jeudi 22 avril 2010

Tourisme en Terre sainte... et occupée

Article publié dans la section Vacances/Voyage du journal La Presse le 10 avril 2010

C'est une terre qui a vu naître et errer le Christ. C'est aussi un haut lieu du conflit le plus médiatisé de la planète depuis plus de six décennies. Pourtant, le voyageur étranger peut se balader en Cisjordanie sans trop de problèmes. En pèlerin ou en touriste géopolitique.

Bien guidé en autocar climatisé vers les sites bibliques, on peut même presque oublier que la Cisjordanie est un territoire occupé. Palestiniens et Israéliens semblent du moins essayer de le faire oublier aux fidèles.

À Bethléem, présumé lieu de naissance de Jésus, la basilique de la Nativité accueille des milliers de visiteurs par jour. Autour, les commerçants palestiniens chrétiens proposent des crèches et le divin enfant sculpté dans du bois d'olivier. Le centre-ville est propre, soigné. Les affaires passent avant la politique.

La politique, elle, se trouve quelques kilomètres plus loin, dans les camps de réfugiés qui s'accrochent à la ville. Dans ces camps, devenus au fil des décennies des quartiers bétonnés avec presque toutes les commodités courantes grâce à l'aide internationale, des enfants tout sourire jouent à l'ombre du mur de séparation. En construction depuis 2002, les Palestiniens l'appellent le mur de l'"apartheid" ou de "la honte".

Comme à Berlin durant la guerre froide, le béton a inspiré les graffiteurs locaux et étrangers, qui lui ont donné des couleurs. Un restaurateur de Bethléem a même inscrit son menu sur la section du mur située en face de son établissement!

Le mur est ainsi devenu - littéralement - un incontournable de la vie cisjordanienne. En traversant à pied l'un des postes d'entrée vers l'État hébreu, le touriste peut expérimenter ce que subissent quotidiennement les rares Palestiniens qui disposent encore d'un permis de travail pour Israël.

Derrière des vitres, des soldats israéliens vous somment d'avancer, de passer des contrôles similaires à ceux d'un aéroport et de présenter vos documents. Un passeport canadien assure un passage rapide, alors que certains Palestiniens sont refoulés.

Nous nous sommes déplacés en Cisjordanie grâce à l'efficace système de minicars et taxis collectifs. Sur la route, les colonies israéliennes perchées dans les montagnes sont difficiles à différencier des villages palestiniens.

Faire contre mauvaise fortune bon coeur

À Hébron, toutefois, le conflit saute aux yeux. C'est qu'ici, les colonies israéliennes sont non seulement en périphérie de la ville palestinienne... mais aussi en plein centre-ville.

Quelque 500 juifs fondamentalistes y sont installés depuis 1967, tout près du tombeau des Patriarches, site religieux mi-mosquée, mi-synagogue. La poignée de colons est protégée par environ 4000 soldats israéliens.

Les Palestiniens locaux ont décidé de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Plusieurs guides improvisés proposent de faire monter les étrangers sur les toits pour exposer l'occupation qu'ils vivent au quotidien.

Dans les petites rues marchandes de la vieille ville délabrée, les touristes se font rares. Au-dessus de l'une d'elles, les commerçants ont installé un grillage pour se protéger des déchets lancés par les colons qui habitent au-dessus.

À Ramallah, la capitale officieuse du non-État palestinien, les habitants locaux ne se retournent même plus au passage d'étrangers. Les travailleurs humanitaires et les diplomates y sont légion. Dans d'autres villes moins touristiques comme Naplouse, enfants et commerçants décochent des hello chaleureux ou gênés à la vue de touristes.

Alors, dangereuse, la Cisjordanie? En fait, la criminalité de rue y est moins élevée qu'en Israël. En une semaine passée dans cinq villes différentes, nous n'avons jamais ressenti la moindre agressivité à notre égard.

Pour ce qui est des troubles politiques, ils se prédisent à peu près comme la météo. Une annonce de construction de nouvelles colonies par le gouvernement israélien se traduit par une forte probabilité d'averse de pierres à certains endroits stratégiques. Les habitués sauront vous indiquer les lieux à éviter pour la journée, alors que la vie dans les territoires occupés suivra son cours.

Et si vous préférez tout de même ne pas vous aventurer seuls, différentes ONG engagées organisent des tours de "tourisme solidaire" d'une journée, généralement en partance de Jérusalem. Les guides vous dresseront un historique (pro-palestinien) du conflit et sauront vous faire remarquer certains détails de l'occupation qui peuvent échapper à l'oeil non aiguisé.

Attentat de Moscou: L'une des kamikazes avait 17 ans

Article publié dans les journaux La Presse et 20 minutes.

Moscou - À 16 ans, Djennet Abdourakhmanova a rencontré son mari sur l'internet. Un an plus tard, lundi dernier, elle s'est fait exploser dans le métro de Moscou pour venger la mort de ce dernier, tuant ainsi une vingtaine de civils.

Si elle n'était pas originaire du Caucase du Nord, le sort de Djennet Abdourakhmanova pourrait surprendre. Après tout, comme toutes les petites filles, il y a quelques années encore, elle lisait des poèmes en l'honneur de sa mère à l'école.

Mais la violence qui enflamme sa république natale du Daguestan a fini par la rattraper. À 17 ans, son nom s'est ajouté à la longue liste des "veuves noires", ces femmes de combattants rebelles du Caucase qui ont choisi l'attentat suicide pour venger la mort de leur mari.

Depuis 1999, des dizaines de femmes, principalement tchétchènes, sont devenues kamikazes en Russie. Elles se sont fait exploser dans le métro moscovite, dans des avions, à des concerts rock, près de commissariats de police. En 2002, elles étaient 19, ceinturées d'explosifs, à participer à la prise d'otages dans le théâtre de la Doubrovka à Moscou qui a fait 130 morts parmi les spectateurs.

Pour Djennet Abdourak-hmanova, tout est allé très vite. Selon le quotidien Kommersant, après qu'il l'eut rencontrée sur l'internet, Oumalat Magomedov l'aurait forcée à devenir sa femme. Sur des photos transmises hier par la police, on voit le couple enlacé, l'air complice, manier des pistolets et des grenades.

C'était avant qu'Oumalat Magomedov, surnommé l'Émir du Daguestan, meure le 31 décembre dernier, lors d'un échange de tirs avec la police à Khassaviourt, dans l'ouest du Daguestan.

Ensuite, toujours selon Kommersant, Djennet aurait été convaincue de se sacrifier par des "idéologues wahhabites" liés aux combattants rebelles.

Hier après-midi, le Comité antiterroriste de Russie a confirmé que Djennet Abdourakhmanova était bien la kamikaze du métro Loubianka, où se trouve le siège des services de sécurité russe (FSB).

Deuxième non identifiée

L'identité de la deuxième kamikaze n'a toutefois pas encore été révélée. Les enquêteurs ont nié qu'il s'agissait de la femme d'un leader rebelle tchétchène tué récemment, comme l'ont laissé entendre les médias russes hier.

Interrogé par le Moscow Times, un étudiant en médecine malaisien blessé légèrement lors du deuxième attentat à la station Park Koultoury a raconté que la femme non identifiée était vêtue d'un ample manteau violet et "ne portait pas de voile. Ses yeux étaient grands ouverts, comme si elle était droguée, et ils clignaient à peine. C'était effrayant", relate Sim Eih Xing, 23 ans, qui a quitté le wagon juste avant l'explosion.

Sur les photos avec son mari, Djennet Abdourakhmanova porte une tenue noire et un voile qui ne laisse paraître que son visage. Les kamikazes auraient donc laissé tomber la stricte tenue islamique avant de commettre leurs attaques suicide, qui ont fait au total 40 morts et plus de 80 blessés.

