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samedi 22 mai 2010

La petite boîte verte

(Oulan-Bator, 12 avril 2010)


Force est de constater

que ça dérive de tous les bords

la rage de vivre arc-en-ciel

la puanteur de sainteté chronométrée

les rêves concassés qui s'éparpillent

de coups de semonce en bout portant


Que ça dérive de tous les bords

les soupirs qu'on croit être les derniers

mais qui sont pleurs de renaissance

les embûches qu'on fonce dedans

avec une âme de tronçonneuse

en boitant le désespoir

la petite boîte verte bien coincée dans le creux de la main

comme autant de raisons d'avancer plus fort


Force est de constater

qu'on ne se relève jamais mieux qu'à bout de souffle

qu'en chien de faïence ébranlé

devant la misère en pleine face


Force est de constater

qu'on carbure au manque d'air


vendredi 21 mai 2010

Souvenance au galop

(Oulan-Bator, quelque part en avril 2010)

Tu penses que c'est la fin
puis ça s'étale devant toi
comme des taudis à flanc de colline
comme la misère
sur le pauvre monde
de la tête aux pieds

Ça s'étale devant toi
en vrac
l'air pur les morsures d'âme
les souliers usés les amours par défaut
les venins ravalés les occasions manquées
les sourires conquis les angoisses de milieu de semaine
les sommeils de travers les étapes franchies
les agrandissements d'esprit les larmes impromptues
les coups de pied dans le cul les vols planés
les apaisanteries en forme de caresse les embûches en fer forgé

Des souvenirs, des attentes
pour te rappeler qu'il n'y en aura pas de facile
mais que ça en vaudra toujours la peine

vendredi 13 novembre 2009

De décommencement en recommencement

Touche. C'est une vie en démesure
qui te bourdonne au ras du coeur
une existence difforme
aux contours lumineux

Et ça brûle et ça réchauffe de se savoir libre
navigateur des interstices d'un monde au quart de tour
arracheur de lieues à la ronde
vers et contre courants
au gré des entêtements d'instinct

Et tu avances poitrine aux vents
«Frappez! Que je me brise à m'en construire!»

Mais bon sens que tu as vrai
de pouvoir avoir tort
tordu
tortueux
le chemin de toi à la fin de toi
jusqu'à cette mort en cul-de-sac infaillible

Tu grattes
les planchers les plafonds les murs
de tes dents émotivores
Tu élargis le possible
en l'appréhendant cette damnante

Ton sol se fend et se refend de tes inconditionnements
Ça casse ça craque ça s'écroule
et ça se rapièce d'inconnu autour de tes idées fixes
magnétisme de survie
instinct de surexistence

Malgré tout ta vie se gerce dans l'ordre des choses
elle te rattrape dans ta course erratique
aux rebords de tes accomplissements
en forme de ravins renversés

Tu es jeune des premières averses d'âge mûr
de la naïveté qui tient encore les coups

Mais te rattrape
dans ta caboche inclouable
l'anticipation de cet entourage désert à ton crépuscule
de ton éphémérité discontinue
de tes aboutissements inutiles

Te rattrape le désir
de créer l'existence
d'aider à être
hors de toi
et tes apothéoses à la petite semaine

En attendant
d'être plus que toi-même
que tes élucubrations en faux-fuyant
toi tu rames
de décommencement en recommencement

jeudi 6 novembre 2008

Aurai

Almaty, 13 octobre 2008


Aurai l'échec envolé des épaules
Affranchi du chaînon de l'incomplétude
Verrai le sourire discret des saules
L'envol insoucieux des solitudes

Retrouverai cet espace d'innocence
                           ce droit d'indécence

Aurai le sens éclairci dans les veines
Réciterai l'oraison vitale de l'existence sereine

Aurai
À nouveau

mardi 7 octobre 2008

(Lorsque l'errance aura un point)

Ecrit il y a quelques semaines, mais bien d'actualité durant ce voyage en Asie centrale...

Je te montrerai tous ces paysages humains
qui ont forgé mon être
Tu verras la tristesse et le bonheur
qui m'ont gagné ou perdu
L'angoisse des horizons imprévisibles

mes empreintes dans la terre
mes pas errant à ta recherche

Nous retrouverons des cendres
de mon esprit consumé d'alors
tu sauras que je t'ai marchée
à l'épuisement de l'espoir

Et nous te retrouverons dans ces tableaux
Tapie dans un coin oublié par ma course folle
Mais oui, tu y existais déjà
Tu étais cette éternité transcendante
La merveille si familière dans ces banalités étrangères

Les trous dans l'errance seront comblés de ton évidence

dimanche 13 avril 2008

Chronique d'errance #13: La mort de la guerre

Écrite dans une Moscou sans coeur, par obligation...

Il était une guerre. Partie d’un dérapage d’intensité. De l’explosion de volontés de vivre plus fort. D’ambitions de se changer les mondes pour le mieux.

