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jeudi 6 septembre 2012

Allers simples: aventures journalistiques en Post-Soviétie

Mon récit Allers simples: aventures journalistiques en Post-Soviétie (éditions La Peuplade) est en librairie partout au Québec et au Canada depuis le 28 août 2012. Vous pouvez également le commander en ligne sur Amazon, Rue des libraires, Renaud-Bray, Archambault, et bien d'autres.

En Europe: Allers simples est sur les tablettes de la Librairie du Québec à Paris depuis le début octobre. Il est aussi disponible sur commande dans les librairies de France, Belgique et Suisse, ou sur Amazon.

Allers simples est également en version électronique (EPub ou PDF) depuis la fin novembre sur différents sites, dont Rue des libraires . Pour la liste complète voir le blogue de La Peuplade.

Il est également possible de lire les vingt premières pages d'Allers simples en PDF sur le site de Renaud-Bray.



Quatrième de couverture

À coups d’allers simples, le journaliste québécois Frédérick Lavoie parcourt le monde et le questionne. Le reporter – voyageur curieux et insatiable – nous emmène sur les routes de la « Post-Soviétie », ensemble géopolitique balloté entre Europe et Asie, uni par un passé commun et un avenir incertain. Entre les espoirs révolutionnaires de jeunes Biélorusses dans une prison de Minsk, le discours haineux de néo-nazis à Vladivostok, les malheurs d’une pauvre babouchka ouzbèke dans la dictature turkmène et les rêves de grandeur d’une chef de village tchétchène, il nous livre quelques moments de la vie des ex-Soviétiques qu’il a côtoyés lors de ses reportages aux quatre coins de l’empire déchu. Allers simples dévoile des réalités d’habitude inaccessibles.


Né en 1983 à Chicoutimi, Frédérick Lavoie est journaliste indépendant, basé à Moscou depuis 2008. Il collabore régulièrement avec La Presse, Radio-Canada et des médias français, belges et suisses Allers simples est son premier livre.

Les lancements

Critiques

«Avec sobriété, assumant sans jamais fléchir le rôle du grand témoin plus que celui du touriste, Lavoie revisite dans Allers simples ses carnets de notes et ses anciens reportages pour nous donner à voir et à comprendre. Un récit parfois minutieux de certains événements qui ont marqué cette région du monde depuis quatre ou cinq ans (interventions militaires, conflits ethniques), rythmé de rencontres et de tentatives de comprendre et d’expliquer aux profanes ce qui se cache derrière les apparences. " La Russie,écrit-il, est une tragédie millénaire qui s’entretient elle-même par son orgueil mal placé, son intransigeance et les passions qui en découlent. " Mais qui dit orgueil, passion et jusqu’au-boutisme dit aussi parfois surprise, générosité, exubérance et personnages hauts en couleur. C’est l’autre côté d’une médaille que le voyage hors des sentiers battus permet d’apercevoir.»
                 – Christian Desmeules, Le Devoir, 8 septembre 2012 (Dans «Montages russes»)

« C’est une histoire qui est racontée ici, la petite histoire d’un gars de Chicoutimi parti se frotter à la grande, à hauteur d’homme. De son arrestation en Biélorussie, pour avoir pris part à une manifestation contestant la réélection sans doute truquée d’Aleksander Loukachenko, en 2006 – il passera 15 jours dans les geôles de l’Akrestina – à ses reportages sur le Kazakhstan, le Turkménistan et autres pays en «…stan», tout passe par le regard d’un témoin sans préjugés, qui regarde les gens dans les yeux et a compris que le meilleur passeport pour une certaine vérité humaine est la discussion, le repas partagé, la soirée amicale entouré de «spoutniki», ou compagnons de route.»             
               – Tristan Malavoy-Racine, Voir, 20 septembre 2012 (Dans «Tintin chez les Post-Soviets»)

«C'est cet intérêt pour les gens derrière l'actualité qui fait la force du livre. À cheval entre le carnet de voyage et le grand reportage, Frédérick Lavoie distille dans ses différents récits une dose de subjectivité impossible dans un article. Il y présente des éléments de vie quotidienne et raconte les nombreuses files d'attente (imposées par la bureaucratie, par la nonchalance des systèmes de transports, etc.), et les improbables rencontres qui ne peuvent se produire qu'en bourlinguant sac à dos à l'épaule et dans des taxis collectifs. Allers simples donnera le goût de la bougeotte à ses lecteurs ainsi que l'impression de mieux comprendre ces sociétés complexes et lointaines.»
              – Daniel Dubrûle, La Presse, 14 septembre 2012 (Dans «Voyages post-soviétiques»)


