, les travailleurs n’ont pas le droit de mettre le nez dehors.
Mais ce qui enrage avant tout Micha, ce sont les arriérés de salaire. Originaire du Kirghizistan, l'homme dans la trentaine avancée travaille depuis 12 ans sur des chantiers de construction en Russie. Il partage ainsi le sort de centaines de milliers de ressortissants des pauvres républiques ex-soviétiques d'Asie centrale.
Jusqu'ici, il avait eu plus de chance que d'autres. Aucun de ses patrons ne l'avait jamais escroqué. Mais cette fois, il croit être tombé dans le panneau. En trois mois dans l'île Roussky, il n'a reçu qu'un maigre salaire de 1500 roubles (53$). On lui en avait promis 25 000 (880$) par mois. «On nous nourrit de lendemains. Chaque fois que nous demandons quand ils nous payeront, ils répondent: «Demain!»» grogne Micha, rencontré par hasard à la sortie d'un petit dépanneur. Le Kirghize indique qu'ils sont une cinquantaine dans son équipe de travail dans la même situation que lui.
Notre conversation est interrompue par les occupants d’un luxueux véhicule utilitaire sport. Ils nous demandent de quitter le site de construction. Nous restons, le véhicule s’éloigne.
Micha a momentanément peur des représailles. Il s’agissait de ses patrons. «Des Arméniens», précise-t-il. Mais il continue tout de même à raconter son histoire. C’est qu’il n’en peut plus. Depuis quelques semaines, il souffre d’une inflammation des reins. Et pas moyen d’aller se faire soigner en ville, puisque ses patrons ont confisqué son passeport. «Dès que j’obtiens mon salaire, je m’en vais chez moi», se promet Micha.
Son habit de travail est marqué de l’insigne de Crocus International, une grande compagnie moscovite, principal entrepreneur sur l’île Roussky. Il est toutefois employé par Evrostroï, l’un des nombreux sous-contractants de Crocus. Selon Micha, c’est justement ce schéma complexe de compagnies impliquées dans les travaux qui permet aux firmes d’arnaquer leurs employés.
Plus loin, sur une route poussiéreuse, Babour, Ouzbek d'à peine 20 ans, raconte une histoire similaire. Un premier salaire complet lui a bien été versé pour sa première quinzaine de travail, mais ensuite, les paiements n'ont été que partiels.
De plus, lorsqu'il se rend à Vladivostok pour envoyer de l'argent à sa famille, il est constamment contrôlé par les policiers. Faute d'être en règle, il doit verser des pots-de-vin. «Parfois c'est 200 roubles, parfois 100, ça dépend. Et si tu n'as pas d'argent, alors tu ne donnes rien. Ils te fouillent et tu peux partir.»
Contactée à plusieurs reprises, Crocus International n’a toujours pas répondu à nos demandes d’éclaircissement à propos de ses activités sur l’île Roussky.
Développement à tout prix
Qu'ils soient pour ou contre le programme fédéral «Développement de Vladivostok en tant que centre international de coopération de l'Asie-Pacifique» qui transforme leur île, les habitants de Roussky ne peuvent y être indifférents.
Quelques jours après notre visite, Nina Ivanovna allait quitter son appartement après y avoir habité 33 ans. Les démarches des insulaires expropriés pour obtenir juste compensation ont été fastidieuses, mais ils ont finalement réussi à s'entendre avec les autorités, explique la retraitée, qui déménagera dans un autre village de l'île. La majorité des expropriés a plutôt choisi l'exil vers la ville.
Malgré tous ces chambardements et le bruit quotidien, Nina voit d'un oeil «positif» les constructions. D'autant plus que ses deux fils ont pu trouver du travail sur les chantiers. «C'est bien sûr un peu dommage qu'ils coupent autant d'arbres. Mais l'Extrême-Orient doit se développer», plaide cette veuve de militaire à propos de sa région, longtemps délaissée par Moscou.
Vladivostok, Russie - Vingt milliards de dollars d'investissements pour un sommet de trois jours. En 2012, lorsque le premier ministre du Canada et ses 20 homologues de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) se réuniront à Vladivostok, une île quasi déserte située tout près aura changé de visage pour les accueillir. Au prix de grands efforts de milliers d'ouvriers, pour plusieurs illégaux et exploités.
Le traversier bondé de travailleurs migrants et de quelques Russes accoste près du nouveau quai bétonné de l'île Roussky. «Il y a encore six mois, ces berges étaient sauvages», fait remarquer Aleksander Rybin, un journaliste local qui connaît bien l'île de près de 100 km2.
