Article publié dans Le Figaro le 10 juillet 2010.
L'échange des agents a eu lieu hier après-midi à l'aéroport de Vienne, haut lieu de l'espionnage durant la guerre froide. Mais l'esprit de suspicion qui régnait autrefois entre Russes et Américains n'était plus que l'ombre de lui- même. Le scénario écrit rapidement en coulisse par les autorités américaines et russes au cours des derniers jours s'est déroulé comme prévu.
Quelques heures après le troc, les dix espions russes arrêtés par les autorités américaines le 28 juin atterrissaient à Moscou. Ils avaient quitté New York jeudi soir, tout de suite après un procès expéditif dans lequel ils avaient tous reconnu avoir participé à une « conspiration pour agir en tant qu'agent d'un gouvernement étranger sans être dûment enregistré ».
Pendant ce temps, à Moscou, en plein milieu de la nuit, le président Dmitri Medvedev graciait quatre citoyens russes qui purgeaient de longues peines de prison, trois d'entre eux pour espionnage au profit de puissances occidentales : le scientifique Igor Soutiaguine, expert en armement, arrêté en 1999, Aleksander Zaporojski, ex-agent des services de renseignement extérieur russe, emprisonné depuis 2003, et Sergueï Skripal, ancien colonel du renseignement militaire condamné en 2006 à treize ans de prison.
Les médias russes s'expliquaient toutefois mal hier la présence de Gennady Vassilenko sur la liste des graciés. Cet ancien agent éphémère du KGB avait été arrêté une première fois en 1989, soupçonné d'avoir entretenu des liens avec la CIA, puis relâché l'année suivante. Reconverti dans la sécurité privée, il avait été arrêté et jugé à nouveau en 2006, officiellement pour possession illégale d'armes.
Durant les deux semaines qu'aura duré le scandale d'espionnage, la Maison-Blanche et le Kremlin se sont montrés avares de commentaires. Une fois le problème résolu, ils n'ont pas caché leur soulagement d'avoir su éviter l'écueil, qui aurait pu constituer un énième refroidissement des relations toujours fragiles entre les deux pays.
« Cette action a été accomplie dans le contexte général de l'amélioration des relations russo-américaines », a fait savoir clairement le ministère des Affaires étrangères russe dans un communiqué laconique publié hier matin.
Pour les Russes, l'incident d'espionnage est désormais clos. Selon eux, les liens entre Washington et Moscou pourraient même en ressortir raffermis.
Clause de confidentialité
À Moscou, experts comme officiels laissent entendre depuis le début du scandale que l'arrestation des espions visait avant tout à déstabiliser l'Administration Obama. Des éléments conservateurs dans l'appareil de sécurité américain auraient ainsi souhaité embêter le président et empêcher un rapprochement russo-américain.
Si la Maison-Blanche se réjouissait elle aussi que le scandale d'espionnage ait été résolu si rapidement, elle a prévenu qu'elle ne comptait pas baisser la garde pour autant. En interview à la télévision publique PBS, le chef de cabinet du président Obama, Rahm Emanuel, a indiqué que l'arrestation des espions « lance un signal clair, non seulement à la Russie mais aux autres pays qui voudraient essayer (d'envoyer des espions), que nous les surveillons ».
L'attention se portera maintenant vers les ex-espions et leur nouvelle vie. Vicky Pelaez, la journaliste d'origine péruvienne qui serait la seule non-Russe des 10 espions expulsés vers Moscou, hier, s'est fait offrir, selon son avocat, un logement gratuit dans la capitale russe, des visas pour ses enfants et une pension à vie de 2000 $. Elle a indiqué qu'elle comptait plutôt retourner dans son pays natal.
Mieux vaut ne pas attendre non plus sur les tablettes un récit d'espionnage signé Anna Chapman, cette belle rousse de 28 ans dont la vie privée a été largement étalée dans la presse : avant de quitter les États-Unis, les dix agents ont dû signer un document leur interdisant de révéler les détails de leur vie d'espion pour des fins commerciales.
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lundi 2 août 2010
Moscou et Washington vont échanger leurs espions
Article publié dans Le Figaro, le 9 juillet 2010.
Dès hier, un scientifique russe, accusé d'aider la CIA, a été transféré à Vienne.
ESPIONNAGE Moscou et Washington veulent en finir au plus vite avec le scandale qui éclabousse les relations bilatérales depuis deux semaines. Les Russes ont accepté de libérer quatre prisonniers convaincus d'espionnage pour des puissances occidentales, indiquait en fin d'après-midi le ministère américain de la Justice. En échange, les Américains devraient transférer en Russie les dix personnes arrêtées par le FBI le 28 juin dernier aux États-Unis et accusées d'avoir collaboré avec le Service des renseignements extérieurs russe (SVR). Le onzième, Christopher Metsos, a pris le large après avoir été libéré sous caution à Chypre.
Un premier échange a eu lieu dès hier. Le scientifique Igor Soutiaguine, arrêté en 1999 pour espionnage au profit des Britanniques et des Américains, a appelé son père hier après-midi pour lui confirmer son arrivée en Autriche. De là, il devait s'envoler vers Londres, escorté par un officiel britannique, où il sera libéré. Durant la nuit, la présumée espionne Anna Chapman, jolie rousse de 28 ans, devrait être, de son côté, escortée incognito de New York jusqu'à Moscou.