Hier, les autorités ont diffusé la capture d'écran d'une vidéo de surveillance du métro montrant un homme au long nez, portant un béret, soupçonné d'avoir aidé les kamikazes. Deux autres présumées complices, des femmes slaves, sont aussi recherchées.

Alors que plusieurs députés exigent le retour de la peine de mort pour les terroristes, abolie il y a quelques mois, le président Dmitri Medvedev a rejeté cette option. Le juriste de formation a plutôt réitéré son souhait de voir les responsables des attentats éliminés, appelant implicitement à leur assassinat extrajudiciaire.

Les islamistes récidivent en Russie

Article publié dans les journaux La Presse et 20 minutes le 1er avril 2010.

Moscou - Les islamistes du Caucase récidivent en Russie. Deux jours après la double attaque qui a fauché la vie de 38 civils dans le métro de Moscou, deux kamikazes se sont fait exploser hier devant le commissariat de Kizliar, petite ville de l'instable république du Daguestan, tuant 12 personnes.

Cette fois, les "martyrs" étaient des hommes. Et les victimes, principalement des policiers.

Peu avant 9h, deux agents de la circulation ont sommé le conducteur d'une voiture de s'immobiliser parce qu'il venait d'enfreindre le code de la route. Devant son refus d'obtempérer, ils se sont lancés à sa poursuite, et le conducteur a fait sauter les explosifs qu'il transportait - l'équivalent de 200 kg de TNT. Les agents sont morts, de même qu'une passante et le kamikaze lui-même.

Vingt minutes plus tard, alors qu'enquêteurs et ambulanciers s'affairaient sur les lieux, un deuxième kamikaze déguisé en policier s'est fait exploser. Neuf personnes sont mortes, dont le chef de la police locale et l'enquêteur principal.

Après plus de cinq ans sans attaque terroriste à Moscou, le double attentat commis lundi par deux femmes avait secoué le pays entier, frappé en plein coeur.

La routine...

Celui d'hier au Daguestan était presque routinier pour la pauvre république de 2,5 millions d'habitants. Le dernier attentat suicide remontait au 6 janvier. Il visait aussi un poste de police.

Entre les opérations antiterroristes menées par les forces fédérales et les attaques des islamistes, rares sont les jours calmes au Daguestan.

Dans les dernières années, des dizaines de policiers et de politiciens locaux y sont morts sous les balles ou les bombes des rebelles islamistes.

En juin 2009, par exemple, le ministre de l'Intérieur de la République a été abattu à l'arme automatique. Il avait déjà survécu à trois tentatives d'assassinat.

Avec la Tchétchénie et l'Ingouchie voisine, le Daguestan est le centre de la rébellion islamiste. Héritiers du mouvement indépendantiste tchétchène, les combattants radicalisés prônent désormais l'instauration d'un émirat dans tout le Caucase russe.

Hier, Dmitri Medvedev a rapidement lié les attentats du Daguestan à ceux de Moscou. "Tout cela, ce sont des maillons de la même chaîne", a déclaré le président russe, qui a appelé au renforcement des mesures de sécurité partout dans le pays et à l'élimination des responsables des attaques.

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L'attentat de Moscou revendiqué

Des rebelles islamistes ont revendiqué hier l'attentat de lundi dans le métro de Moscou. Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube, l'"émir du Caucase" autoproclamé Dokou Oumarov a indiqué que les deux femmes qui ont ensanglanté la capitale russe avaient agi sous son "ordre personnel".

Il a aussi exhorté les Russes à cesser de soutenir le gouvernement du premier ministre Vladimir Poutine, responsable selon lui de la mort d'innocents dans le Caucase. "Ce n'est pas la dernière opération", a prévenu en russe le Tchétchène de 45 ans, assis dans une forêt, vêtu d'un treillis militaire. "Je vous promets que la guerre arrivera dans vos rues, inch'Allah (si Dieu le veut), et vous la ressentirez dans vos propres vies."

En revanche, quelques heures plus tôt, un porte-parole des rebelles réfugié à Istanbul avait démenti dans une entrevue téléphonique avec l'agence Reuters que les rebelles de "l'Émirat du Caucase" soient responsables de l'attentat.

Attentats de Moscou: la piste des islamistes du Caucase privilégiée

Article publié dans le journal La Presse le 30 mars 2010.

Moscou - Deux attentats suicide dans le métro de Moscou hier matin ont fait 38 morts et plus de 60 blessés. Selon les autorités russes, les auteures seraient deux femmes liées à la rébellion islamiste dans le Caucase du Nord.

Le moment et le lieu avaient été choisis pour faire le plus de victimes possible: 7h57 et 8h36, lundi matin, dans des stations de métro du centre de Moscou, sur la ligne la plus fréquentée.

À la fermeture des portes, aux stations Lioubianka et Park Koultoury, les deux kamikazes ont fait détoner leur ceinture d'explosifs, tuant et blessant plusieurs passagers du métro.

Même si le métro moscovite n'avait pas connu d'attentats depuis plus de cinq ans, le modus operandi avait des airs de déjà-vu dans la capitale russe.

Quelques minutes avant de se donner la mort à quatre stations de distance, les deux femmes s'étaient engouffrées ensemble dans les profondeurs du métro. Selon les caméras de surveillance, l'une était "une jeune femme de 18-20 ans, au visage typique du Caucase et aux yeux marron".

Une jeune femme du Caucase, un peu comme celle qui s'était fait exploser à l'entrée de la station Rijskaïa en août 2004, faisant 10 victimes. Ou celles qui avaient participé, ceinturées d'explosifs, à la prise d'otages dans un théâtre de Moscou en 2002 (130 morts).

Les veuves noires

À l'époque, elles avaient été surnommées les "veuves noires". Plusieurs avaient perdu un mari, un frère ou un père, abattus par les forces de l'ordre russes lors d'opérations antiterroristes ou de "nettoyage". L'identité et le passé des deux kamikazes d'hier n'ont toutefois pas encore été déterminés.

Les autorités russes n'ont mis que quelques heures pour lier les deux femmes aux rebelles du Caucase du Nord, qui appellent à la formation d'un État islamique indépendant dans cette région historiquement trouble.

Plusieurs officiels anonymes et experts russes ont estimé que ces attentats pourraient être un acte de vengeance des rebelles après l'intensification des opérations antiterroristes dans le Caucase au cours des derniers mois. En mars, les forces russes ont tué trois des principaux leaders de la guérilla.

Le premier ministre de la Russie, Vladimir Poutine, a promis hier que les "terroristes" qui ont organisé ces attentats seraient "éliminés".

Dans la même veine, le président Dmitri Medvedev a indiqué que la lutte contre les "terroristes" se poursuivrait "sans compromis et jusqu'au bout".

À double tranchant

Nikolaï Petrov, politologue au centre Carnegie de Moscou, croit toutefois que l'intensification des opérations contre les rebelles peut s'avérer une arme à double tranchant pour le Kremlin.

"Le pouvoir comprend qu'une escalade de la violence dans le Caucase n'est pas du tout dans son intérêt, particulièrement en prévision des Jeux olympiques de 2014", qui se dérouleront à Sotchi, à quelques centaines de kilomètres de la Tchétchénie et de l'Ingouchie.

Selon lui, le Kremlin doit surtout briser le "cercle vicieux" qui entraîne plusieurs jeunes du Caucase à prendre le maquis pour venger leurs proches, innocents ou vrais rebelles, tués par les forces russes.