« Le jeune journaliste indépendant d’origine saguenéenne Frédérick Lavoie parcourt la planète, une plume à la main. Son regard affûté transparaît dans ce captivant périple parmi les anciennes républiques de l’URSS. Vingt ans après le morcellement de l’empire, les ex-Soviétiques rencontrés en Abkhazie, au Kazakhstan, au Kirghizstan, en Ouzbékistan, au Turkménistan ou en Tchétchénie partagent tous des espoirs et des malheurs communs. On rencontre de jeunes révolutionnaires biélorusses et des néonazis de Vladivostok, on grimpe dans des autobus déglingués, on côtoie la guerre et la censure, on boit de la vodka infecte. Ce recueil sensible, maîtrisé et humain ballotte son lecteur à l’autre bout du monde. Et on adore l’expérience... »
               – Revue Le Libraire, numéro 72, septembre-octobre 2012. (La revue en PDF ici)

«En tant que lecteur, c'est le genre de journalisme dont on a besoin.»                  
              – Catherine Perrin, Médium Large/Radio-Canada, 4 septembre 2012. (L'entretien complet ici)

« Frédérick Lavoie est un aventurier moderne qui montre la face cachée du monde. Un récit fascinant, vivant et dérangeant. J’ai lu cela comme un roman d’aventures. L’auteur se trouve une petite place dans des taxis, les trains pour de longues excursions dans des pays abandonnés à des illuminés, faisant face à des policiers qui ne répondent à aucune loi. Une façon nouvelle d’échapper aux formatages des médias pour nous montrer des gens qui vivent, souffrent, rêvent, se débattent pour un avenir meilleur même quand tous les horizons sont cousus de barbelés. Des récits touchants, souvent émouvants et fascinants. Un style direct, alerte, parsemé de petites réflexions sur la vie, la liberté, le goût du risque qui le fait courir au-devant de tous les dangers. J’en suis sorti secoué et un peu troublé. Frédérick Lavoie m’a fait comprendre que je connais bien mal cette planète même si j’ai toujours le nez dans les journaux. » 
              – Yvon Paré, Le Progrès-Dimanche, 9 septembre 2012 (dans «Frédérick Lavoie, l'aventurier des temps modernes»)

Entrevue dans la revue Le Libraire, numéro 73, novembre-décembre 2012, à lire ici


jeudi 29 avril 2010

Jets d'oeuf et gaz fumigènes au Parlement ukrainien

Article publié dans La Presse le 27 avril 2010

(Moscou) Lancers de fumigènes et d'oeufs, combats à mains nues entre députés: le parlement ukrainien s'est transformé en vrai champ de bataille, hier, lors de la ratification d'un important accord stratégique avec la Russie. Selon l'opposition ukrainienne tout juste chassée du pouvoir, l'entente qui prolonge de 25 ans la présence de la marine russe sur son territoire menace la souveraineté du pays.

Habitué de la météo parlementaire ukrainienne souvent orageuse, le président de la Rada, Volodymyr Litvine, avait prévu le coup hier. Il s'est présenté au travail accompagné de deux gardes du corps tenant de grands parapluies noirs.

Même lorsqu'un oeuf lancé par un député de l'opposition pro-occidentale a percé la défense des parapluies et l'a atteint, Litvine est resté impassible.

Entre deux toussotements causés par l'épaisse fumée qui envahissait le parlement, il a fait voter les députés sur l'entente conclue une semaine plus tôt par le nouveau président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, et son homologue russe, Dmitri Medvedev. Au final, le texte a été adopté par une courte majorité de 236 députés sur 450.

Flotte contre gaz à rabais

À l'extérieur du parlement, les partisans des deux camps, séparés par une ceinture policière, ont manifesté vigoureusement pour et contre la ratification de l'entente.

L'accord prévoit le maintien jusqu'en 2042 de la flotte russe de la mer Noire, stationnée dans la presqu'île de Crimée. En échange, l'Ukraine bénéficiera d'un rabais de 30% sur le gaz naturel russe, ressource essentielle pour le fonctionnement de son industrie lourde énergivore.