C'est la famille d'Igor Soutiaguine qui a révélé les tractations en cours. Un porte-parole du département d'État américain s'est limité à reconnaître que le sort des espions avait été discuté entre des représentants des deux pays. Tout comme les autorités russes. Les proches et l'avocate d'Igor Soutiaguine ont indiqué que le chercheur avait été transféré en début de semaine de sa prison dans le nord du pays vers Moscou. Les autorités russes lui ont proposé de signer un document où il confirme sa culpabilité, en échange de quoi il est gracié et expulsé du pays. Le tout s'est déroulé en présence de diplomates américains, selon la famille, qui a pu rencontrer le chercheur mardi.
Igor Soutiaguine, qui a toujours nié avoir été un espion, a indiqué à ses proches qu'il avait pu prendre connaissance d'une liste initiale de dix autres personnes qui pouvaient être échangées avec lui. Il n'a cité que quelques noms, dont ceux de Sergueï Skripal, ancien colonel du renseignement militaire russe, et Aleksander Zaporojski, ex-agent du Service de renseignements extérieurs. Selon Soutiaguine, l'idée de cet échange est venue des autorités américaines. Puisqu'aucun Américain n'est actuellement détenu en Russie pour espionnage, les prisonniers rendus par Moscou devraient tous être des citoyens russes. Aucune loi en Russie et aux États-Unis ne prévoyant un tel échange, la décision a dû être prise dans les plus hautes sphères du pouvoir.
Un processus semé d'embûches
La Maison-Blanche et le Kremlin se montrent jusqu'ici peu loquaces. Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences, estime que « les deux pays ne veulent pas nuire à leur rapprochement » initié par Barack Obama. Kremeniouk connaît bien Igor Soutiaguine. Avant d'être arrêté pour espionnage en 1999, Soutiaguine était chercheur spécialisé en armement pour son institut. « Plusieurs des accusations à son encontre sont de la pure invention », affirme Kremeniouk.
Selon toute vraisemblance, Soutiaguine, comme les présumés espions arrêtés aux États-Unis, ne détient pas d'informations sensibles et ne représente donc pas une menace pour la sécurité nationale russe. Kremeniouk estime que la conclusion rapide de cette affaire « ne signifie pas pour autant que les relations russo-américaines ont un avenir radieux devant elles. » Le rapprochement bilatéral « sera toujours parsemé d'embûches. Il y a des gens des deux côtés, formés durant la guerre froide, qui veulent faire dérailler le processus », allusion aux conservateurs américains.
Dès hier, un scientifique russe, accusé d'aider la CIA, a été transféré à Vienne.
ESPIONNAGE Moscou et Washington veulent en finir au plus vite avec le scandale qui éclabousse les relations bilatérales depuis deux semaines. Les Russes ont accepté de libérer quatre prisonniers convaincus d'espionnage pour des puissances occidentales, indiquait en fin d'après-midi le ministère américain de la Justice. En échange, les Américains devraient transférer en Russie les dix personnes arrêtées par le FBI le 28 juin dernier aux États-Unis et accusées d'avoir collaboré avec le Service des renseignements extérieurs russe (SVR). Le onzième, Christopher Metsos, a pris le large après avoir été libéré sous caution à Chypre.
Un premier échange a eu lieu dès hier. Le scientifique Igor Soutiaguine, arrêté en 1999 pour espionnage au profit des Britanniques et des Américains, a appelé son père hier après-midi pour lui confirmer son arrivée en Autriche. De là, il devait s'envoler vers Londres, escorté par un officiel britannique, où il sera libéré. Durant la nuit, la présumée espionne Anna Chapman, jolie rousse de 28 ans, devrait être, de son côté, escortée incognito de New York jusqu'à Moscou.
C'est la famille d'Igor Soutiaguine qui a révélé les tractations en cours. Un porte-parole du département d'État américain s'est limité à reconnaître que le sort des espions avait été discuté entre des représentants des deux pays. Tout comme les autorités russes. Les proches et l'avocate d'Igor Soutiaguine ont indiqué que le chercheur avait été transféré en début de semaine de sa prison dans le nord du pays vers Moscou. Les autorités russes lui ont proposé de signer un document où il confirme sa culpabilité, en échange de quoi il est gracié et expulsé du pays. Le tout s'est déroulé en présence de diplomates américains, selon la famille, qui a pu rencontrer le chercheur mardi.
Igor Soutiaguine, qui a toujours nié avoir été un espion, a indiqué à ses proches qu'il avait pu prendre connaissance d'une liste initiale de dix autres personnes qui pouvaient être échangées avec lui. Il n'a cité que quelques noms, dont ceux de Sergueï Skripal, ancien colonel du renseignement militaire russe, et Aleksander Zaporojski, ex-agent du Service de renseignements extérieurs. Selon Soutiaguine, l'idée de cet échange est venue des autorités américaines. Puisqu'aucun Américain n'est actuellement détenu en Russie pour espionnage, les prisonniers rendus par Moscou devraient tous être des citoyens russes. Aucune loi en Russie et aux États-Unis ne prévoyant un tel échange, la décision a dû être prise dans les plus hautes sphères du pouvoir.
Un processus semé d'embûches
La Maison-Blanche et le Kremlin se montrent jusqu'ici peu loquaces. Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences, estime que « les deux pays ne veulent pas nuire à leur rapprochement » initié par Barack Obama. Kremeniouk connaît bien Igor Soutiaguine. Avant d'être arrêté pour espionnage en 1999, Soutiaguine était chercheur spécialisé en armement pour son institut. « Plusieurs des accusations à son encontre sont de la pure invention », affirme Kremeniouk.