Sur les ondes de la radio libérale Échos de Moscou, la chroniqueuse indépendante Ioulia Latynina, experte du Caucase, a dit hier que le meilleur moyen d'empêcher ce genre d'attentat est d'offrir une "autre perspective d'avenir" aux jeunes des républiques pauvres du Caucase.

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Encadré: Contester le pouvoir dans le sang

De l'imam Chamil, qui combattit l'empire russe durant 30 ans au XIXe siècle, aux islamistes des dernières années, en passant par les indépendantistes tchétchènes de la décennie 90, le Caucase du Nord a toujours contesté le pouvoir russe. Le plus souvent dans le sang. Les attentats d'hier en sont le dernier épisode.

Entre la ville de Moscou et la région du Caucase, il y a un monde. La première est riche, instruite, relativement libérale. La deuxième dépend des subsides fédéraux, a un taux de chômage qui dépasse les 50% dans plusieurs localités et est fortement traditionaliste et religieuse.

Après une accalmie durant l'ère soviétique, les hostilités ont recommencé avec les velléités d'indépendance de l'élite politique tchétchène dès la chute de l'empire. Les Russes ont répondu par la bouche de leurs canons, craignant que la sécession tchétchène n'entraîne celle d'autres peuples.
Indépendance et religion

Militairement moins forts, des chefs de guerre tchétchènes se sont tournés vers le terrorisme. Au fil de la lutte, l'idée d'indépendance a pris une couleur religieuse. La mort du président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, tué par les forces russes en 2005, a signé la fin de la modération et des possibilités de dialogue entre les rebelles et Moscou.

Ses successeurs autoproclamés ont appelé à la guerre sainte pour former un émirat dans tout le Caucase du Nord. Ils ont exhorté leurs frères musulmans des républiques voisines d'Ingouchie et du Daguestan à s'unir à leur lutte. Depuis plusieurs années, autorités et experts estiment qu'il ne resterait guère plus que de 500 à 1000 rebelles cachés dans les forêts montagneuses de la région. Or, malgré les opérations antiterroristes incessantes des forces russes, qui éliminent régulièrement quelques dizaines d'insurgés, la rébellion tient bon et se régénère.

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Principaux attentats terroristes en Russie au cours des dernières années

Août-septembre 1999
Cinq attentats dans des immeubles en banlieue de Moscou font 293 morts. Vladimir Poutine accuse les indépendantistes tchétchènes d'en être les auteurs et lance la deuxième guerre de Tchétchénie.

Octobre 2002
Un commando tchétchène prend en otages plus de 800 personnes au théâtre de la Doubrovka à Moscou. Après trois jours, les forces russes lancent l'assaut à l'aide d'un gaz toxique: 130 otages meurent, la plupart en raison du gaz.

Février 2004
Un attentat à la station Avtozavodskaïa, revendiqué par un groupe tchétchène, fait 41 morts.

Septembre 2004
Une prise d'otages par un commando pro-tchétchène se termine par un assaut des forces russes. Plus de 330 morts, dont une majorité d'enfants.

Novembre 2009
Une bombe posée sur les rails explose au passage du train Nevski Ekspress, reliant Moscou et Saint-Pétersbourg. L'attaque a fait 26 morts. Les autorités russes arrêtent des rebelles islamistes jugés responsables de l'attentat.

vendredi 5 mars 2010

Sport et politique, même combat en Russie

Article publié dans le journal La Presse, le 3 mars 2010.

(Moscou) Avec seulement trois titres olympiques et 15 médailles au total à Vancouver, la Russie a connu les pires Jeux de son histoire. À quatre ans des Jeux de Sotchi, le pouvoir panique. Le président Dmitri Medvedev a promis de faire rouler les têtes des responsables de la débandade olympique. Les observateurs russes, eux, montrent plutôt du doigt le système politique autoritaire en entier, qui préfère le népotisme à la performance.

«Le sport, ce n'est pas seulement du sport, c'est aussi de la politique.» Dmitri Medvedev n'aurait jamais cru si bien dire lorsqu'il a exigé des athlètes russes qu'ils fassent honneur à la Russie, peu avant leur départ pour Vancouver.

Dans un éditorial intitulé «Plus lent, plus bas, plus faible», antithèse de la devise olympique, le journal en ligne Gazeta.ru a écrit lundi que la contre-performance russe à Vancouver n'est que «le reflet objectif des résultats de la politique qui a cours dans le pays».

Le journal libéral fait l'analogie entre les échecs sportif et économique de la Russie au cours de la dernière décennie. Dans les deux cas, les malheurs sont liés à «une absence totale de cadres professionnels, à une irresponsabilité généralisée dans la verticale du pouvoir» et au fait que les fonctionnaires et politiciens dépensent plus d'énergie dans les luttes intestines pour le pouvoir que dans le règlement des problèmes criants, dénonce le journal.

«Dans le système politique actuel, il n'y a pas de concurrence. Pareillement, les dirigeants (des fédérations sportives) sont choisis pour leur proximité avec le pouvoir plutôt que pour leur compétence», note Anton Orekh, chroniqueur sportif à la radio Écho de Moscou. Il fait notamment référence au président du Comité national olympique, Leonid Tiagatchev, aussi politicien et... entraîneur de ski personnel du premier ministre Vladimir Poutine.

Renvoyer, et après?

En poste depuis 2001, M. Tiagatchev est la principale cible des critiques, ces jours-ci, avec le ministre des Sports, Vitali Moutko. Sans les nommer, le président Medvedev a indiqué lundi que les responsables des déboires sportifs «devront prendre une décision courageuse et présenter leur démission. S'ils n'y arrivent pas, nous les aiderons».

Mais le problème n'est pas aussi simple à régler, croit Anton Orekh. «Renvoyer les plus hauts dirigeants du sport, c'est la décision la plus naturelle et la plus facile. Mais après?»

L'argent était pourtant au rendez-vous pour la préparation des athlètes. Le gouvernement russe a dépensé environ 50 millions de dollars au cours des deux dernières années, une somme comparable au programme canadien À nous le podium (110 millions depuis 2005).

Les conditions d'entraînement, par contre, étaient incomparables. En attendant les installations de Sotchi, en construction (voir encadré), les athlètes russes s'exercent dans des infrastructures souvent obsolètes, qui datent de l'époque soviétique.

Anton Orekh estime qu'il est déjà trop tard pour que la Russie espère obtenir de bonnes performances lorsqu'elle accueillera les Jeux d'hiver, en 2014. «Plusieurs des athlètes qui concourront à Sotchi étaient aussi à Vancouver. En quatre ans, il est impossible de donner naissance à un athlète, de l'entraîner et de lui apprendre à gagner.»

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Sotchi 2014: un défi olympien

Attribuer les Jeux olympiques d'hiver à la ville russe de Sotchi était certainement le défi le plus risqué jamais pris par le Comité international olympique. La station balnéaire ne dispose d'aucune des infrastructures nécessaires pour la tenue de JO. Actuellement, près de 20 000 ouvriers travaillent jour et nuit aux futures installations olympiques. Au total, 207 installations (centres de ski, arénas, routes, hôtels, etc.) devront être construites. «Je n'ai aucun doute qu'ils y arriveront», dit Igor Tchernov, correspondant à Sotchi du journal moscovite Vremia Novosteï. «Mais la question est plutôt de savoir à quel prix ils y arriveront.»

Medvedev veut mettre la police au pas

Article publié dans le journal La Presse le 2 mars 2010.

(Moscou) Plus une journée ne passe sans que la police russe soit éclaboussée par un nouveau scandale: corruption, extorsion, meurtres, viols, vols. Le président Dmitri Medvedev a décidé d'agir pour redorer le blason des forces de l'ordre, que les deux tiers des Russes disent craindre. Mais sa réforme risque d'être un coup d'épée dans l'eau sale d'un système corrompu jusqu'à l'os.