À Moscou, 30 minutes après les échauffourées à Kiev, la Douma (Chambre basse) a ratifié le même accord à l'unanimité, hormis l'abstention des ultranationalistes, opposés au rabais sur le gaz.

Durant les cinq ans du mandat de l'ex-président ukrainien pro-occidental et nationaliste Viktor Iouchtchenko, la question du gaz a été une source de tension constante entre Kiev et Moscou.

En janvier 2009, faute de paiement, la Russie a fermé les robinets gaziers durant près de trois semaines à l'Ukraine. Une bonne partie de l'Europe a aussi été privée de gaz en pleine vague de froid, 80% du gaz russe qui y est destiné transitant par le territoire ukrainien.

Le président Iouchtchenko, battu au premier tour de la présidentielle en janvier, avait auparavant bien fait comprendre à la Russie qu'il n'entendait pas renouveler le bail de la flotte russe après l'échéance de 2017 et qu'elle ferait mieux de commencer à plier bagage.

Poutine intervient

L'arrivée au pouvoir de Viktor Ianoukovitch, plutôt pro-russe, a changé la donne. S'il a réservé sa première visite officielle à Bruxelles pour rassurer l'Occident, il a néanmoins entrepris de renouer les liens avec l'allié historique russe.

L'opposition ukrainienne n'a toutefois pas dit son dernier mot. L'ex-première ministre et candidate défaite à la dernière présidentielle Ioulia Timochenko a appelé ses partisans à manifester de nouveau le 11 mai.

Son but: «Bloquer le travail du Parlement et obtenir des élections anticipées» qu'elle espère remporter pour annuler le traité.

Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a de son côté qualifié de «hooligans» les députés de l'opposition ukrainiens, se réjouissant que les heurts n'aient pas empêché la ratification du traité. Il a aussi rappelé que lorsque Timochenko était à la tête du gouvernement, la politicienne populiste n'avait jamais clairement pris position contre la présence militaire russe en Crimée.

Selon un récent sondage d'un institut ukrainien, 65% de la population du pays est opposée au maintien de la base navale russe en Crimée.

vendredi 19 février 2010

Les cinq travaux de Viktor Ianoukovitch

Texte publié dans La Presse et La Tribune de Genève le 9 février 2010.

(Moscou) Viktor Ianoukovitch a pris sa revanche. Celui qui avait été humilié par la Révolution orange prodémocratique en 2004 après une victoire frauduleuse deviendra finalement président de l'Ukraine, à l'issue du scrutin serré de dimanche dernier. La tâche devant lui est colossale. Le pays est empêtré dans des querelles politiques et la crise économique l'a dévasté. Voici cinq travaux qui attendent le nouveau président des 45 millions d'Ukrainiens.

1. Devenir président

La première tâche du nouveau président sera... de devenir président, croit le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. La première ministre Ioulia Timochenko, battue par un peu plus de 3%, n'a toujours pas concédé la victoire et crie à la «fraude électorale». Selon M. Fessenko, elle voudrait ainsi forcer le gagnant à chercher un compromis avec elle, espérant conserver son poste de première ministre.

Pour réellement prendre le pouvoir, Ianoukovitch devra réussir à former une nouvelle coalition parlementaire en cooptant des ex-révolutionnaires oranges, alliés de Timochenko et du président sortant Viktor Iouchtchenko, qui disposent actuellement de la majorité à la Rada (Parlement ukrainien).

2. Renouer avec Moscou

En politique extérieure, Ianoukovitch devra relancer les relations avec Moscou, très tendues sous le président sortant pro-occidental Viktor Iouchtchenko. «Il ne sera pas pour autant prorusse», nuance M. Fessenko, directeur du Centre d'études politiques Penta, à propos de celui qui était perçu comme le «candidat du Kremlin» en 2004.

Preuve d'une intention de se rapprocher de Moscou avec modération: avant l'élection, le camp Ianoukovitch n'a pas voulu prendre de position claire sur la reconnaissance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie-du-Sud et d'Abkhazie, une question chère au régime russe.

3. Rassurer l'Europe

Depuis la révolution Orange, Ianoukovitch n'a pas bonne presse en Occident. Le russophone de 59 ans a de la difficulté à se défaire son image d'antioccidental et à faire oublier ses trois ans d'incarcération pour vol, coups et blessures durant sa jeunesse. L'ouverture à l'Europe durant les cinq années postrévolutionnaires a toutefois diversifié les intérêts du pays et de ses propres alliés, rendant essentiel le maintien d'une bonne relation avec le Vieux Continent.