Selon toute vraisemblance, Soutiaguine, comme les présumés espions arrêtés aux États-Unis, ne détient pas d'informations sensibles et ne représente donc pas une menace pour la sécurité nationale russe. Kremeniouk estime que la conclusion rapide de cette affaire « ne signifie pas pour autant que les relations russo-américaines ont un avenir radieux devant elles. » Le rapprochement bilatéral « sera toujours parsemé d'embûches. Il y a des gens des deux côtés, formés durant la guerre froide, qui veulent faire dérailler le processus », allusion aux conservateurs américains.
dimanche 26 juillet 2009
Obama à Moscou
Textes publiés dans La Presse respectivement les 7 et 8 juillet, lors de la visite du président américain Barack Obama à Moscou.
MOSCOU CHOISIT LA COOPÉRATION
Moscou - Le pouvoir russe a décidé de laisser sa chance à Obama. Malgré plusieurs points de divergence encore en suspens entre Washington et Moscou, le président Dmitri Medvedev a choisi la coopération, faisant oublier l'atmosphère aux relents de guerre froide des dernières années de l'administration Bush.
Signal fort de cette relation renouée, les présidents russe et américain se sont tout d'abord entendus sur des sujets militaires, hier. La Russie permettra le transit sur son territoire des soldats et du matériel militaire américains à destination de l'Afghanistan.
Les deux pays reprendront aussi leurs exercices militaires conjoints. Ils avaient été interrompus en août dernier, après la guerre éclair entre la Russie et l'ex-république soviétique de Géorgie, désormais alliée de Washington.
Les dirigeants russes ont même fermé les yeux sur la décision de Barack Obama de s'entretenir directement ce soir avec des leaders de la microscopique opposition russe, à laquelle le Kremlin fait la vie dure.
"Le simple fait qu'Obama ait proposé cette rencontre est déjà un pas courageux de sa part", se réjouit l'ancien député de la Douma Vladimir Ryjkov, qui participera à la rencontre. "Ça veut dire qu'il ne considérera pas l'opinion du Kremlin comme celle de tous les Russes." Les prédécesseurs d'Obama n'avaient jamais osé faire un tel affront au Kremlin, note-t-il.
M. Ryjkov ne s'attend toutefois pas à ce que le président américain puisse faire quoi que ce soit pour aider l'opposition russe à prendre de la vigueur et proposer une alternative au tandem autoritaire Poutine-Medvedev.
"La rhétorique du Kremlin est depuis longtemps que tous [nos problèmes] sont causés par les États-Unis", poursuit Leonid Gozman, coprésident de Cause juste, un nouveau parti libéral d'opposition modérée. "Mais je crois que maintenant, les deux parties comprennent que l'un sans l'autre, nous n'arriverons à rien."
Avant de s'attaquer aux enjeux mondiaux, il reste toutefois encore à Obama et à Medvedev certaines pommes de discorde bilatérales à régler. C'est le cas du bouclier antimissile en Europe de l'Est, un projet de l'administration Bush qu'Obama persiste à vouloir concrétiser, en dépit de la forte opposition de Moscou.
Medvedev a cependant perçu une ouverture de la part de son homologue hier, voyant poindre à l'horizon un "compromis possible".
La Russie souhaite aussi une reconnaissance tacite par Washington de sa "sphère d'influence" en ex-URSS. Elle voudrait ainsi que le président américain prenne exemple sur l'Europe et retire son appui à une adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN.
OBAMA FLATTE L'EGO RUSSE
Lavoie, Frédérick
Collaboration spéciale
Moscou - En visitant Moscou, Barack Obama voulait réconcilier son pays non seulement avec le Kremlin, mais avec la Russie entière.
Dans l'un de ses grands discours auxquels il a habitué la planète depuis son entrée en fonction, le président américain a notamment flatté l'ego russe en reconnaissant l'héritière de l'Union soviétique comme une "grande puissance".
"Que les choses soient claires dès le départ: l'Amérique veut une Russie qui soit forte, pacifique et prospère", a lancé, hier matin, le président américain aux diplômés de la Nouvelle école économique de Moscou, qui forme une partie de l'élite russe.
Le président a bien précisé toutefois que ce n'était pas à lui à définir les intérêts nationaux de la Russie. "Mais je peux vous dire quels sont les intérêts nationaux des États-Unis et je crois que vous verrez que nous en partageons plusieurs."
Maniant habilement la citation, Barack Obama a repris les mots du plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, tout en faisant constamment référence aux difficultés communes qu'ont connues les États-Unis et la Russie pendant toute leur histoire. Comme pour mettre les deux États sur un pied d'égalité.
Il a rappelé "qu'aucun pays dans l'histoire des batailles n'a jamais souffert autant que l'Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale." Une remarque qui a un fort effet en Russie, où on reproche souvent aux Alliés d'oublier le rôle de Moscou dans la victoire contre le nazisme.
Poutine au déjeuner
Le président américain a toutefois voulu freiner les ardeurs des dirigeants russes, qui lui demandaient implicitement de reconnaître l'ex-URSS comme faisant partie de leur "sphère d'influence".
"L'époque où les empires pouvaient traiter les États souverains comme des pièces d'un jeu d'échecs est révolue", a tranché Obama.
Il a toutefois ouvert la porte à un compromis sur le bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque, l'un des dossiers bilatéraux les plus sensibles. Il a laissé entendre que si la Russie pouvait l'aider à neutraliser toute menace nucléaire en provenance d'Iran, les États-Unis abandonneraient leur projet controversé.
La journée d'Obama a commencé par un déjeuner "à la russe" avec le premier ministre Vladimir Poutine, l'homme fort du régime. Le président américain l'avait accusé la semaine dernière d'avoir "encore un pied dans le passé".