Denis Evsioukov était un chef de police moscovite ordinaire jusqu'au 27 avril 2009. Ce jour-là, après une dispute arrosée avec sa conjointe, il est entré dans un supermarché tranquille et s'est mis à tirer au hasard, tuant deux personnes et en blessant sept autres. Avec son arme de service.

Ailleurs, un tel épisode aurait pu être placé dans la rubrique des malheureux faits divers. Mais en Russie, il a été la goutte qui a fait déborder le vase de toutes les récriminations envers une police qui fait peur à 67% de la population, selon un récent sondage.

Depuis la fusillade, les médias russes portent une attention particulière aux malversations des forces de l'ordre, qui sont le plus souvent impunies. Certains policiers sont même sortis sur la place publique par l'entremise du cyberespace pour exprimer leur ras-le-bol face à des supérieurs qui leur demandent de fabriquer des preuves pour résoudre des crimes et améliorer les statistiques de leur service.

Plus rien n'étonne personne. Ni le policier de province qui paie des chômeurs pour avouer des crimes qu'ils n'ont pas commis, ni les trois agents moscovites arrêtés la semaine dernière pour avoir interpellé sans raison un homme d'affaires et son fils, exigeant de leur famille une rançon de 215 000$ pour les libérer.

Il y a deux semaines, Denis Evsioukov a écopé d'une peine de prison à vie et a été officiellement démis de ses fonctions. Le même jour, le président Dmitri Medvedev a annoncé les premières mesures de sa réforme du ministère de l'Intérieur, une structure qui emploie 1,2 million de personnes.

Dorénavant, on considérera comme «circonstance aggravante» le fait qu'une personne accusée d'actes criminels soit membre de la police. Le président a aussi mis à la porte 18 hauts responsables de la police, dont deux vice-ministres.

Pour réduire la corruption et l'abus de pouvoir, il a également annoncé que l'inspection des voitures, le renvoi des immigrés illégaux et la gestion des centres de dégrisement ne relèveraient plus de la police. Au mois de janvier, un journaliste avait été battu à mort à Tomsk par un agent dans l'un de ces établissements où sont détenues pour la nuit les personnes arrêtées en état d'ébriété.

D'ici deux ans, les effectifs du Ministère seront réduits du cinquième, et les salaires augmenteront. Actuellement, un policier russe reçoit de 300 à 660$ par mois, selon sa région d'affectation.

Peu de chances de succès

Rouslan Miltchenko, directeur du centre Analyse et Sécurité, croit que le président Medvedev est bien intentionné. Il est toutefois peu optimiste sur les chances de réussite de ses réformes, qui ne s'attaquent pas au coeur du problème, selon lui.

«La réforme est mise en place par ceux-là mêmes contre qui elle est destinée. Ils vont duper le président puisque c'est eux qui sont chargés de lui exposer la situation», explique M. Miltchenko, en référence aux haut placés du ministère de l'Intérieur.

À son avis, pour espérer une amélioration, il faudrait «un nettoyage complet des cadres de la police qui sont responsables de tous ces scandales». En plus des réformes, bien sûr.

Un peu comme l'a fait le président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili. En 2005, il a renvoyé les 30 000 agents de la circulation de son pays, mesure draconienne qui a permis d'en finir avec le système de corruption postsoviétique, selon des observateurs étrangers.

mercredi 24 février 2010

Des portraits officiels de Staline bientôt à Moscou

Article publié dans La Presse le 23 février 2010.

(Moscou, Russie) Comment se souvenir de Joseph Staline? La mairie de Moscou a décidé de placarder des portraits du dictateur soviétique dans la capitale en prévision du 65e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 9 mai. Les vétérans s'en réjouissent; les défenseurs des droits de l'homme enragent. La majorité, elle, a des sentiments partagés à l'égard du «Petit père des peuples».

Au front, Oleg Rjechevski a combattu l'armée hitlérienne «Pour la patrie! Pour Staline!» comme le voulait la propagande soviétique. Aujourd'hui encore, l'historien de 85 ans ne renie pas son enthousiasme de jeune soldat.

«L'histoire, c'est l'histoire, et nous devons nous en souvenir. Il avait une grande autorité dans le peuple, c'est comme ça», tranche M. Rjechevski. Le président de l'Association russe des historiens de la Seconde Guerre mondiale considère toujours que, malgré ses erreurs et sa «répression infondée», Staline était «un leader digne pour les forces armées du pays».

Si les vétérans et le Parti communiste n'ont jamais cessé de brandir son portrait à chaque commémoration depuis la chute de l'URSS, le pouvoir russe l'avait exclu des célébrations officielles. Toutefois, l'image de Staline sera à nouveau reproduite à même les fonds publics et affichée dès le mois d'avril dans le centre-ville de Moscou. Des stands d'information expliqueront son rôle dans la victoire.

Selon Oleg Rjechevski, les autorités moscovites ont pris une décision «juste». «La tragédie comme la victoire sont liées à son nom», plaide-t-il. La tragédie, ce sont les quelque 25 millions de civils et de militaires soviétiques qui ont péri de 1941 à 1945. Quatre ans plus tôt, croyant son pouvoir contesté, Staline avait fait fusiller plusieurs commandants soviétiques, affaiblissant du même coup l'Armée rouge.

Ses détracteurs estiment ainsi que la guerre a été gagnée non pas grâce à Staline, mais en dépit de lui.

Protestations

De l'avis de Lev Ponomarev, directeur de l'ONG pour les droits de l'homme, la réapparition de portraits officiels de celui qui a envoyé aux travaux forcés et au peloton d'exécution des millions de Soviétiques durant les 31 ans de son règne serait tout simplement «une catastrophe».

Dès que la mairie de Moscou a fait connaître son intention, M. Ponomarev a lancé une pétition pour protester contre cette initiative. Il sait toutefois que l'opposition russe, qui compte des démocrates et des communistes, ne pourra jamais faire front commun sur cette question. La Russie moderne n'a jamais réellement débattu de l'héritage de l'empire soviétique déchu et de son leader le plus contesté pour déterminer leurs bons et mauvais aspects.

«Dans la tête de tous les Allemands, à partir de l'enfance, il est clair qu'Hitler était l'ennemi du peuple allemand, qu'il a causé un grand tort au pays, souligne Lev Ponomarev. Ici, plusieurs citoyens vivent et vont mourir avec le sentiment que c'est Staline qui a remporté la guerre. Ça prendra quelques générations avant qu'on puisse se défaire de cette maladie», dit-il en parlant du stalinisme.

Dirigeants ambivalents

Un récent sondage révèle que 54% des Russes admirent toujours Staline, mort en 1953.

Dans les hautes sphères du pouvoir russe, le leader sanguinaire est tantôt défendu contre les critiques étrangères, tantôt dénoncé pour ses excès. Même le premier ministre Vladimir Poutine, homme fort de la Russie qui établit souvent une ligne de pensée à suivre pour l'élite politique, n'arrive pas à se prononcer clairement sur la question. Au mois de décembre, il a expliqué que «tout événement historique doit être analysé dans sa totalité».

«Personne ne peut jeter la pierre à ceux qui ont organisé et étaient à la tête de cette victoire puisque, si nous avions perdu cette guerre, les conséquences pour notre pays auraient été beaucoup plus catastrophiques», avait-il déclaré à la télévision. Souvent accusé de vouloir faire renaître les symboles du stalinisme, Vladimir Poutine a précisé du même souffle qu'une «telle façon de diriger l'État, d'atteindre des résultats», en commettant des «crimes de masse contre son propre peuple», est «inadmissible».