4. Remettre l'économie sur pied

Ravagée par la crise économique, l'Ukraine compte sur le financement occidental pour se remettre à flot, elle qui a vu son PIB reculer de près de 15% l'an dernier. En raison de l'instabilité politique, le Fonds monétaire international a gelé ses prêts l'automne dernier. Ianoukovitch devra convaincre l'organisation de la fiabilité de son pays.

5. Signer la paix gazière

Pour espérer stabiliser son pays, Viktor Ianoukovitch devra régler pour de bon la question du gaz, à l'origine de plusieurs conflits avec la Russie et de la perte de confiance de l'Europe envers l'Ukraine.

En janvier 2009, accusant Kiev de retard de paiement et de vol de gaz, Moscou avait fermé les robinets pour l'énième fois. Plus de 80% du gaz russe destiné à l'UE transitant par le territoire ukrainien, une bonne partie de l'Europe s'était retrouvée sans chauffage en plein coeur d'une vague de froid.

L'Ukraine élit la bête noire de la Révolution orange

Texte publié dans La Tribune de Genève le 8 février 2010.

Le chef de l’opposition Viktor Ianoukovitch a remporté hier le deuxième tour de l’élection présidentielle ukrainienne. Selon les sondages à la sortie des urnes, celui-ci aurait obtenu entre 48 et 50% des voix, contre 44-45% pour son adversaire, la première ministre Ioulia Timochenko. Détail piquant: plus de 5% des électeurs ont voté contre tous les candidats.

Ironie de l’histoire: c’est la deuxième fois que Viktor Ianoukovitch remporte un deuxième tour d’élections présidentielles. Mais, en 2004, le «candidat du Kremlin» d’alors n’était pas devenu président pour autant. Renversé par les manifestations monstres de la Révolution orange, dont Ioulia Timochenko était l’une des figures de proue, il avait dû concéder un troisième tour, gagné par Viktor Iouchtchenko.

Cette fois, c’est la bonne pour ce russophone de 59 ans, qui a purgé 3 ans de prison dans sa jeunesse pour vol, coups et blessures. L’homme ayant été exclu du pouvoir national depuis plus de deux ans, il sera difficile pour sa rivale de convaincre qu’il aurait massivement falsifié l’élection d’hier, malgré les résultats serrés.

Ioulia Timochenko entend tout de même descendre dans les rues avec ses partisans dès aujourd’hui. Elle veut contester l’élection en se basant sur quelques irrégularités observées et la confusion qu’ont entraînée les changements à la loi électorale votés jeudi au parlement, à l’initiative du Parti des régions de Ianoukovitch.

Pour faire contrepoids, le gagnant a déjà prévu une manifestation devant la Commission centrale électorale à Kiev ce matin, où il attend 50 000 de ses fidèles.

Apathique et désabusée par des années de guerres interclaniques au pouvoir, la population ne risque toutefois pas de suivre massivement les appels à manifester des candidats comme ce fut le cas en 2004, selon la plupart des observateurs ukrainiens. Après une bataille juridique et des négociations avec le camp Timochenko, Viktor Ianoukovitch devrait donc être investi en tant que quatrième président de l’Ukraine indépendante.

Entre cynisme et scandales

La journée électorale d’hier aura été à l’image de la campagne et de la vie politique ukrainienne: cynique, houleuse et semée de scandales. Avant même le début du vote, le cadavre d’un représentant de l’équipe Timochenko a été retrouvé à Ivano-Frankisk, dans l’ouest du pays. Les porte-parole de la première ministre ont rapidement lié à l’élection le décès de ce secrétaire de commission électorale locale, affirmant qu’il avait été tué en voulant défendre un coffre-fort rempli de bulletins de vote, attaqué par des voleurs. Les policiers avaient une tout autre version. L’homme serait plutôt décédé d’une crise cardiaque, bien loin de tout bureau de vote.

A Lougansk, un fief de Ianoukovitch à l’extrême ouest du pays, les travaux ont été perturbés dans au moins neuf bureaux de vote en raison d’appels à la bombe, y réduisant sensiblement le taux de participation. D’autres bureaux de vote ailleurs dans le pays ont été touchés par de longues coupures de courant. Mais, en dépit des quelques incidents observés, la commission électorale ukrainienne estimait hier en fin d’après-midi que l’élection se déroulait tout de même assez normalement.