Il était une guerre, comme toutes les guerres. Qui avec les premières blessures qui s’empilent, en oubliait ses raisons de déclenchement. Et ne pouvait plus s’arrêter la haine de l’amour déraillé. L’emprisonnement des libérations promises.

Il était une guerre qui s’éloignait de la paix. Plus ses terrains se minaient. Plus ses idéaux s’aigrissaient. Les rancunes se formaient de nouveaux champs de bataille. Toujours plus grands. Toujours plus loin de l’objectif initial.

Il était une guerre qui comme toutes les guerres n’avait plus aucun sens. Blessait pour blesser, au coeur de la faiblesse de l’autre. Se disant que l’autre ne sentait, ne ressentait plus rien de toute façon. La guerre ou la vie amère l’avait insensibilisé, disait-on.

On blessait donc pour rien, puisqu’on ne croyait même plus faire mal. Pour rien, ou pour oublier ses propres blessures sales à panser. Attaquer pour forcer l’autre à nous guérir.

Il était une guerre morte au bout de son sang, au bout de son non-sens. On a fini par la tuer pour lui survivre. Elle gît sur le plancher absurde de nos souvenirs. Autour d’elle, le bon et le mauvais étouffent sans distinction sous les ruines des âmes exténuées. Qu’elle est belle, morte, la guerre, finalement.

Certes, le poids de son cadavre est encore lourd sur nos consciences meurtries. Il reste encore à se pardonner nos offensives, et à pardonner à ceux qui nous ont offensés. Se pardonner à soi-même de s’être fait si mal à faire du mal. Mais au fil de sa décomposition libératrice, la guerre abattue prendra petit à petit le teint de la paix.

Aidons l’espoir à l’espérer.

lundi 4 février 2008

Chronique d’errance # 12 : L’errance chronique



Écrite entre deux appartements moscovites...

C’est une errance chronique, alors je chronique l’errance. Deux pieds qui se cherchent continuellement un nouveau sol à fouler, à sentir, à ressentir. Deux pieds dirigés par une âme compromettante, sans compromis.

Ils ont bien essayé de s’enfuir du perpétuel vagabondage, s’enfuir à coup de routine, de nid douillet, mais ils finissent toujours par partir. Lorsque ce ne sont pas eux qui choisissent l’errance, c’est elle qui semble les forcer à respecter une sorte de destinée inévitable. C’est difficile à croire qu’on n’est pas tout à fait maître de son sort lorsqu’on a justement choisi comme mode de vie le vide à remplir de la liberté sans frontières (ou si peu). Mais il semble bien que ce soit le cas. Comme si malgré soi, on était constamment traîné vers ce futur embrumé, où chaque pas est un coup de dés, parfois saut dans le vide, parfois tremplin vers le haut.

L’errance chronique nous inspire. Mais expirera-t-elle? Parce qu’elle exaspère parfois, entre deux espérances, l’une comblée, l’autre déçue.

Les pieds s’usent, à changer constamment de port. L’âme se déshydrate en altitude. L’angoisse a le vertige, à en perdre le fil de ses raisons d’existence.

Est-ce la souffrance de l’inconfort ou le confort de l’avancement continu qui doit dominer? On finit par se dire qu’on ne pourrait probablement pas vivre autrement, de toute façon.

Nos deux pieds, ces éternels quitteurs de nulle part vers un autre. Peu importe le chemin emprunté, il leur restera toujours à parcourir l’infini vers l’accomplissement de soi. Ça fait peur, mais c’est rassurant en même temps de savoir qu’on est sans fin.

vendredi 5 octobre 2007

Chronique d'errance #11: du confort et de l'indifférence


(Écrite des jours quelconques)

Autour, le confort et l'indifférence de l'avenir avancé.
La vie acquise a fait perdre la perdition.
Plus rien à s'espérer.
Sinon son statu quo.
Statut. Statue, quoi.
Plus rien à se battre.
Reste à craindre à haute voix
qu'on à tout à perdre.
Reste à se croire soi
et à s'asseoir dessus.
Et le temps se perd?
Ou non.
Comment dire, quand on ne sur-sent plus rien?

Personne ne veut plus miser le tout pour le tout.
Peur du néant si lointain.
Mais le perdant est le riche qui ne mise plus rien sur un débattement de coeur.
À quoi bon la richesse d'âme si on ne la dépense pas?

Le chaos me manque.
Dans ses débordements d'âme.
Et cette cruelle profondeur millionnaire d'elle du bout des bouts de soi.
Je m'ennuie des mangeages de vie
à l'estomac sans fin
des yeux arracheurs de vérité
parce que le mal en vaut la peine

***

As-tu pris le pouls de l'inconscience?
As-tu marché main dans la main avec la misère?
As-tu rêvé d'y vivre plus fort?