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Le stalinisme en chiffres
- Les famines punitives (1931-1933) ont fait entre 4,5 et 8 millions de victimes, dont la moitié en Ukraine. - Lors des grandes purges de l'armée et du Parti communiste (1937-1938) 750 000 sont mortes et autant ont été déportées. - Selon les estimations, de 10 à 18 millions de personnes seraient passées par les goulags (camps de travaux forcés) entre 1930 et 1953, année de la mort de Staline. Une bonne partie des prisonniers y sont morts de faim, de froid, de maladie ou ont été fusillés.

vendredi 19 février 2010

Un dromadaire sur l'épaule: Vladivostok, le bout du monde russe

Série de reportages radiophoniques diffusée à la Radio Suisse Romande (RSR), à l'émission Un Dromadaire sur l'épaule, du 1 au 5 février 2010.

Vladivostok: le bout du monde russe (intro)

Frédérick Lavoie part à la rencontre des habitants de Vladivostok, une ville portuaire profondément russe en territoire asiatique.

«Vladivostok, c'est loin, mais c'est tout de même notre ville», dit la citation de Lénine en face de la gare ferroviaire. Le révolutionnaire communiste n'aurait pas pu mieux dire.

Ville stratégique fermée aux étrangers et aux Russes non-résidents durant toute la période soviétique, les influences asiatiques demeurent superficielles à Vladivostok.

Les voitures y sont certes japonaises, les raviolis coréens, les vêtements chinois, mais la ville de 500 000 habitants a la mentalité russe bien ancrée. Pur résultat d'un empire fortement centralisé, de l'époque tsariste à aujourd'hui en passant par la période soviétique. L'Asie pour les affaires, l'Europe pour la culture.

Comme à Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kaliningrad, les nationalistes y mènent la vie dure aux travailleurs migrants venus de l'Asie centrale post-soviétique, tout comme les entrepreneurs sans scrupules qui profitent d'un système corrompu pour escroquer ceux en situation irrégulière.

Chez le «maître de l'Orient» (Vladivostok, en russe), les simples citoyens se plaignent de la cherté des produits, des salaires bas et de la bureaucratie, dans un russe qui diffère très peu de celui de leurs compatriotes moscovites, à 6 400 km et sept fuseaux horaires plus à l'ouest.

Lundi 01 février 2010:
Matriarcat à la russe (1/5) (à écouter ou télécharger ici)

En Russie, près du tiers des familles n'ont pas de père. La femme russe, forte, a appris à se débrouiller par elle-même.

Autour d'une table bien garnie, Alissa célèbre ses 16 ans avec sa mère séparée, sa grand-mère veuve, sa cousine et sa tante. Ces femmes partagent avec nous leur vision des traditions russes, de leurs amours, des hommes et de la vie quotidienne.

La mère d'Alissa, Ianna, nous emmène ensuite au gymnase, pour son entraînement de boxe. Entre deux coups de poing, elle parle de la place des femmes dans la société russe.

Invitée: Larisa Zakharova, du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen.
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Mardi 2 février 2010
L'île de 20 milliards (2/5) (à écouter ou télécharger ici)

Avant, on n'avait pas besoin de plaque d'immatriculation pour circuler sur l'Île Roussky. À 30 minutes en ferry de Vladivostok, l'île quasi déserte était le paradis des vacanciers et de ses quelque 5000 habitants. Jusqu'à ce que la civilisation décide de s'y installer avec ses grands sabots.

Depuis juin 2009, les camions et les bétonnières y roulent bruyamment. D'ici deux ans, un pont reliera l'île à la terre ferme, des milliers d'étudiants viendront s'instruire dans son université flambant neuve et les gens d'affaires auront un centre de congrès et une piste d'atterrissage pour leur hélicoptère.

En tout, 20 milliards de francs seront investis sur l'île en prévision du sommet de trois jours des 21 leaders de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), prévu pour l'automne 2012.

Quelque 4000 travailleurs, en bonne partie venus des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale y travaillent d'arrache-pied pour respecter l'échéancier. Mais comme sur plusieurs chantiers de construction en Russie, ils ne sont pas à l'abri des patrons véreux.

Comme Micha le Kirghize, qui se plaint discrètement des conditions de vie misérables sur l'île et de son salaire impayé depuis trois mois.

Invitée: Amandine Regamey, Chercheur associé au CERCEC, Maître de conférences à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. ***

Mercredi 3 février 2010
La Ruchine (3/5)
(à écouter ou télécharger ici)

La rumeur semble farfelue, mais revient sur toutes les lèvres: «Moscou veut vendre Vladivostok aux Chinois!» répètent les Russes de l'Extrême-Orient, qui pensent que la capitale européenne est prête à les trahir pour quelques kopecks.

Formellement, Vladivostok n'appartient pas aux Chinois. Mais dans les marchés de la ville, ils y sont maîtres, employant quelques vendeurs russes à titre figuratif pour se conformer aux lois.

Dans les universités de Vladivostok, des centaines de Chinois étudient la langue de Dostoïevski, comme Dima, qui rêve d'épouser une grande blonde et de devenir un prospère homme d'affaires.

L'étudiant nous fait découvrir un marché de Vladivostok au nom incertain (Lougovaïa pour certains, Sportivnaïa pour d'autres) et ses compatriotes venus déployer les tentacules du capitalisme à la chinoise sur la terre russe.

Invité: Sébastien Colin, Maître de conférence à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
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Jeudi 4 février 2010
Au foot avec les néonazis (4/5)
(à écouter ou télécharger ici)

Quelle est l'activité préférée des néo-nazis russes? Le foot, évidemment. C'est en bottant un ballon rond que des jeunes nationalistes ont bien voulu nous expliquer leur philosophie raciste et xénophobe, largement tolérée en Russie. Selon un récent sondage, 54% de la population du pays appuie le slogan «La Russie aux Russes».

Les jeunes sympathisants de l'Union des slaves d'Extrême-Orient organisent à l'occasion des matchs amicaux de football pour «maintenir un mode de vie sain» et assurer une «bonne descendance» à la race slave.

Alors que leur leader est en procès pour propagande de haine raciale, les militants racontent en quoi l'immigration menace à leur avis l'avenir de leur pays, et ce qui pousse certains d'entre eux à agresser des travailleurs migrants dans la rue.

Dans un café de Vladivostok, le lendemain du match, Vlad, tout sourire, défend l'idéologie hitlérienne.

En 2009, plus de 55 personnes ont été tuées en Russie - dont une à Vladivostok - et 299 blessées dans des attaques à caractère raciste.

Invitée: Sacha Koulaeva, responsable du programme Europe de l'Est et Asie centrale à la Fédération internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) ***

Vendredi 5 février 2010
La chasse aux faits divers (5/5) (à écouter ou télécharger ici)

À bord de leur minifourgonnette, Maksim et Vova parcourent Vladivostok jour et nuit, traquant les accidents de voitures, les incendies et les arrestations spectaculaires.

Le journaliste et le caméraman de l'émission «Avtopatroul» («Auto-patrouille») font équipe pour des rondes de 24 heures, rivés au récepteur radio transmettant les conversations des policiers, pompiers et autres autorités.

Entre trois véhicules emboutis et un ivrogne étendu au milieu de la rue principale de Vladivostok après avoir été happé par une voiture en délit de fuite, Maksim et Vova nous parlent de leurs passions et de leurs défis professionnels et personnels.

Dimanche 7 février 2010: Morceaux choisis
(à écouter ou télécharger ici)

Les cinq travaux de Viktor Ianoukovitch

Texte publié dans La Presse et La Tribune de Genève le 9 février 2010.