Ukraine: le résultat quasi assuré d'être contesté

Article publié dans le quotidien La Presse le 6 février 2010.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle ukrainienne, demain, se terminera au mieux à la cour, au pire dans la rue. Les deux candidats en lice, le chef de l'opposition et favori Viktor Ianoukovitch, et la première ministre Ioulia Timochenko, promettent de contester les résultats en cas de défaite, sous prétexte de fraude électorale.

Les deux camps sont sur un pied de guerre. Les autocars sont déjà loués. À la moindre allégation d'irrégularité demain, les partisans du perdant dévaleront vers la capitale, Kiev, pour exiger l'annulation du scrutin.Ioulia Timochenko connaît bien le principe. En 2004, la blonde à la légendaire tresse enroulée autour de la tête était l'une des principales figures de la Révolution orange pro-occidentale. Pendant un mois, elle s'est tenue aux côtés de centaines de milliers de manifestants et du candidat Viktor Iouchtchenko sur la place centrale de Kiev, la «Maïdan», pour obtenir une reprise de l'élection frauduleuse. Avec succès.

Cette année, c'est elle la candidate. L'adversaire, lui, reste le même. Mais Viktor Ianoukovitch, victorieux du deuxième tour en 2004 mais perdant du troisième, n'entend pas se faire écarter du pouvoir encore une fois. «Il n'y aura plus jamais en Ukraine de Maïdan, ni de troisième tour», a-t-il prédit cette semaine, qualifiant la révolution orange de «page sombre» de l'histoire ukrainienne.

S'il y a des manifestations massives, il veut au moins que ce soit son camp qui les organise. Son Parti des régions a d'ailleurs déjà déposé une demande aux autorités municipales en vue de protester devant l'édifice de la Commission centrale électorale dès lundi. Il compte y rassembler 50 000 personnes pour une période indéterminée, sous le slogan «l'Ukraine pour des élections honnêtes».

Intrigue politique

Les trois semaines entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle auront connu leur lot d'intrigues politiques, démontrant la fragilité de la jeune démocratie ukrainienne.

Dernière ruse en date: jeudi, les députés fidèles à Viktor Ianoukovitch ont réussi à modifier la loi électorale en vitesse. Désormais, les commissions électorales locales, composées à parts égales de représentants des deux candidats, n'auront plus à observer un quorum des deux tiers des membres pour leur réunion.

Le Parti des régions voulait ainsi éviter un boycottage massif des représentants de Timochenko, qui aurait permis de faire dérailler le processus dans plusieurs régions du pays, explique l'analyste Petro Bourkovski, du Centre national d'études stratégiques de Kiev.

«D'un côté, ils ont voulu se protéger, mais de l'autre, cela fait en sorte que le résultat sera contestable. Ils ont donné à Timochenko une belle raison de le refuser et de se faire de la publicité là-dessus», estime-t-il.

D'autant plus que la première ministre n'a plus rien à perdre. Au premier tour, elle a obtenu 25% des voix, dix points derrière Ianoukovitch. Ses tentatives pour rallier les autres candidats «démocrates» derrière elle, comme Sergueï Tigipko (13%) à qui elle a proposé le poste de premier ministre, ont été infructueuses.

Le président actuel, Viktor Iouchtchenko, arrivé cinquième au premier tour, a donné un dernier coup de poignard dans le dos de son ancienne alliée en appuyant et en signant rapidement les changements à la loi électorale proposés par le camp Ianoukovitch.

Petro Bourkovski croit qu'à moins de fraudes massives, Ioulia Timochenko aura de la difficulté à renverser le résultat de demain, qui devrait être en faveur de Ianoukovitch, un russophone de 59 ans. Mais il espère surtout que les deux camps pourront trouver une entente pour éviter un autre long bras de fer politique, alors que le pays est durement atteint par la crise économique.

samedi 30 janvier 2010

Ukraine: Le pouvoir orange éconduit au premier tour

Article paru dans La Presse et La Tribune de Genève le 18 janvier 2010.

Kiev, Ukraine - Le favori pour la présidentielle ukrainienne, Viktor Ianoukovitch, s'est facilement qualifié pour le deuxième tour du scrutin hier. Le chef de l'opposition affrontera dans trois semaines la première ministre Ioulia Timochenko. Le résultat du round final s'annonce aussi serré que contesté.