As-tu pris le pouls de l'inconscience?
As-tu marché en décadence?
As-tu rêvé d'irréversible?
As-tu commis le nombrilicide?

On se perd la flamme du monde à se retrouver dans le confort et l'indifférence.
On se retrouve à se perdre, parfois.

lundi 27 août 2007

Chronique d'errance #6: Naïveté en péril

Écrite dans un parc de Rabat un 28 mai tourmenté, mouvementé. Enregistrée dans mon appartement casablancais le 2 juin. Mise en ligne après une longue réflexion.

C’est dans la bataille pour se trouver une place dans le monde que les humains grandissants rapetissent leur grandeur d’âme et perdent leur naïveté.

Et ils deviennent cyniques. Cyniques face à l’autre, croyant vraiment que c’est la seule façon de s’en sortir, d’en sortir gagnant et de faire leur place dans un monde qui ne peut être que cruel à leurs yeux.

Ils jouent. Mais ils ne s’amusent plus. Ils jouent avec les coeurs, avec les âmes des autres. Mais au bout du compte, ce sont eux qui souffrent le plus à se masquer l’intérieur de l’être. Ils finissent par avoir honte de leur coeur et de leur âme, surmaquillés pour être vendus. Pas au plus offrant, mais au moins prenant. À celui qui demandera le moins de regarder les recoins poussiéreux de ce qui fut jadis leur profondeur d’âme.

Ils jouent. Ils mettent sur la table un amour à la «pokerface» pour ne pas se dévoiler vraiment; ils friment; ils misent du vent, comme dans les jeux de stratégie et de hasard où le meilleur est celui qui s’oublie le plus la conscience et le naturel.

Peut-être est-ce une fatalité, de devenir quelqu’un à quelque part. De jouer le jeu dans un cadre établi, avec des règles de vertu qu’on ne cherche qu’à violer à tout instant, parce que finalement un jeu, c’est fait pour jouer, et des règles, c’est fait pour être violées. Parce qu’on a perdu au fil des années le sérieux de l’enfance. Oui, le sérieux de l’enfance, parce qu’un enfant ça ne joue pas, tant qu’il y a la naïveté pour le contraindre à être sincère.

Un enfant encore en enfance, ça respecte les règles de la bonne foi. Ça ne joue pas à l’amour calculé, à coup de haine réfléchie pour faire mal, de vengeance; ça ne joue pas à ces jeux malsains où l’on se fait mal en se disant que «c’est rien qu’un jeu alors ce n’est pas grave», mais qui finissent par nous détruire à petit feu. Même si c’est rien qu’un jeu. Un enfant c’est plus sérieux qu’un adulte brisé par les échecs qui le font se sentir honteux et se refermer et montrer ce qu’il n’est pas parce que ça fait moins mal si on le casse.

***

Plus je grandis, plus je dois me battre fort, me débattre pour ne pas perdre cette naïveté sincère, ce désir d’espoir, ce désir infini de croire, qui restent à mes yeux les plus beaux signes d’humanité.

Jusqu’à maintenant, je crois m’en être sorti. En naviguant à travers des mondes où je n’avais jamais à m’intégrer totalement. En recommençant presque toujours à zéro, en donnant la même chance du débutant à chacun des mondes et chacun de ses occupants de s’ouvrir sans complexe, sans peur, devant ma naïveté. Et de me laisser faire de même. Sans peur.

Il y a plein d’étoiles perdues qui combattent la désillusion, la résignation, le cynisme. Heureusement. Et il y a plein d’étoiles qui veulent s’ignorer, qui font du Mal à ne pas être capable de se faire du Bien et de faire du Bien.

***

J’ai de plus en plus mal des déceptions de plus en plus fortes, plus je grandis. La haine, les désirs de vengeance grattent sur les parois de ma tolérance et de mon désir de compréhension face aux attaques des faiblesses des autres.

J’ai peur de perdre ma naïveté.

Mais, heureusement peut-être, malgré moi, il y a encore en moi cet espoir inexplicable, intarissable, de voir naître et éclore l’humain chez chaque humain qui croise ma route.

mercredi 18 juillet 2007

Chronique d’errance #10: réalité vs désirs

Écrite les 17 et 18 juillet 2007, enregistrée le 18 aux petites heures, dans une Moscou trop grande pour un coeur errant exténué

Il ne faut pas accepter la dictature de la réalité sur nos désirs.

La réalité en face, ce n’est qu’un amas de peurs d’échec, de peurs de déception et de souffrance, qui veut nous empêcher de foncer plus fort et plus loin dans ce qu’on désire et mérite vraiment comme bonheur.

La réalité n’est pas vraiment plus réelle que nos désirs, alors que nos désirs, eux, sont plus désirés que la réalité. Avantage désirs.