(Moscou) Viktor Ianoukovitch a pris sa revanche. Celui qui avait été humilié par la Révolution orange prodémocratique en 2004 après une victoire frauduleuse deviendra finalement président de l'Ukraine, à l'issue du scrutin serré de dimanche dernier. La tâche devant lui est colossale. Le pays est empêtré dans des querelles politiques et la crise économique l'a dévasté. Voici cinq travaux qui attendent le nouveau président des 45 millions d'Ukrainiens.

1. Devenir président

La première tâche du nouveau président sera... de devenir président, croit le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. La première ministre Ioulia Timochenko, battue par un peu plus de 3%, n'a toujours pas concédé la victoire et crie à la «fraude électorale». Selon M. Fessenko, elle voudrait ainsi forcer le gagnant à chercher un compromis avec elle, espérant conserver son poste de première ministre.

Pour réellement prendre le pouvoir, Ianoukovitch devra réussir à former une nouvelle coalition parlementaire en cooptant des ex-révolutionnaires oranges, alliés de Timochenko et du président sortant Viktor Iouchtchenko, qui disposent actuellement de la majorité à la Rada (Parlement ukrainien).

2. Renouer avec Moscou

En politique extérieure, Ianoukovitch devra relancer les relations avec Moscou, très tendues sous le président sortant pro-occidental Viktor Iouchtchenko. «Il ne sera pas pour autant prorusse», nuance M. Fessenko, directeur du Centre d'études politiques Penta, à propos de celui qui était perçu comme le «candidat du Kremlin» en 2004.

Preuve d'une intention de se rapprocher de Moscou avec modération: avant l'élection, le camp Ianoukovitch n'a pas voulu prendre de position claire sur la reconnaissance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie-du-Sud et d'Abkhazie, une question chère au régime russe.

3. Rassurer l'Europe

Depuis la révolution Orange, Ianoukovitch n'a pas bonne presse en Occident. Le russophone de 59 ans a de la difficulté à se défaire son image d'antioccidental et à faire oublier ses trois ans d'incarcération pour vol, coups et blessures durant sa jeunesse. L'ouverture à l'Europe durant les cinq années postrévolutionnaires a toutefois diversifié les intérêts du pays et de ses propres alliés, rendant essentiel le maintien d'une bonne relation avec le Vieux Continent.

4. Remettre l'économie sur pied

Ravagée par la crise économique, l'Ukraine compte sur le financement occidental pour se remettre à flot, elle qui a vu son PIB reculer de près de 15% l'an dernier. En raison de l'instabilité politique, le Fonds monétaire international a gelé ses prêts l'automne dernier. Ianoukovitch devra convaincre l'organisation de la fiabilité de son pays.

5. Signer la paix gazière

Pour espérer stabiliser son pays, Viktor Ianoukovitch devra régler pour de bon la question du gaz, à l'origine de plusieurs conflits avec la Russie et de la perte de confiance de l'Europe envers l'Ukraine.

En janvier 2009, accusant Kiev de retard de paiement et de vol de gaz, Moscou avait fermé les robinets pour l'énième fois. Plus de 80% du gaz russe destiné à l'UE transitant par le territoire ukrainien, une bonne partie de l'Europe s'était retrouvée sans chauffage en plein coeur d'une vague de froid.

L'Ukraine élit la bête noire de la Révolution orange

Texte publié dans La Tribune de Genève le 8 février 2010.

Le chef de l’opposition Viktor Ianoukovitch a remporté hier le deuxième tour de l’élection présidentielle ukrainienne. Selon les sondages à la sortie des urnes, celui-ci aurait obtenu entre 48 et 50% des voix, contre 44-45% pour son adversaire, la première ministre Ioulia Timochenko. Détail piquant: plus de 5% des électeurs ont voté contre tous les candidats.

Ironie de l’histoire: c’est la deuxième fois que Viktor Ianoukovitch remporte un deuxième tour d’élections présidentielles. Mais, en 2004, le «candidat du Kremlin» d’alors n’était pas devenu président pour autant. Renversé par les manifestations monstres de la Révolution orange, dont Ioulia Timochenko était l’une des figures de proue, il avait dû concéder un troisième tour, gagné par Viktor Iouchtchenko.

Cette fois, c’est la bonne pour ce russophone de 59 ans, qui a purgé 3 ans de prison dans sa jeunesse pour vol, coups et blessures. L’homme ayant été exclu du pouvoir national depuis plus de deux ans, il sera difficile pour sa rivale de convaincre qu’il aurait massivement falsifié l’élection d’hier, malgré les résultats serrés.

Ioulia Timochenko entend tout de même descendre dans les rues avec ses partisans dès aujourd’hui. Elle veut contester l’élection en se basant sur quelques irrégularités observées et la confusion qu’ont entraînée les changements à la loi électorale votés jeudi au parlement, à l’initiative du Parti des régions de Ianoukovitch.

Pour faire contrepoids, le gagnant a déjà prévu une manifestation devant la Commission centrale électorale à Kiev ce matin, où il attend 50 000 de ses fidèles.

Apathique et désabusée par des années de guerres interclaniques au pouvoir, la population ne risque toutefois pas de suivre massivement les appels à manifester des candidats comme ce fut le cas en 2004, selon la plupart des observateurs ukrainiens. Après une bataille juridique et des négociations avec le camp Timochenko, Viktor Ianoukovitch devrait donc être investi en tant que quatrième président de l’Ukraine indépendante.

Entre cynisme et scandales

La journée électorale d’hier aura été à l’image de la campagne et de la vie politique ukrainienne: cynique, houleuse et semée de scandales. Avant même le début du vote, le cadavre d’un représentant de l’équipe Timochenko a été retrouvé à Ivano-Frankisk, dans l’ouest du pays. Les porte-parole de la première ministre ont rapidement lié à l’élection le décès de ce secrétaire de commission électorale locale, affirmant qu’il avait été tué en voulant défendre un coffre-fort rempli de bulletins de vote, attaqué par des voleurs. Les policiers avaient une tout autre version. L’homme serait plutôt décédé d’une crise cardiaque, bien loin de tout bureau de vote.

A Lougansk, un fief de Ianoukovitch à l’extrême ouest du pays, les travaux ont été perturbés dans au moins neuf bureaux de vote en raison d’appels à la bombe, y réduisant sensiblement le taux de participation. D’autres bureaux de vote ailleurs dans le pays ont été touchés par de longues coupures de courant. Mais, en dépit des quelques incidents observés, la commission électorale ukrainienne estimait hier en fin d’après-midi que l’élection se déroulait tout de même assez normalement.

Ukraine: le résultat quasi assuré d'être contesté

Article publié dans le quotidien La Presse le 6 février 2010.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle ukrainienne, demain, se terminera au mieux à la cour, au pire dans la rue. Les deux candidats en lice, le chef de l'opposition et favori Viktor Ianoukovitch, et la première ministre Ioulia Timochenko, promettent de contester les résultats en cas de défaite, sous prétexte de fraude électorale.

Les deux camps sont sur un pied de guerre. Les autocars sont déjà loués. À la moindre allégation d'irrégularité demain, les partisans du perdant dévaleront vers la capitale, Kiev, pour exiger l'annulation du scrutin.Ioulia Timochenko connaît bien le principe. En 2004, la blonde à la légendaire tresse enroulée autour de la tête était l'une des principales figures de la Révolution orange pro-occidentale. Pendant un mois, elle s'est tenue aux côtés de centaines de milliers de manifestants et du candidat Viktor Iouchtchenko sur la place centrale de Kiev, la «Maïdan», pour obtenir une reprise de l'élection frauduleuse. Avec succès.