Lorsqu’il y a campé durant un mois à l’été 2008, l’île Roussky était encore cet endroit paisible où l’on pêchait les fruits de mer à mains nus. Aujourd’hui, elle grouille de partout et change de visage quotidiennement.
«Avant, la plupart des quelques voitures de l'île se promenaient sans plaque d'immatriculation, puisqu'il n'y avait pas de policiers!» se rappelle Aleksander Rybin. Aujourd'hui, camions et bétonnières roulent bruyamment par dizaines vers la baie Aïaks, site de la future Université fédérale d'Extrême-Orient, qui réunira deux institutions existantes de Vladivostok.
Ce complexe universitaire comprendra 22 des 54 constructions prévues pour le sommet. Aussi dans les plans: un centre des congrès, des hôtels, une piste d'atterrissage pour hélicoptères, un aquarium et bien d'autres.
Travailleurs exploités
Les quelque 2000 travailleurs de l'île - ils seront près de 4000 en mars - sont toutefois loin de goûter à la sécurité et au confort auxquels auront droit les leaders de l'Asie-Pacifique durant leurs trois jours de discussion.
Plusieurs ouvriers se promènent sans casque sur les chantiers de construction. Les baraques dans lesquelles ils habitent n'ont pas d'eau chaude. Lorsqu’un haut-placé du gouvernement russe vient constater l’avancement des travaux, les travailleurs n’ont pas le droit de mettre le nez dehors.
Jusqu'ici, il avait eu plus de chance que d'autres. Aucun de ses patrons ne l'avait jamais escroqué. Mais cette fois, il croit être tombé dans le panneau. En trois mois dans l'île Roussky, il n'a reçu qu'un maigre salaire de 1500 roubles (53$). On lui en avait promis 25 000 (880$) par mois. «On nous nourrit de lendemains. Chaque fois que nous demandons quand ils nous payeront, ils répondent: «Demain!»» grogne Micha, rencontré par hasard à la sortie d'un petit dépanneur. Le Kirghize indique qu'ils sont une cinquantaine dans son équipe de travail dans la même situation que lui.
Notre conversation est interrompue par les occupants d’un luxueux véhicule utilitaire sport. Ils nous demandent de quitter le site de construction. Nous restons, le véhicule s’éloigne.
Micha a momentanément peur des représailles. Il s’agissait de ses patrons. «Des Arméniens», précise-t-il. Mais il continue tout de même à raconter son histoire. C’est qu’il n’en peut plus. Depuis quelques semaines, il souffre d’une inflammation des reins. Et pas moyen d’aller se faire soigner en ville, puisque ses patrons ont confisqué son passeport. «Dès que j’obtiens mon salaire, je m’en vais chez moi», se promet Micha.
Son habit de travail est marqué de l’insigne de Crocus International, une grande compagnie moscovite, principal entrepreneur sur l’île Roussky. Il est toutefois employé par Evrostroï, l’un des nombreux sous-contractants de Crocus. Selon Micha, c’est justement ce schéma complexe de compagnies impliquées dans les travaux qui permet aux firmes d’arnaquer leurs employés.
Plus loin, sur une route poussiéreuse, Babour, Ouzbek d'à peine 20 ans, raconte une histoire similaire. Un premier salaire complet lui a bien été versé pour sa première quinzaine de travail, mais ensuite, les paiements n'ont été que partiels.
De plus, lorsqu'il se rend à Vladivostok pour envoyer de l'argent à sa famille, il est constamment contrôlé par les policiers. Faute d'être en règle, il doit verser des pots-de-vin. «Parfois c'est 200 roubles, parfois 100, ça dépend. Et si tu n'as pas d'argent, alors tu ne donnes rien. Ils te fouillent et tu peux partir.»
Contactée à plusieurs reprises, Crocus International n’a toujours pas répondu à nos demandes d’éclaircissement à propos de ses activités sur l’île Roussky.
Développement à tout prix
Quelques jours après notre visite, Nina Ivanovna allait quitter son appartement après y avoir habité 33 ans. Les démarches des insulaires expropriés pour obtenir juste compensation ont été fastidieuses, mais ils ont finalement réussi à s'entendre avec les autorités, explique la retraitée, qui déménagera dans un autre village de l'île. La majorité des expropriés a plutôt choisi l'exil vers la ville.
Malgré tous ces chambardements et le bruit quotidien, Nina voit d'un oeil «positif» les constructions. D'autant plus que ses deux fils ont pu trouver du travail sur les chantiers. «C'est bien sûr un peu dommage qu'ils coupent autant d'arbres. Mais l'Extrême-Orient doit se développer», plaide cette veuve de militaire à propos de sa région, longtemps délaissée par Moscou.
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