On n’a pas à laisser la réalité exister à sa guise si elle ne cadre pas avec nos désirs véritables: nos ambitions, nos amours, nos folies. Il faut fomenter des révolutions contre elle, la mutiner, la débâtir et la reconstruire à notre image.

Si on est prêt à traverser le désert, si on est prêt à la grande marche, à tous les intempéries pour aller au bout de nos plus forts désirs, à les rendre réalité, on n’a pas le droit de laisser une peureuse réalité nous empêcher de les accomplir. Parce qu’à l’autre bout, il y a le bonheur, le vrai. Et au nom de la vie, la vraie, on n’a pas le droit de le laisser filer.

Mais il faut être prêt à faire l’effort, si on croit que ça en vaut la peine. Une réalité, ça ne se change pas les bras croisés, sans se salir, et encore moins sans batailles contre nos peurs de ne pas arriver à une nouvelle réalité satisfaisante, aboutie et accomplie, à notre image.

Il faut avoir le courage de nos sentiments. Le courage de se laisser tomber par en haut pour la force du coeur. Le courage de tout reconstruire, même si c’est de zéro, pour ce qui en vaut vraiment notre peine.

Sinon, on le regrettera à jamais. On regrettera de ne pas avoir eu le courage d’avoir vécu.

lundi 16 juillet 2007

Chronique d’errance #9: Nostalgie


Écrite et enregistrée le 16 juillet 2007 dans la cuisine du sixième étage du korpus 4 de l’Université d’État des sciences humaines de Moscou, Russie (хроника написанна и записанна 16-ого июля 2007 в кухне 6-ого этажа 4-ого корпуса РГГУ, Москва, Россия)


Il faut du courage pour revenir sur un lieu de bonheur trop fort, trop intense.

Il faut du courage, parce que ça ne sera plus jamais pareil. Mais c’est plus fort que nous, on doit y retourner.

Le décor y est encore, presque inchangé. Des détails différents, le cadre est un peu usé. Mais pour nos yeux, tout ce qui est visible, ce sont les souvenirs d’un temps hors du temps, parce que plus fort que le temps.

On pose les pieds à l’endroit précis d’une émotion qui fut trop forte. On revoit ces personnes qui en furent responsables. Leur sourire, leurs larmes, leur âme ouverte à n’en plus finir parce qu’il y a de ces lieux, de ces situations, où il est impossible d’être autre chose que soi. Soi à vif, à vive allure.

La vie quotidienne n’était pas banale dans ces lieux, parce qu’il y avait ces êtres qui nous imprégnaient de leur ouverture d’âme, étroitesse de couloir oblige.

L’amitié, l’amour, la cuisine, la fête, le temps à perdre savouré à plein esprit.

Un univers bancal en parfait équilibre avec notre instabilité de coeur. Plus fort. Plus fort. C’est tout ce qui comptait. Et à nous de vivre avec les dommages collatéraux, les coeurs échoués, les renversés, les survoltés; à nous de vivre avec les coeurs arrivés, les coeurs usés, ceux qui doivent partir, se détacher.
***
On revient un jour à ces endroits hors du temps, peut-être pour faire le point. Sur le temps. Celui d’après cette période trop forte, celui d’avant même, et surtout, sur cet instant de notre vie qui nous a tant apporté et qui ne sera plus. Une sorte de deuil, de ce présent passé, où l’on regarde ce qu’il reste dans notre présent de ce passé.

On sourit, la nostalgie dans le tapis, à la moindre réminiscence de banalité quotidienne ou de surréalité émotive ponctuelle.

On se sent faible un instant, dépourvu de ce présent.

Mais non, il ne faut pas. Parce qu’on est aujourd’hui, grâce à lui, plus fort. On sait ce que c’est le bonheur. Le nôtre. On sait mieux par où aller pour le trouver.

On porte ce passé terminé en nous, profondément ancré. Et avec lui, on continue à avancer sur notre route sinueuse de vie. Plus fort. Plus fort de soi.

Si le futur est incertain, le passé, lui, nous appartient. Et rien ne pourra nous l’enlever.

dimanche 24 juin 2007

Chronique d’errance #8: Visite imprévue sur le toit du monde qui nous appartient

Écrite au lendemain d’une visite sur un toit du monde, enregistrée dans mon appartement varsovien, 23 et 24 juin 2007.

Il est cinq heures du matin sur le toit d’un monde sans limite. Il est trop tard pour dormir, trop tôt pour se réveiller. On ne peut être que ce que l’on est; exister parce qu’il n’y a rien de plus vrai à faire.



Il est cinq heures et des poussières, mais peu importe, car c’est nous qui forgeons le monde, qui ne peut plus tourner sans nous.

Il y en a des qui risquent leur vie, parce que ça rapproche de soi, le danger de se perdre, de gagner la mort.

Il y en a des qui risquent leur âme à dire vrai par-dessus vrai, à éclabousser leur entourage de profondeur d’esprit indécente.