L'entretien de deux heures entre les deux hommes a été visiblement moins cordial que celui de la veille avec le président Medvedev.
Devant les caméras, les hommes, un peu mal à l'aise, ont échangé les salutations d'usage avant de se lancer à huis clos dans un entretien "très franc" et "très direct", selon un responsable de la Maison-Blanche.
"Rien ne sera facile"
"En ce qui a trait aux sujets sur lesquels nous ne sommes pas d'accord, comme la Géorgie, je ne m'attends pas à une communion des esprits dans un avenir proche", a reconnu M. Obama à l'issue de la rencontre.
En fin d'après-midi, le président américain s'est entretenu avec des responsables d'ONG, puis avec des leaders de la maigre opposition russe, indiquant d'entrée de jeu qu'il était venu pour les "écouter" plutôt que pour donner des leçons.
Le politologue Sam Greene, du centre Carnegie de Moscou, estime que si Obama a réussi à jeter les bases d'un nouveau dialogue russo-américain, "rien ne sera facile" pour la suite des choses.
"Et ça n'a pas à l'être. Ce qu'il faut, c'est que [les Russes et les Américains] s'assoient à la même table pour discuter des détails ennuyeux et des problèmes, au lieu de se parler indirectement en donnant des interviews à CNN", note-t-il.
Et c'est ce que cette visite de 48 heures à Moscou, une éternité dans l'horaire d'un président, semble avoir permis de faire.
MOSCOU CHOISIT LA COOPÉRATION
Moscou - Le pouvoir russe a décidé de laisser sa chance à Obama. Malgré plusieurs points de divergence encore en suspens entre Washington et Moscou, le président Dmitri Medvedev a choisi la coopération, faisant oublier l'atmosphère aux relents de guerre froide des dernières années de l'administration Bush.
Signal fort de cette relation renouée, les présidents russe et américain se sont tout d'abord entendus sur des sujets militaires, hier. La Russie permettra le transit sur son territoire des soldats et du matériel militaire américains à destination de l'Afghanistan.
Les deux pays reprendront aussi leurs exercices militaires conjoints. Ils avaient été interrompus en août dernier, après la guerre éclair entre la Russie et l'ex-république soviétique de Géorgie, désormais alliée de Washington.
Les dirigeants russes ont même fermé les yeux sur la décision de Barack Obama de s'entretenir directement ce soir avec des leaders de la microscopique opposition russe, à laquelle le Kremlin fait la vie dure.
"Le simple fait qu'Obama ait proposé cette rencontre est déjà un pas courageux de sa part", se réjouit l'ancien député de la Douma Vladimir Ryjkov, qui participera à la rencontre. "Ça veut dire qu'il ne considérera pas l'opinion du Kremlin comme celle de tous les Russes." Les prédécesseurs d'Obama n'avaient jamais osé faire un tel affront au Kremlin, note-t-il.
M. Ryjkov ne s'attend toutefois pas à ce que le président américain puisse faire quoi que ce soit pour aider l'opposition russe à prendre de la vigueur et proposer une alternative au tandem autoritaire Poutine-Medvedev.
"La rhétorique du Kremlin est depuis longtemps que tous [nos problèmes] sont causés par les États-Unis", poursuit Leonid Gozman, coprésident de Cause juste, un nouveau parti libéral d'opposition modérée. "Mais je crois que maintenant, les deux parties comprennent que l'un sans l'autre, nous n'arriverons à rien."
Avant de s'attaquer aux enjeux mondiaux, il reste toutefois encore à Obama et à Medvedev certaines pommes de discorde bilatérales à régler. C'est le cas du bouclier antimissile en Europe de l'Est, un projet de l'administration Bush qu'Obama persiste à vouloir concrétiser, en dépit de la forte opposition de Moscou.
Medvedev a cependant perçu une ouverture de la part de son homologue hier, voyant poindre à l'horizon un "compromis possible".
La Russie souhaite aussi une reconnaissance tacite par Washington de sa "sphère d'influence" en ex-URSS. Elle voudrait ainsi que le président américain prenne exemple sur l'Europe et retire son appui à une adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN.
OBAMA FLATTE L'EGO RUSSE
Lavoie, Frédérick
Collaboration spéciale
Moscou - En visitant Moscou, Barack Obama voulait réconcilier son pays non seulement avec le Kremlin, mais avec la Russie entière.
Dans l'un de ses grands discours auxquels il a habitué la planète depuis son entrée en fonction, le président américain a notamment flatté l'ego russe en reconnaissant l'héritière de l'Union soviétique comme une "grande puissance".
"Que les choses soient claires dès le départ: l'Amérique veut une Russie qui soit forte, pacifique et prospère", a lancé, hier matin, le président américain aux diplômés de la Nouvelle école économique de Moscou, qui forme une partie de l'élite russe.
Le président a bien précisé toutefois que ce n'était pas à lui à définir les intérêts nationaux de la Russie. "Mais je peux vous dire quels sont les intérêts nationaux des États-Unis et je crois que vous verrez que nous en partageons plusieurs."
Maniant habilement la citation, Barack Obama a repris les mots du plus grand poète russe, Alexandre Pouchkine, tout en faisant constamment référence aux difficultés communes qu'ont connues les États-Unis et la Russie pendant toute leur histoire. Comme pour mettre les deux États sur un pied d'égalité.
Il a rappelé "qu'aucun pays dans l'histoire des batailles n'a jamais souffert autant que l'Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale." Une remarque qui a un fort effet en Russie, où on reproche souvent aux Alliés d'oublier le rôle de Moscou dans la victoire contre le nazisme.