Selon des résultats partiels, Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou en 2004 et humilié durant la révolution Orange pro-occidentale qui a suivi, a obtenu 37,32 % des suffrages. Ioulia Timochenko recueille 24,40 % des voix, après le dépouillement de 30,03 % des bulletins.

Avec 12 % d'avance sur l'ex-banquier Sergueï Tigipko, son passage au deuxième tour ne fait aucun doute. Cette élection sonne le glas du président actuel Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la révolution orange de 2004, qui a récolté moins de 5 % des voix, en cinquième place.

Si les sondages des dernières semaines donne Viktor Ianoukovitch gagnant au deuxième tour, Ioulia Timochenko n'entend pas baisser les bras. Hier soir, la dame de fer de la politique ukrainienne a appelé les " forces démocratiques " à se ranger derrière elle, estimant qu'elles représentent 60 % de l'électorat, pour " emmener l'Ukraine sur la voie de l'Europe civilisée ".

La première ministre de 49 ans faisait ainsi référence à ses anciens alliés de la révolution Orange, qui ont passé les cinq dernières années à s'entredéchirer pour le partage du pouvoir. Elle a promis de " tenir des discussions " avec certains d'entre eux, appelant aussi les électeurs du président Iouchtchenko, avec qui elle est à couteaux tirés, à l'appuyer.

Viktor Ianoukovitch compte lui aussi faire les yeux doux aux perdants et à leurs électeurs. Le russophone de 59 ans, peu charismatique, s'est présenté en rassembleur qui " prendra en considération le point de vue " de ceux qui n'ont pas voté pour lui.

Sergueï Tigipko et Arseni Iatseniouk, respectivement troisième et quatrième ont toutefois appelé pour l'instant leurs électeurs à ne voter pour aucun des deux finalistes.

Sans programme distinctif

Contrairement au duel de 2004 entre le prorusse Ianoukovitch et le pro-occidental Iouchtchenko, les deux candidats du deuxième tour de cette année se différencient plus par leur approche et leur personnalité que par leur programme.

Ianoukovitch se dit aujourd'hui favorable à terme à une intégration de son pays à l'Union européenne, alors que l'ex-orange Timochenko s'est continuellement rapprochée de Moscou au cours des derniers mois, sans délaisser ses liens avec l'Europe.

Si le résultat est serré, le perdant devrait profiter de la fragilité des institutions démocratiques et du système judiciaire du pays pour contester la validité du scrutin, en dénonçant de probables irrégularités. Viktor Ianoukovitch, a indiqué hier qu'il n'avait " pas confiance en le pouvoir actuel ", qu'il soupçonne d'avoir " l'intention de falsifier les résultats de l'élection ".

Ioulia Timochenko croit de son côté que le Parti des régions de son rival, qui détient le pouvoir régional dans l'est et le sud du pays, a tout le loisir d'y bourrer les urnes.

La commission électorale a de son côté écarté la possibilité de fraudes massives qui auraient pu influencer les résultats du scrutin d'hier.

Désabusée par cinq ans de bataille entre les différents clans au pouvoir, une bonne partie de la population ukrainienne a boudé les urnes hier. Le taux de participation n'a pas dépassé 67 %. Au premier tour de la présidentielle de 2004, il avait été de 75 %.

L'Ukraine a les bleus

Article paru le 15 janvier dans La Presse et le lendemain dans La Tribune de Genève.

Kharkov, Ukraine - Exsangue en raison de la crise économique, rongée par les guerres entre clans politiques, c'est une Ukraine désabusée qui votera dimanche pour élire son président. Ironie du sort, cinq ans après la révolution Orange pro-démocratique, le héros d'alors, Viktor Iouchtchenko, frôle le zéro dans les intentions de vote. Son grand rival défait, l'autre Viktor, Ianoukovitch, devrait quant à lui ravir la présidence, nous raconte notre collaborateur.


"Je n'en peux plus des politiciens!" Assis dans la cuisine de son appartement de Kharkov, dans l'est de l'Ukraine, Elena Naoumova zappe l'énième publicité électorale télévisée pour se réfugier vers une série américaine.

Cela fait cinq ans qu'elle "endure", comme les 46 millions d'Ukrainiens, les scandales et revirements politiques à répétition. La démocratie ukrainienne se forme à la dure. L'autoritarisme stable postsoviétique a cédé la place à une lutte constante pour le pouvoir entre différents clans aux accents mafieux.