Tout le monde est à vif dans ce morceau hors du temps de vie vivante, où la surenchère d’ouverture d’âme a fait tomber les armes et coulé les larmes qui avaient à couler.

On coule tellement qu’on touche le sommet parce qu’on a fait chavirer le monde à force de l’écouter nous laisser vivre.

L’engrenage qui nous mène sur le toit du monde qui nous appartient est aussi fortuit que fortuné. Car les morceaux de vie vivante ne peuvent être planifiés. Ils partent d’une phrase qui n’a pas besoin d’être dite et aboutissent à un déroulement qui se construit au fil des instincts de chacun et de l’instinct collectif d’une bande d’humains qui ont en commun l’imprévisibilité de leur avenir collectif.

On ne peut jamais prévoir une visite sur le toit du monde qui nous appartient. Son entrée est fermée à ceux qui sont conscients de vouloir y aller. Le chemin menant à cet espace-temps de vie vivante est inconnu et, surtout, aléatoire.

Il faut se laisser porter: à gauche par le hasard, tout droit avec la folie, à droite en toute spontanéité; errer à tâton inconsciemment à coup d’instinct.

Vivre. Vivre. Sur-vivre tout ce qui nous tombe sous la main. Profiter de notre surexistence temporaire au-dessus, en dehors d’un monde réel qui cherche partout ailleurs pour se comprendre, à en oublier de s’écouter soi-même.

Vivre ce qui doit l’être, le temps d’un non-temps, sur le toit de ce monde qui nous appartient parce qu’on a osé le revendiquer et prendre en main ce qu’il avait à nous offrir.
***

Et le temps passe. Il est dix heures du matin sur la terre ferme, nous sommes loques exténués, mais le plus important est que nous avons vécu.

mardi 12 juin 2007

Chronique d’errance #7: le temps d’une transmission de kebab

Écrite dans un café sur Nowy Swiat, à Varsovie (Pologne), le 9 juin 2007. Un peu trop précise pour une chronique d’errance, mais trop errante pour être autre chose...

Elle m’a regardé avec des yeux «Emmène-moi loin d’ici parce que j’ai encore le goût de rêver et j’ai l’espoir comme un puit sans fond». Interprétation spontanée. J’ai soutenu le regard. Juste pour voir, juste pour le comprendre en profondeur. Et elle l’a soutenu aussi.

Elle a dû me dire quelque chose comme «bon appétit» en me donnant mon kebab et un sourire.

Elle est minutieuse. Lorsqu’elle dépose la salade dans une assiette aussi jetable que sa vie, que les miennes successives, que toutes ces vies qu’on croit irremplacables mais qui le sont si facilement finalement quand on finit par les perdre ou les terminer. Chaque humain est plus fort que son monde ambiant, même s’il a peur de l’admettre. Ça fait peur d’être unique.

«Emmène-moi loin d’ici», disaient ses yeux. Je crois, du moins. Pas qu’elle n’aime pas sa vie. Elle trouve du positif dans tout, même son travail: il y aura toujours les yeux des clients pour la faire voyager dans des coeurs le temps d’une transmission de kebab; il y aura toujours cette salade à déposer avec attention pour le client qui ne s’en rendra probablement jamais pas compte mais elle s’en fout, parce que c’est à elle-même qu’elle fait plaisir en voulant faire plaisir. De toute façon, c’est mieux comme ça. Les gens ont souvent peur qu’un étranger leur fasse plaisir. Un coeur ça ne s’ouvre pas si facilement, surtout pas pour une inconnue.

Cette jeune-fille-espoir-sur-deux-pattes n’est pas seule à être unique. Et elle réussira. Sa vie, ses vies, ou autre chose. Ce qu’elle veut. Parce qu’en carburant à l’espoir – naïf-, en serrant fort dans son âme le positif des labeurs quotidiennes et même celui retranché dans un coin lumineux des grandes tragédies, elle est plus forte que la vie et ses aléas.
***

Il n’y a pas eu entre nous un mot intelligible échangé dans une lingua franca. Il n’y a pas eu d’amour, pas même de séduction. Il n’y a eu qu’un «ne lâche pas, tu n’es pas seul» réciproque, transmis par un regard interprété.

Peut-être – sûrement – ne l’a-t-elle pas interprété ainsi, ce regard. Mais je l’ai bel et bien vu grandir en bonheur à chaque miliseconde du regard où un mur de non-confiance de plus s’écroulait entre nous, ces deux inconnus remplis d’un espoir trop naïf, et nous rapprochait de l’ouverture d’âme totale.