Poutine au déjeuner
Le président américain a toutefois voulu freiner les ardeurs des dirigeants russes, qui lui demandaient implicitement de reconnaître l'ex-URSS comme faisant partie de leur "sphère d'influence".
"L'époque où les empires pouvaient traiter les États souverains comme des pièces d'un jeu d'échecs est révolue", a tranché Obama.
Il a toutefois ouvert la porte à un compromis sur le bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque, l'un des dossiers bilatéraux les plus sensibles. Il a laissé entendre que si la Russie pouvait l'aider à neutraliser toute menace nucléaire en provenance d'Iran, les États-Unis abandonneraient leur projet controversé.
La journée d'Obama a commencé par un déjeuner "à la russe" avec le premier ministre Vladimir Poutine, l'homme fort du régime. Le président américain l'avait accusé la semaine dernière d'avoir "encore un pied dans le passé".
L'entretien de deux heures entre les deux hommes a été visiblement moins cordial que celui de la veille avec le président Medvedev.
Devant les caméras, les hommes, un peu mal à l'aise, ont échangé les salutations d'usage avant de se lancer à huis clos dans un entretien "très franc" et "très direct", selon un responsable de la Maison-Blanche.
"Rien ne sera facile"
"En ce qui a trait aux sujets sur lesquels nous ne sommes pas d'accord, comme la Géorgie, je ne m'attends pas à une communion des esprits dans un avenir proche", a reconnu M. Obama à l'issue de la rencontre.
En fin d'après-midi, le président américain s'est entretenu avec des responsables d'ONG, puis avec des leaders de la maigre opposition russe, indiquant d'entrée de jeu qu'il était venu pour les "écouter" plutôt que pour donner des leçons.
Le politologue Sam Greene, du centre Carnegie de Moscou, estime que si Obama a réussi à jeter les bases d'un nouveau dialogue russo-américain, "rien ne sera facile" pour la suite des choses.
"Et ça n'a pas à l'être. Ce qu'il faut, c'est que [les Russes et les Américains] s'assoient à la même table pour discuter des détails ennuyeux et des problèmes, au lieu de se parler indirectement en donnant des interviews à CNN", note-t-il.
Et c'est ce que cette visite de 48 heures à Moscou, une éternité dans l'horaire d'un président, semble avoir permis de faire.
jeudi 12 mars 2009
Washington et Moscou se font les yeux doux
Article publié dans La Presse, le jeudi 12 mars 2009.
(Moscou) La Russie et les États-Unis veulent faire table rase du passé. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a symboliquement offert un «bouton de redémarrage» au ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov lors de leur première rencontre à Genève vendredi dernier. Au-delà de l'anecdote, Moscou et Washington semblent tous deux trouver avantage à un rapprochement après le refroidissement sous la présidence de George W. Bush. Notre collaborateur nous explique pourquoi.
La Russie demeure un acteur incontournable pour régler certains problèmes de la planète. Le président américain Barack Obama l'a compris.
Il y a un mois, il a envoyé une lettre au président russe Dmitri Medvedev. Selon le New York Times, qui cite des responsables américains, il lui proposait d'abandonner son projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est, contre quoi les Russes devraient l'aider à convaincre l'Iran de renoncer à son présumé programme d'armement nucléaire.
Washington et Moscou ont tous deux nié que la lettre contenait une proposition «d'échange» si précise, mais pas que ces deux dossiers y étaient abordés.
Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale, estime que l'administration Obama se trompe en croyant que la Russie peut convaincre l'Iran de quoi que ce soit, malgré la relation privilégiée entre les deux pays. Moscou fournit peut-être des armes à Téhéran et l'a aidé à mettre au point son premier réacteur nucléaire à Bushehr, mais «personne n'a vraiment d'influence sur l'Iran, sauf les États-Unis», dit-il.
La Russie n'a pas non plus intérêt à ouvrir la porte à un trop grand rapprochement entre les États-Unis et le régime des mollahs. «L'Iran deviendrait alors une route alternative [à la Russie] pour le transport du gaz [d'Asie centrale] vers l'Europe», fait-il remarquer.
Accord sur l'Afghanistan
Moscou ne souhaite pas pour autant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, souligne Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences. Contrairement à M. Loukianov, il juge toutefois que la Russie a un «grand pouvoir d'influence sur l'Iran», notamment en raison de son rôle dans le développement du programme nucléaire civil du pays.
Washington et Moscou s'entendant sur la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire, ils ne devraient pas se heurter à des différents majeurs dans la renégociation du traité START-1 sur la réduction des armements stratégiques, signé en 1991 et qui arrive à échéance en décembre prochain.
Autre point d'accord probable: l'Afghanistan. La Russie est prête à soutenir l'Occident pour une stabilisation du pays, pourvu que les États-Unis respectent les intérêts russes en Asie centrale post-soviétique.
Reprenant une métaphore informatique, Fiodor Loukianov estime que sous Obama, les États-Unis ont changé de «système d'exploitation» pour approcher le reste de la planète. La crise économique a aussi aidé à modifier l'ordre du jour de la Maison-Blanche.
«L'élargissement de l'OTAN à la Géorgie et l'Ukraine et le déploiement du bouclier antimissile ne sont plus des priorités pour Obama», deux dossiers qui ont fortement irrité Moscou durant la présidence Bush, explique M. Loukianov. «Ça permet d'espérer que la relation s'améliorera.»
«Virus» dans l'ombre
Prochaine étape à surveiller: Dmitri Medvedev et Barack Obama se rencontreront pour la première fois le 1er avril à Londres, en marge du sommet du G20 sur la crise économique et financière mondiale.