La presse libre, l'un des seuls acquis de la révolution Orange qui fait assez largement consensus, en fait ses choux gras, sans ménager aucun candidat, alimentant du même coup le cynisme des électeurs.

Les lendemains de la révolution Orange

En décembre 2004, lorsque le candidat Viktor Iouchtchenko et ses partisans sont sortis dans la rue pour réclamer une reprise du deuxième tour de l'élection présidentielle, entachée par des irrégularités, Elena Naoumova a bien voulu y croire. Après un vote blanc au premier tour, elle s'était finalement ralliée à la révolution orange de l'ancien premier ministre pro-occidental, qui promettait des réformes en profondeur d'un système corrompu. "Nous avions tout de même un espoir qu'il puisse changer les choses", dit la marchande de livres dans la quarantaine. En vain.

Cette année, elle votera probablement pour l'autre Viktor, Ianoukovitch, le candidat le plus enclin, croit-elle, à aider les petits entrepreneurs comme son mari et elle. C'est lui qui avait remporté la dernière présidentielle, avant de perdre la reprise du scrutin, obtenue grâce à des manifestations monstres sur la place centrale de la capitale Kiev, orchestrées par le clan "orange" de son rival Iouchtchenko. Aujourd'hui, les sondages accordent à Ianoukovitch de 34 à 42% de la faveur populaire, loin devant les 17 autres candidats en lice.

Selon toute vraisemblance, il devrait remporter le premier tour dimanche, puis le second, le 7 février. Il s'agirait d'une douce revanche pour cet Ukrainien russophone de 59 ans peu charismatique. Il bénéficie notamment de l'appui des hommes les plus riches du pays.

Crédité de 4% des intentions de vote, le président Iouchtchenko n'est plus que l'ombre de lui-même. La déception envers l'homme porteur de tous les espoirs en 2004 ne s'est toutefois pas transformée en haine à son endroit, note Ioulia Jouravliova, journaliste à Nouvelle Vague, une radio locale de Kharkov. "Il est respecté. Sauf que ses efforts en tant que président ont surtout été mis dans des choses abstraites comme la construction de l'identité nationale ukrainienne. Mais ce qui intéresse les gens, c'est de savoir ce qu'ils vont manger demain. Il avait peut-être de bonnes intentions, mais ses projets venaient trop tôt", estime Mme Jouravliova.
La dame de fer en guerre ouverte

"Aujourd'hui, c'est comme si Iouchtchenko n'existait plus", ajoute Daria, 23 ans, la fille d'Elena. "On a l'impression que le pays est dirigé par Ioulia", dit-elle, en référence à la première ministre Ioulia Timochenko, l'une des principales figures de la révolution Orange, aujourd'hui en guerre ouverte contre son ancien allié Iouchtchenko.

Pas question par contre pour Daria d'appuyer la dame de fer de la politique ukrainienne, en deuxième ou troisième place dans les intentions de vote pour dimanche selon les sondages. "C'est une vraie leader, mais c'est une dictatrice!" lance celle qui compte voter "contre tous", comme plusieurs Ukrainiens désabusés.

En entrevue au magazine Fokus, fin décembre, Ioulia Timochenko ne cachait pas qu'elle souhaite diriger "d'une main ferme" le pays et imposer une "dictature de la loi". Elle reprenait ainsi une expression largement utilisée par Vladimir Poutine, le très populaire homme fort de la Russie voisine, critiqué pour son autoritarisme à l'étranger et louangé chez lui pour la stabilité politique qu'il a ramenée après les années de chaos politique sous son prédécesseur Boris Eltsine.

Si cette année les esprits sont moins échauffés qu'en 2004, et la population, moins intéressée par le scrutin, l'exercice demeure tout de même périlleux. Déjà, Timochenko, Ianoukovitch et d'autres candidats accusent leurs rivaux de vouloir falsifier les résultats du vote. Ils promettent tous de contester le résultat, tout d'abord devant la justice. Mais s'ils n'obtiennent pas gain de cause, ils n'excluent pas de prendre la rue encore une fois.

**** Comment vivre avec Moscou Les relations avec la Russie et l'Occident sont aussi au coeur de l'élection ukrainienne. Après un fort clivage entre pro-Russes et pro-Occidentaux lors de la dernière présidentielle, la plupart des candidats en sont venus à la conclusion qu'ils doivent maintenir de bonnes relations à la fois avec leur allié historique et l'Europe.