Peut-être l’a-t-elle interprété autrement. Mais je m’en fous un peu, même si j’espère lui avoir fait du bien autant qu’elle m’en a fait. Je m’en fous, comme elle se fout qu’on ne remarque pas qu’elle dépose minutieusement la salade dans l’assiette. Elle s’en fout, même que ça l’arrange. Parce qu’elle peut ainsi donner aussi à ceux qui ont du mal à recevoir.

lundi 28 mai 2007

Chronique d’errance #5: le silence

Écrite et enregistrée dans le bruit casablancais le 26 mai 2007

Version audio

C’est fou comme le silence est fort. Il peut faire encore plus de bien que les mots. Et encore plus de mal.

Ça devrait pourtant être inoffensif un silence, de par sa nature même: un vide, une absence de concrétude, un non-lieu, une anti-existence. Mais non. C’est rempli de sens, de sur-sens, d’hyperliens sensoriels aux aboutissements et aux conséquences infinies.

Les silences qui font du bien existent quand les mots ne sont pas dignes, pas assez forts, pas assez intenses pour représenter ce qui arrive. Ils surgissent dans ces moments arrêteurs de temps, videurs de monde ambiant, unificateurs d’espace-temps, rassembleurs d’existence dans des points de réalité surréelle qui font de ceux qui les vivent, qui occupent leur centre, des personnifications de plénitude, des bonheurs sur deux pattes. Pas besoin de mots quand tout est clair. Et clairement beau.

(Silence)

Et il y a les silences qui font mal. Quand il devrait y avoir des mots pour expliquer, pour pardonner, pour s’en vouloir, pour se détester, pour s’aimer, pour comprendre, quoi, mais qu’il n’y a pas de mots. Pas de bouche qui s’ouvre le coeur, fermé à double tour pour une raison qu’on ne connaît pas.

Ce n’est pas l’absence de sons en soi qui fait mal. C’est l’absence de possibilité de comprendre créé par les mots non-dits maudits.

Ce qui fait mal, c’est le trou noir dans lequel s’enfoncent nos pensées illimitées, l’avalanche d’hypothèses bâties sur du vent, parce qu’il n’y a pas de mur de réponses pour nous arrêter de supputer, à la recherche de la compréhension.

Face au silence radio de ce que l’on voudrait comprendre, s’expliquer, juger; face à ce vide rempli de sens, il y a le soi impuissant avec ses mitraillettes de mots en manque de cible. Et plus il y a le silence, plus les armes qu’on voudrait de paix, d’intercompréhension, se braquent et se fourbissent de délire.
***

Le silence peut faire mal. Très mal.

Le silence qui fait mal crée l’incompréhension. L’incompréhension engendre la folie de ne pas comprendre. La folie – la guerre. La guerre fait mal à tout le monde même si on peut la ressentir, la croire libératrice. Et les victimes, c’est soi et l’autre qui ont eu peur de chercher à se comprendre pour être heureux.

jeudi 10 mai 2007

Chronique d’errance #4: le mode écoute

Écrite à Casablanca, le 29 avril 2007

Plus le coeur bat vite, plus on se rend compte de son existence. On l’avait presque oublié, son coeur, à force de vivre dans le monde accaparant des gens et des choses.

La peur, l’amour, le malheur profond, le bonheur intense; toutes des émotions qui poussent à l’éveil des sens, au réveil des sensibilités oubliées, perdues. On entend plus fort plus précis; on sent la chaleur ou la froideur des gens, comme s’ils nous projetaient leur aura en pleine face sans le savoir.

On est en mode absorption. On pourrait avaler des montages d’émotions des autres parce qu’on est un puit sans fond; ou plutôt un puit qui s’était imposé un fond, sans le savoir peut-être, qui s’était fermé parce qu’il ne voyait plus l’espace-temps d’être ouvert. On absorbe, mais encore plus inattendu, on comprend, on co-sent, on co-ressent ce que les passants inconnus du boulevard X jettent dans notre puit, sans qu’ils s’en aperçoivent. Et leurs émotions du moment, en nous tombant dans le corps, frappent les parois de notre être hypersensibilisé et y laissent des fragments; des poussières de profondeurs d’âme, des échantillons ADN-isés qu’on est capable d’analyser, non par supériorité émotive, ni grâce à un quelconque don du ciel, mais par le simple fait que nos oreilles de coeur viennent tout juste d’être ouvertes, grandes ouvertes par une émotion-tremblement-de-coeur. Boom boom. Boom boom. Plus vite. Plus fort.

Le mode écoute. Tout devient plus clair, ou plutôt, tout devient clair. Poussé à l’écoute par la secousse, on n’a pas d’autre choix que de comprendre. Et ça fait du bien de comprendre, pour une milliseconde, quelqu’un d’autre que le pour soi-même incompréhensible soi.

vendredi 27 avril 2007

Chronique d’errance #3: La peur et les néants / la confiance et l’espoir

Écrite dans mes lieux de vie casablancais. Enregistrée sur mon balcon du Maârif le 21 avril 2007

Version audio

Il y a de ces moments où le futur, même le présent, font peur. Parce qu’ils sont vides. Vides de tout fondement, de tout repère, autre que la personne que l’on est.