Mais tout le monde ne se réjouit pas de la main tendue par Washington au régime Poutine. L'ancien champion d'échec Garry Kasparov, devenu l'un des leaders de la faible opposition libérale russe, a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Wall Street Journal l'ouverture de l'administration Obama.
«Appuyer sur le bouton de redémarrage ne mettra aucune pression sur Poutine pour qu'il agisse de façon responsable sur la scène internationale. Cela ne fera que mettre dans l'ombre, pour un certain temps, le virus dangereux et contagieux de l'autoritarisme en Russie», écrivait-il.
(Moscou) La Russie et les États-Unis veulent faire table rase du passé. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a symboliquement offert un «bouton de redémarrage» au ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov lors de leur première rencontre à Genève vendredi dernier. Au-delà de l'anecdote, Moscou et Washington semblent tous deux trouver avantage à un rapprochement après le refroidissement sous la présidence de George W. Bush. Notre collaborateur nous explique pourquoi.
La Russie demeure un acteur incontournable pour régler certains problèmes de la planète. Le président américain Barack Obama l'a compris.
Il y a un mois, il a envoyé une lettre au président russe Dmitri Medvedev. Selon le New York Times, qui cite des responsables américains, il lui proposait d'abandonner son projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est, contre quoi les Russes devraient l'aider à convaincre l'Iran de renoncer à son présumé programme d'armement nucléaire.
Washington et Moscou ont tous deux nié que la lettre contenait une proposition «d'échange» si précise, mais pas que ces deux dossiers y étaient abordés.
Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale, estime que l'administration Obama se trompe en croyant que la Russie peut convaincre l'Iran de quoi que ce soit, malgré la relation privilégiée entre les deux pays. Moscou fournit peut-être des armes à Téhéran et l'a aidé à mettre au point son premier réacteur nucléaire à Bushehr, mais «personne n'a vraiment d'influence sur l'Iran, sauf les États-Unis», dit-il.
La Russie n'a pas non plus intérêt à ouvrir la porte à un trop grand rapprochement entre les États-Unis et le régime des mollahs. «L'Iran deviendrait alors une route alternative [à la Russie] pour le transport du gaz [d'Asie centrale] vers l'Europe», fait-il remarquer.
Accord sur l'Afghanistan
Moscou ne souhaite pas pour autant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, souligne Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences. Contrairement à M. Loukianov, il juge toutefois que la Russie a un «grand pouvoir d'influence sur l'Iran», notamment en raison de son rôle dans le développement du programme nucléaire civil du pays.
Washington et Moscou s'entendant sur la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire, ils ne devraient pas se heurter à des différents majeurs dans la renégociation du traité START-1 sur la réduction des armements stratégiques, signé en 1991 et qui arrive à échéance en décembre prochain.
Autre point d'accord probable: l'Afghanistan. La Russie est prête à soutenir l'Occident pour une stabilisation du pays, pourvu que les États-Unis respectent les intérêts russes en Asie centrale post-soviétique.
Reprenant une métaphore informatique, Fiodor Loukianov estime que sous Obama, les États-Unis ont changé de «système d'exploitation» pour approcher le reste de la planète. La crise économique a aussi aidé à modifier l'ordre du jour de la Maison-Blanche.
«L'élargissement de l'OTAN à la Géorgie et l'Ukraine et le déploiement du bouclier antimissile ne sont plus des priorités pour Obama», deux dossiers qui ont fortement irrité Moscou durant la présidence Bush, explique M. Loukianov. «Ça permet d'espérer que la relation s'améliorera.»
«Virus» dans l'ombre
Prochaine étape à surveiller: Dmitri Medvedev et Barack Obama se rencontreront pour la première fois le 1er avril à Londres, en marge du sommet du G20 sur la crise économique et financière mondiale.
Mais tout le monde ne se réjouit pas de la main tendue par Washington au régime Poutine. L'ancien champion d'échec Garry Kasparov, devenu l'un des leaders de la faible opposition libérale russe, a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Wall Street Journal l'ouverture de l'administration Obama.
«Appuyer sur le bouton de redémarrage ne mettra aucune pression sur Poutine pour qu'il agisse de façon responsable sur la scène internationale. Cela ne fera que mettre dans l'ombre, pour un certain temps, le virus dangereux et contagieux de l'autoritarisme en Russie», écrivait-il.
vendredi 6 février 2009
Russie-Obama: entre indifférence et doute
Article publié dans La Presse le 21 janvier 2009 et sur Cyberpresse.ca
(Moscou) Le battage médiatique et l'engouement international entourant l'investiture d'Obama n'auront pas réussi à émouvoir les Russes.
Hier, de la douzaine de quotidiens de Moscou, seul Novye Izvestia a jugé pertinent de publier en une un article sur le nouveau président américain. Le journal populaire Komsomolskaïa Pravda s'est quant à lui étonné que la limousine du chef de l'État puisse résister à l'impact d'une météorite. Sans plus. Certaines parutions ont totalement ignoré l'événement, plus par manque d'intérêt que pour des motifs idéologiques.
Il faut dire que le nom d'Obama a pris du temps à être connu en Russie, où la politique américaine ne touche plus autant la vie quotidienne que durant la guerre froide. L'audace d'espérer n'est paru en russe que trois semaines avant l'élection présidentielle de novembre. «Nous n'avions pas ressenti de demande avant cela», justifie Arima Gromyko, relationniste de la maison d'édition Azbouka-Klassika. Elle se réjouit tout de même des ventes: 20 000 exemplaires, assez bonnes selon elle pour un livre du genre. «À titre comparatif, la biographie de Bill Clinton s'est vendu deux fois moins.»