Cette année, c'est elle la candidate. L'adversaire, lui, reste le même. Mais Viktor Ianoukovitch, victorieux du deuxième tour en 2004 mais perdant du troisième, n'entend pas se faire écarter du pouvoir encore une fois. «Il n'y aura plus jamais en Ukraine de Maïdan, ni de troisième tour», a-t-il prédit cette semaine, qualifiant la révolution orange de «page sombre» de l'histoire ukrainienne.

S'il y a des manifestations massives, il veut au moins que ce soit son camp qui les organise. Son Parti des régions a d'ailleurs déjà déposé une demande aux autorités municipales en vue de protester devant l'édifice de la Commission centrale électorale dès lundi. Il compte y rassembler 50 000 personnes pour une période indéterminée, sous le slogan «l'Ukraine pour des élections honnêtes».

Intrigue politique

Les trois semaines entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle auront connu leur lot d'intrigues politiques, démontrant la fragilité de la jeune démocratie ukrainienne.

Dernière ruse en date: jeudi, les députés fidèles à Viktor Ianoukovitch ont réussi à modifier la loi électorale en vitesse. Désormais, les commissions électorales locales, composées à parts égales de représentants des deux candidats, n'auront plus à observer un quorum des deux tiers des membres pour leur réunion.

Le Parti des régions voulait ainsi éviter un boycottage massif des représentants de Timochenko, qui aurait permis de faire dérailler le processus dans plusieurs régions du pays, explique l'analyste Petro Bourkovski, du Centre national d'études stratégiques de Kiev.

«D'un côté, ils ont voulu se protéger, mais de l'autre, cela fait en sorte que le résultat sera contestable. Ils ont donné à Timochenko une belle raison de le refuser et de se faire de la publicité là-dessus», estime-t-il.

D'autant plus que la première ministre n'a plus rien à perdre. Au premier tour, elle a obtenu 25% des voix, dix points derrière Ianoukovitch. Ses tentatives pour rallier les autres candidats «démocrates» derrière elle, comme Sergueï Tigipko (13%) à qui elle a proposé le poste de premier ministre, ont été infructueuses.

Le président actuel, Viktor Iouchtchenko, arrivé cinquième au premier tour, a donné un dernier coup de poignard dans le dos de son ancienne alliée en appuyant et en signant rapidement les changements à la loi électorale proposés par le camp Ianoukovitch.

Petro Bourkovski croit qu'à moins de fraudes massives, Ioulia Timochenko aura de la difficulté à renverser le résultat de demain, qui devrait être en faveur de Ianoukovitch, un russophone de 59 ans. Mais il espère surtout que les deux camps pourront trouver une entente pour éviter un autre long bras de fer politique, alors que le pays est durement atteint par la crise économique.

samedi 6 février 2010

Guerre des ondes russo-géorgienne

Article publié dans La Presse le 4 février 2010.

(Moscou) Militairement, la Géorgie ne fait pas le poids devant la Russie. L'ex-république soviétique pro-occidentale a donc décidé de lui déclarer la guerre... des ondes. Au début du mois de janvier, elle a lancé une chaîne en langue russe décrite comme la seule solution de rechange aux télévisions manipulées par le Kremlin dans le Caucase. Mais le réseau accuse Moscou de lui mettre des bâtons dans les roues.

Dans un décor qui laisse deviner le maigre budget de la chaîne, la présentatrice entame son bulletin en trébuchant sur les premiers mots. Les reporters sont hésitants, les images sont rares et souvent de mauvaise qualité, mais l'équipe de 1K sait où elle s'en va: à contre-courant du Kremlin.

«Nous sommes encore très jeunes», s'excuse presque d'entrée de jeu Maya Bichikashvili, vice-directrice de la télévision publique géorgienne, dont dépend la chaîne Pervy Kavkazky (la Première caucasienne ou 1K).

Doté d'un budget d'à peine 1,5 million de dollars pour sa première année, le réseau a été mis sur pied en moins de quatre mois dans les studios de la télévision publique à Tbilissi, la capitale géorgienne. Ses objectifs: donner au public russophone une autre image de la Géorgie que celle véhiculée par les télévisions étatiques russes et parler des choses qu'elles passent sous silence.

Mme Bichikashvili assure toutefois que 1K ne se veut pas un outil de contre-propagande. «Nous ne sommes pas dirigés par le gouvernement géorgien. Nos journalistes peuvent parler de ce qu'ils veulent. Ils ont une entière liberté.»

L'équipe de 1K étant en majeure partie composée de Géorgiens et d'opposants au régime russe - comme l'animatrice Alla Doudaïev, veuve du président séparatiste tchétchène Djokhar Doudaïev -, la position anti-Kremlin fait toutefois officieusement consensus.

La «voix alternative» de 1K dans l'espace télévisuel russophone ne signifie donc pas pour autant que la chaîne tend vers l'objectivité, malgré sa prétention de parler du Caucase «sans faussetés».

La plupart des événements qu'elle couvre portent sur les républiques instables du Caucase russe, en proie à une insurrection islamiste, et sur la politique russe.

Par contre, la chaîne est quasi muette sur la situation politique en Géorgie, où l'opposition au président Mikhaïl Saakachvili grandit.

Seulement sur le web

La principale difficulté de la chaîne est toutefois de trouver des auditeurs. Le 25 janvier, à peine 10 jours après le début de ses émissions, le fournisseur français Eutelsat l'a exclue de son offre satellitaire.

Dans les bulletins d'information de 1K, journalistes et invités sont unanimes: la décision est liée à la signature quelques jours plus tôt d'un lucratif contrat entre Eutelsat et une entreprise affiliée au géant gazier d'État Gazprom, proche du pouvoir russe. Eutelsat aurait donc plié devant les pressions «politiques» de son important client.

En attendant de trouver un fournisseur satellitaire, la chaîne n'est offerte que sur l'internet. Or, la plupart des foyers du Caucase du Nord, son principal public cible, ne sont pas branchés au web, ce qui limite son influence.

En août 2008, le président Saakachvili a appris à ses dépens qu'il ne pouvait battre son puissant voisin sur un champ de bataille. La tentative de l'armée géorgienne pour reprendre la région séparatiste d'Ossétie-du-Sud, prorusse, s'est soldée par une intervention militaire de la Russie et l'occupation d'une partie du territoire géorgien.

Le président Saakachvili, qui a étudié en France et aux États-Unis, a vraisemblablement compris que son champ de bataille devrait être médiatique.

dimanche 31 janvier 2010

Medvedev veut faire de la place aux jeunes

Article publié dans le journal La Presse le 30 janvier 2010.

(Moscou) Le président russe Dmitri Medvedev veut rajeunir les têtes dirigeantes des régions de son pays. S'il a légalement le loisir de renvoyer n'importe quel gouverneur d'un seul coup de crayon, la tâche risque d'être plus compliquée, voire dangereuse dans certaines régions explosives du pays, nous explique notre collaborateur.


Dmitri Medvedev avait jusqu'au 21 janvier pour nommer un nouveau président pour le Daguestan, république caucasienne en proie à une rébellion islamiste. Face au casse-tête, il a jusqu'à maintenant préféré le silence.

C'est que peu importe qui remplacera Moukhou Aliev, 70 ans, l'équilibre du pouvoir entre les différents groupes ethniques de cette entité de 2,5 millions d'habitants devra être repensé. Et devant une guérilla qui mène plusieurs attaques par semaine contre les forces de l'ordre, la république n'a pas les moyens de tomber encore plus profondément dans l'instabilité.