Il y a soi, son bagage, et le néant du moment, et le néant du futur, et le néant du passé aussi, parce que tout ce qu’on a pu accomplir avant aujourd’hui ne compte plus quand on a tout laissé tomber sur un débattement de coeur.

Il y a soi, seul, devant une montagne d’inconnu. Et quand il y a la fatigue, la montagne est encore plus haute, parce qu’il y a les trous de courage, les abysses de confiance.

Et sur cet îlot de soi-même, à ce moment précis de notre existence en naufrage ponctuel, on donnerait la seule chose qui nous reste, notre tout et notre rien, notre liberté sans limite - ou presque - pour ne plus continuer tout seul.

On voulait tellement y arriver tout seul. On y est arrivé parfois, souvent même. On pourrait probablement, certainement, continuer encore comme ça: bûcher sans relâche pour défricher notre chemin à soi et finir à chaque fois sur les rotules, exténué, mais porteur au bout de nos bras meurtris d’un aboutissement, d’un accomplissement qui ne pourrait pas être plus nous-mêmes.

Oui, on y croit qu’on pourrait continuer comme ça pendant des années. On y croit dans les jours où la volonté, droguée à la confiance et l’espoir, est plus forte que la peur des néants imminents.

Mais la drogue, il paraît que ce n’est pas bien. Ça altère les sens: la volonté d’avancer devient, sans réflexion aucune, plus forte que les attaches, que les sentiments d’être bien, d’être bien à notre place; et on est sans compromis, malgré les autres, pauvres les autres de nous aimer, d’endurer nos «high» et nos «down».

Et quand on arrive au bout de l’effet, on est déjà plus loin, trop loin, et seul. Trop seul. Avec les souvenirs et les cicatrices de nos excès de soi-itude.

Seul avec les néants du présent, du passé et du futur. Et c’est tout ce qu’on mérite, parce qu’on l’avait cherché, même si finalement ce n’est peut-être pas exactement ce qu’on voulait…

***

Mais l’espoir et la confiance finissent par revenir alimenter la machine à excès de soi. Et ils sont (malheureusement?) plus fort que la raison: et on se dit à nouveau que les néants, ce sont des réalités qui attendent simplement qu’on les construisent.

samedi 21 avril 2007

Chronique d’errance #2: Quitter le malheur

Enregistrée et écrite sur les terres argileuses, instables, mais vraies de Sologne (France), le 1er avril 2007...

Version audio

C’est tellement plus facile de quitter le bonheur que le malheur. Le bonheur, on peut le laisser là, avec son sourire, sa soif de vivre à revendre. Et partir, l’âme en paix.

S’il est assez grand, s’il est assez fort et surtout, s’il a assez confiance, il va continuer sa route. Il va foncer à vive allure, avec une petite parcelle de nous ancrée solidement en soi et qui va l’aider à ne pas avoir peur. Il va vivre, et nous aussi. Parce qu’on ne se fera pas de mauvais sang pour lui.

Mais partir, un désordre de coeur en tête, un inaccomplissement sur la conscience; partir avec l’idée qu’on n’a pas tout fait pour sauver les meubles de la maison qui nous brûle sous les yeux, nous brûle les yeux; partir sur une césure dans le parcours des mots qui nous reflètent l’état d’âme, même si continuer, même si rajouter des lettres quand il y en a déjà trop ne servirait à rien; partir devient un abandon de navire. Par le matelot ou le capitaine, peu importe. Un abandon de navire par quelqu’un qui se dit qu’il aurait pu encore faire quelque chose parce qu’il y avait sûrement quelque chose à faire d’impossible pour éviter l’abîme.

Alors on retarde. On retarde le départ, par devoir, par orgueil peut-être, par honneur c’est possible, par amour, j’espère par amour, parce qu’on se dit que c’est la seule chose qui peut nous pousser à se faire aussi mal en espérant en ressortir ne serait-ce qu’une once de bonheur, même si ça ne se pèse pas le bonheur, même si dans le fond, on en voudrait toujours plus.

Et vient le jour où l’on doit partir, parce qu’il le faut; parce qu’il a fallu qu’il y ait une limite à tout ça; parce que la non-vie ne pouvait plus continuer jusqu’à notre mort. La limite, c’est un précipice. Un précipice qu’on déboule mètre par mètre, pierre par pierre, jusqu’à atteindre le fond, la terre ferme.

Puis ensuite, on doit remonter. Parce qu’il le faut, c’est tout.

On hésite. On remonte à petits pas en se réapprivoisant les sens qui ont repris leurs esprits, un peu, de plus en plus, plus ou moins.