S'ils ne sont pas carrément indifférents, les Russes sont au mieux sceptiques à l'égard d'Obama. Un sondage - peu scientifique il est vrai - sur le site du journal Izvestia relevait que 93% d'entre eux n'attendent aucun changement du chef d'État américain, ni dans la politique des États-Unis envers la Russie, ni en général.
Le premier ministre et toujours homme fort du pays, Vladimir Poutine, s'est lui-même fait l'avocat du diable devant l'obamanie qui atteint plusieurs politiciens européens. Interrogé par la presse internationale samedi en Allemagne, il s'est réjoui des «signaux positifs» envoyés à son pays durant la campagne électorale, mais s'est aussi dit «profondément convaincu que les plus grandes déceptions naissent de grands espoirs».
(Moscou) Le battage médiatique et l'engouement international entourant l'investiture d'Obama n'auront pas réussi à émouvoir les Russes.
Hier, de la douzaine de quotidiens de Moscou, seul Novye Izvestia a jugé pertinent de publier en une un article sur le nouveau président américain. Le journal populaire Komsomolskaïa Pravda s'est quant à lui étonné que la limousine du chef de l'État puisse résister à l'impact d'une météorite. Sans plus. Certaines parutions ont totalement ignoré l'événement, plus par manque d'intérêt que pour des motifs idéologiques.
Il faut dire que le nom d'Obama a pris du temps à être connu en Russie, où la politique américaine ne touche plus autant la vie quotidienne que durant la guerre froide. L'audace d'espérer n'est paru en russe que trois semaines avant l'élection présidentielle de novembre. «Nous n'avions pas ressenti de demande avant cela», justifie Arima Gromyko, relationniste de la maison d'édition Azbouka-Klassika. Elle se réjouit tout de même des ventes: 20 000 exemplaires, assez bonnes selon elle pour un livre du genre. «À titre comparatif, la biographie de Bill Clinton s'est vendu deux fois moins.»
S'ils ne sont pas carrément indifférents, les Russes sont au mieux sceptiques à l'égard d'Obama. Un sondage - peu scientifique il est vrai - sur le site du journal Izvestia relevait que 93% d'entre eux n'attendent aucun changement du chef d'État américain, ni dans la politique des États-Unis envers la Russie, ni en général.
Le premier ministre et toujours homme fort du pays, Vladimir Poutine, s'est lui-même fait l'avocat du diable devant l'obamanie qui atteint plusieurs politiciens européens. Interrogé par la presse internationale samedi en Allemagne, il s'est réjoui des «signaux positifs» envoyés à son pays durant la campagne électorale, mais s'est aussi dit «profondément convaincu que les plus grandes déceptions naissent de grands espoirs».
lundi 19 janvier 2009
Russie-États-Unis: de meilleures relations sous Obama?
Article publié dans le journal La Presse le 17 janvier 2009 et sur cyberpresse.ca
(Moscou) En 2001, la première rencontre entre George W. Bush et son homologue russe Vladimir Poutine annonçait une idylle entre leurs deux pays, anciens ennemis de la guerre froide. «J'ai regardé l'homme dans les yeux. J'ai pu percevoir son âme», avait déclaré le nouveau président américain. «C'est un homme profondément dévoué à son pays et aux meilleurs intérêts de son pays.» Il ne pensait jamais si bien dire.
Poutine, devenu premier ministre depuis, a tellement tenu à défendre son pays contre «l'hégémonie» états-unienne qu'en huit ans, les relations n'ont fait que se détériorer. Les États-Unis, de leur côté, n'ont jamais pris en considération les doléances des Russes à l'égard de leurs projets.
Quelques heures à peine après la victoire d'Obama à l'élection présidentielle de novembre, la Russie posait ses conditions pour un dialogue renouvelé. Dans son premier discours à la nation, le président russe Dmitri Medvedev menaçait d'installer des missiles dans l'enclave de Kaliningrad, sur le bord de la Baltique. Si les États-Unis renonçaient au déploiement de leur bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne, il pourrait revenir sur sa décision, avait-il laissé entendre dans les semaines qui suivirent.
Jeudi, Medvedev a fait savoir à son ambassadeur à Washington qu'il espérait que les relations se développent de «manière adéquate», «parce que ces derniers temps, d'assez nombreux problèmes se sont accumulés».
Pourtant, les deux problèmes bilatéraux principaux sont restés les mêmes au cours de la dernière décennie: l'élargissement de l'OTAN à l'ex-bloc soviétique et le bouclier antimissile.
«L'expansion de l'OTAN, c'est une politique d'endiguement de la Russie», estime Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences, en référence à la politique américaine de containment à l'égard de l'URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
«Pourquoi les Américains font-ils cela, alors que nous nous sommes entendus sur tout, que nous avons signé tous les traités de non-prolifération? questionne-t-il. Veulent-ils contrôler la Russie en l'entourant, ou peut-être préparent-ils une nouvelle guerre contre elle? Je ne veux pas être moi-même paranoïaque, mais nous avons assez de paranoïaques ici pour nous poser cette question. Pour l'instant, personne n'a donné de réponse. Alors évidemment, on se demande si on doit croire les garanties que donne Washington. Et souvent, la réponse est négative», constate M. Kremeniouk.
«Au contraire de Bush, Obama n'est pas un aussi fervent partisan de l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN», note toutefois le politologue. «Il ne nie pas la possibilité qu'ils y adhèrent, mais il comprend que c'est compliqué, parce que l'Ukraine n'est pas prête à l'adhésion et que la majorité de sa population est contre. Pour la Géorgie, c'est tout simplement impossible, puisqu'elle est en conflit avec la Russie. L'inclure dans l'OTAN voudrait dire entrer en conflit avec la Russie, ce qui serait stupide.»
Relations de second ordre
Le climat pourrait se détendre sous Obama, mais de toute façon, il ne s'agit plus d'un problème de premier ordre pour la Russie capitaliste. Aujourd'hui, elle se préoccupe beaucoup plus de ses relations avec l'Europe et la Chine, ses principaux partenaires économiques.
Rien à voir avec l'époque soviétique bipolaire, où la moindre tension aurait pu déclencher une guerre nucléaire. «Dans ce temps-là, nous avions des problèmes très importants qui nous unissaient», souligne M. Kremeniouk.
L'inverse est tout aussi vrai. «Pour Obama, la Russie est un pays pas trop agréable, dirigé par une oligarchie, où il y a peu de démocratie, avec beaucoup de problèmes sociaux. Ce n'est pas un allié, mais c'est un pays avec qui il doit avoir des relations», explique M. Kremeniouk.
Hillary Clinton a confirmé cette analyse cette semaine. Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat qui examinait sa candidature, la future secrétaire d'État a laconiquement déclaré qu'elle souhaite «des relations de coopération avec le gouvernement russe sur les questions d'importance stratégique, tout en défendant avec force les valeurs américaines et les normes internationales».
(Moscou) En 2001, la première rencontre entre George W. Bush et son homologue russe Vladimir Poutine annonçait une idylle entre leurs deux pays, anciens ennemis de la guerre froide. «J'ai regardé l'homme dans les yeux. J'ai pu percevoir son âme», avait déclaré le nouveau président américain. «C'est un homme profondément dévoué à son pays et aux meilleurs intérêts de son pays.» Il ne pensait jamais si bien dire.
Poutine, devenu premier ministre depuis, a tellement tenu à défendre son pays contre «l'hégémonie» états-unienne qu'en huit ans, les relations n'ont fait que se détériorer. Les États-Unis, de leur côté, n'ont jamais pris en considération les doléances des Russes à l'égard de leurs projets.
Quelques heures à peine après la victoire d'Obama à l'élection présidentielle de novembre, la Russie posait ses conditions pour un dialogue renouvelé. Dans son premier discours à la nation, le président russe Dmitri Medvedev menaçait d'installer des missiles dans l'enclave de Kaliningrad, sur le bord de la Baltique. Si les États-Unis renonçaient au déploiement de leur bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne, il pourrait revenir sur sa décision, avait-il laissé entendre dans les semaines qui suivirent.
Jeudi, Medvedev a fait savoir à son ambassadeur à Washington qu'il espérait que les relations se développent de «manière adéquate», «parce que ces derniers temps, d'assez nombreux problèmes se sont accumulés».
Pourtant, les deux problèmes bilatéraux principaux sont restés les mêmes au cours de la dernière décennie: l'élargissement de l'OTAN à l'ex-bloc soviétique et le bouclier antimissile.
«L'expansion de l'OTAN, c'est une politique d'endiguement de la Russie», estime Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences, en référence à la politique américaine de containment à l'égard de l'URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
«Pourquoi les Américains font-ils cela, alors que nous nous sommes entendus sur tout, que nous avons signé tous les traités de non-prolifération? questionne-t-il. Veulent-ils contrôler la Russie en l'entourant, ou peut-être préparent-ils une nouvelle guerre contre elle? Je ne veux pas être moi-même paranoïaque, mais nous avons assez de paranoïaques ici pour nous poser cette question. Pour l'instant, personne n'a donné de réponse. Alors évidemment, on se demande si on doit croire les garanties que donne Washington. Et souvent, la réponse est négative», constate M. Kremeniouk.
«Au contraire de Bush, Obama n'est pas un aussi fervent partisan de l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN», note toutefois le politologue. «Il ne nie pas la possibilité qu'ils y adhèrent, mais il comprend que c'est compliqué, parce que l'Ukraine n'est pas prête à l'adhésion et que la majorité de sa population est contre. Pour la Géorgie, c'est tout simplement impossible, puisqu'elle est en conflit avec la Russie. L'inclure dans l'OTAN voudrait dire entrer en conflit avec la Russie, ce qui serait stupide.»
Relations de second ordre
Le climat pourrait se détendre sous Obama, mais de toute façon, il ne s'agit plus d'un problème de premier ordre pour la Russie capitaliste. Aujourd'hui, elle se préoccupe beaucoup plus de ses relations avec l'Europe et la Chine, ses principaux partenaires économiques.
Rien à voir avec l'époque soviétique bipolaire, où la moindre tension aurait pu déclencher une guerre nucléaire. «Dans ce temps-là, nous avions des problèmes très importants qui nous unissaient», souligne M. Kremeniouk.
L'inverse est tout aussi vrai. «Pour Obama, la Russie est un pays pas trop agréable, dirigé par une oligarchie, où il y a peu de démocratie, avec beaucoup de problèmes sociaux. Ce n'est pas un allié, mais c'est un pays avec qui il doit avoir des relations», explique M. Kremeniouk.
Hillary Clinton a confirmé cette analyse cette semaine. Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat qui examinait sa candidature, la future secrétaire d'État a laconiquement déclaré qu'elle souhaite «des relations de coopération avec le gouvernement russe sur les questions d'importance stratégique, tout en défendant avec force les valeurs américaines et les normes internationales».
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