On remonte, tranquillement, parfois en se disant qu’on devrait peut-être revenir sur nos pas et on prie pour ne pas s’écouter l’inconscience qui cogne pour nous sortir de notre courage d’aller à contre-courant pour notre bien.

Et après…après…après tout, après rien, après le déluge, moi.

jeudi 19 avril 2007

Chronique d’errance #1: Le choc culturel

Écrite et enregistrée à Lille (France), fin mars 2007, sur un coin de parc au centre-ville…

(Version audio)


On se sent tellement loin de ce qui est trop proche pour être différent. Mes plus gros chocs culturels, je ne les ai pas vécu là où on parle des mots que je ne comprends pas, ni là où les peaux, les yeux, sont différents. Non, parce qu’on s’y attend d’être différent à ces endroits-là. Et on ne recherche pas notre place. On sait déjà qu’on en n’a pas vraiment. Où plutôt, que notre place, c’est celle de l’étranger, une place à part, particulière, où notre plus grand apport à la société c’est justement d’être ce que les autres ne sont pas.

Là où on est clairement défini comme «l’étranger», on n’a pas à faire comme les autres, à rentrer dans l’un des moules disponibles et qui ne cadrera jamais parfaitement avec nous.

C’est pourquoi, on peut plus que n’importe où, peut-être même plus que chez soi encore, rester soi à l’intérieur. Si on est assez fort pour vivre envers et contre tout ce qui nous entoure, évidemment.

Mais là où on est presque chez soi, là où on n’est pas assez différent sur la forme pour qu’on nous laisse naturellement l’être sur le fond des choses, ce n’est pas aussi évident.

Et c’est là, dans ces endroits qui sont juste assez nous pour qu’on soit poussé à s’y intégrer, mais juste assez étranger pour que ca fasse mal de s’y adapter, qu’on ressent en pleine face le choc culturel. Parce que dans le fond, le choc culturel, s’il est là, même fort, même tranchant, s’il ne nous demande pas de se changer le fond de l’âme, il est plus beau que douloureux. Plus intriguant qu’exigeant.

C’est pour cela donc que la France a fait plus mal que la Bosnie (ou le Maroc…) au Québécois que je suis. Et c’est pour cela, encore plus, pour le provincial que je suis, que Montréal a pu être plus cruelle que Moscou.

dimanche 15 avril 2007

Chroniques d’errance (introduction aux)


Je me lance. Avant que ceci passe. Ceci, ce n’est pas un lieu, ni un moment. C’est un état. Un état d’âme: l’errance.

Pour un bien ou pour un mal, elle nous court dans la tête, cherchant des solutions ou des problèmes, cherchant des sens.

Dans son essence même, l’errance mène partout et nulle part; elle mène à soi, mais à un soi sans fin, inassouvissable, intarissable, indésespérable. Et le but est précisément la recherche infinie, infinissable, l’accomplissement dans l’inaccomplissable.

L’errance. Avant que ceci passe, parce que ça passera peut-être. Peut-être que le nomadisme se guérit – si maladie il y a – ou du moins se tarit, à force de semelles trouées, de coeurs usés, d’espoirs génocidés par les routes infinies vers un chez soi qui n’existe toujours que partiellement.

L’errance, ce n’est pas le malheur. À moins de le vouloir ainsi. Pour moi, l’errance a plutôt été – et reste – une suite de bonheurs trop forts pour se maintenir en équilibre. Une suite de sauts périlleux entre lieux, temps et êtres, entre lesquels on se pète parfois la figure. Oser sauter, sans savoir ce qu’il y aura sur l’autre rive, voilà l’essence, la motivation de la vie d’errance.

«Ceci» passera. Je le souhaite, je crois. Mais je ne regretterai pas ces mots chargés de sens à découvrir qui m’auront gravité dans tout le corps à la recherche d’un orbite, d’un ordre des choses. L’errance est belle. L’errance est bel et bien formatrice. Et c’est pourquoi sa fin fait peur, même si on la désire souvent ardemment. Sa fin fait peur car on l’imagine fin du monde en mouvement, début d’un cercle fermé, d’un cercle vicieux qui ne s’interrompra qu’à la mort. Alors on erre, jusqu’à trouver mieux. Mieux, ce serait une niche qui nous donnerait le confort sans l’indifférence; mais en attendant cette utopie, ou que ceci passe, on ne peut qu’errer…
***

Errance. Le mot, je l’ai en quelque sorte emprunté à Raymond Depardon (merci Adeline), qui a photographié et décrit l’errance (Errance, Seuil, 2004), la sienne, sans trop savoir où ça le mènerait.
J’ai emprunté le mot, parce que le photographe m’a transmis le mot le plus juste face à ce que je ressentais. Mais ça reste un mot. Et à chacun de se le définir. À travers mes chroniques d’errance, je vous offrirai mes parcelles de définition de cet état d’esprit, au fil de son existence en moi.