Il y a encore six ans, Medvedev n'aurait pas eu à se creuser la tête. Les dirigeants des 83 sujets de la fédération russe étaient élus par la population, au suffrage universel. Mais en 2004, dans une volonté de centraliser les pouvoirs au Kremlin, le président d'alors, Vladimir Poutine, a aboli les élections des gouverneurs et présidents régionaux.

Aujourd'hui, les candidatures sont proposées par les parlements régionaux, tous sans exception contrôlés par Russie Unie, le parti dirigé par le désormais premier ministre et toujours homme fort du pays Vladimir Poutine. Le président doit ensuite choisir parmi trois noms, dont celui habituellement du dirigeant sortant.

À la retraite

Depuis son accession à la présidence en mai 2008, Medvedev n'a renouvelé le candidat en poste que dans huit des vingt-cinq cas qui lui ont été présentés.

En janvier 2009, à la surprise générale, il a même installé à la tête de la région sinistrée de Kirov le dynamique Nikita Belykh, 33 ans. Jusqu'à sa nomination, Belykh était un farouche critique du régime en place et était souvent arrêté par les autorités durant les manifestations d'opposition.

Il y a quelques semaines, Dmitri Medvedev a annoncé qu'il ne tolérerait plus ceux qui veulent coller au pouvoir. «Quatre mandats, c'est déjà une exception rare. Désormais, nous allons faire en sorte qu'ils libèrent leur place à temps pour le travail des jeunes», a-t-il déclaré. Cette année, 13 vieux dirigeants pourraient devoir quitter leur poste.

Le président du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev, 73 ans, a compris le message. S'il avait survécu à la chute de l'URSS en changeant simplement son titre de premier secrétaire du Parti communiste en celui de président tatar, il a préféré demander personnellement à Medvedev de ne pas renouveler son mandat en mars.

Mairie de Moscou convoitée

Le départ ne se serait pas fait sans négociation, croit toutefois Nikolaï Petrov, analyste des politiques régionales au Centre Carnegie de Moscou. «Dans certaines régions comme le Tatarstan et Moscou, le dirigeant a mis en place une véritable machine politique qui lui donne le contrôle des ressources locales. Il ne faut donc pas regarder qui part, mais dans quelles conditions et qui prendra sa place.»

À Moscou, les rumeurs se font persistantes sur le renvoi du flamboyant maire de 73 ans Iouri Loujkov, en poste depuis 1992. Mais celui dont la femme est devenue milliardaire et reine de l'immobilier de la capitale durant son règne n'entend pas laisser sa place aussi facilement.

«Il y a de grands intérêts en jeu et donc une lutte entre différents clans au Kremlin. Chacun veut placer son homme à la tête de cette ville. Loujkov tire pour l'instant avantage de ces conflits pour se faufiler», note Nikolaï Petrov. Selon lui, le maire n'attend qu'un compromis qui lui sera profitable pour quitter.

samedi 30 janvier 2010

Les nationalistes russes optent pour le terrorisme

Article publié dans La Presse, le 29 janvier 2010.

Moscou - Les attaques à caractère raciste ont fortement diminué en Russie au cours de la dernière année. Les mouvements d'extrême droite ne sont toutefois pas moins dangereux pour autant. Ils ont simplement changé de stratégie. Leur ennemi No 1 est devenu l'État russe. Et pour le combattre, ils ont choisi le terrorisme.


Sur son épaule gauche, Vlad, début vingtaine, montre son tatouage, un aigle nazi. S'il partage "plusieurs points" de l'idéologie hitlérienne, le jeune militant de Vladivostok (Extrême-Orient russe) ne le crie pas sur tous les toits. Depuis quelques mois, les autorités russes ont intensifié la chasse aux néonazis.

Lorsqu'on lui demande s'il a déjà battu des travailleurs étrangers dans la rue, Vlad élude la question. "Les travailleurs migrants en soi, ils ne sont rien. Que l'un d'entre eux soit tué ou battu, ça ne fera pas en sorte qu'ils viendront en moins grand nombre en Russie. Ils sont la conséquence. La cause du problème, c'est notre État", a-t-il expliqué à La Presse, au début du mois de décembre.

Selon Vlad, la lutte pour assurer la "pureté du sang" russe passe désormais par les "actions terroristes". Il ne précise toutefois pas s'il est prêt à y participer lui-même directement.

En 2009, le centre Sova, une ONG qui étudie les mouvements racistes en Russie, a remarqué ce changement de cap chez les néonazis.

"Leur but est désormais de déstabiliser le pays. Ils veulent provoquer une révolution et, dans la foulée, prendre le pouvoir. On peut donc considérer que, maintenant, plus personne n'est en sécurité en Russie", a expliqué mercredi la vice-directrice de Sova, Galina Kojevnikova, lors de la présentation aux médias du rapport annuel de l'organisation.
Attentat revendiqué

En 2009, les mouvements d'extrême droite ont mis le feu à au moins cinq immeubles appartenant à différents corps policiers, selon Sova. Ils ont aussi revendiqué la responsabilité d'une cinquantaine d'autres incendies de même que l'attentat contre le train Nevski Ekspress, entre Moscou et Saint-Pétersbourg, qui a fait 26 morts à la fin du mois de novembre. Il n'a pas été prouvé que cette attaque d'envergure était l'oeuvre de Combat 18-Inguermanlandia, mais la déclaration du groupe néonazi démontre sa volonté d'être considéré comme terroriste.

En 2008, Sova avait recensé 110 meurtres à caractère raciste en Russie, principalement de ressortissants des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale et du Caucase venus chercher du travail en Russie. L'an dernier, ce nombre est tombé à 71.

La baisse du nombre d'attaques racistes est aussi en partie due aux efforts des autorités, qui s'inquiètent plus des actions antigouvernementales de l'extrême droite que de son idéologie raciste.

Vlad et ses pairs ont d'ailleurs été touchés directement par l'intensification de la lutte contre leur idéologie. Le 6 décembre, le leader de leur groupe, l'Union des Slaves de l'Extrême-Orient, a été reconnu coupable d'incitation à la haine raciale et condamné à deux ans de prison avec sursis.

Ukraine: Le pouvoir orange éconduit au premier tour

Article paru dans La Presse et La Tribune de Genève le 18 janvier 2010.

Kiev, Ukraine - Le favori pour la présidentielle ukrainienne, Viktor Ianoukovitch, s'est facilement qualifié pour le deuxième tour du scrutin hier. Le chef de l'opposition affrontera dans trois semaines la première ministre Ioulia Timochenko. Le résultat du round final s'annonce aussi serré que contesté.

Selon des résultats partiels, Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou en 2004 et humilié durant la révolution Orange pro-occidentale qui a suivi, a obtenu 37,32 % des suffrages. Ioulia Timochenko recueille 24,40 % des voix, après le dépouillement de 30,03 % des bulletins.

Avec 12 % d'avance sur l'ex-banquier Sergueï Tigipko, son passage au deuxième tour ne fait aucun doute. Cette élection sonne le glas du président actuel Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la révolution orange de 2004, qui a récolté moins de 5 % des voix, en cinquième place.

Si les sondages des dernières semaines donne Viktor Ianoukovitch gagnant au deuxième tour, Ioulia Timochenko n'entend pas baisser les bras. Hier soir, la dame de fer de la politique ukrainienne a appelé les " forces démocratiques " à se ranger derrière elle, estimant qu'elles représentent 60 % de l'électorat, pour " emmener l'Ukraine sur la voie de l'Europe civilisée ".

La première ministre de 49 ans faisait ainsi référence à ses anciens alliés de la révolution Orange, qui ont passé les cinq dernières années à s'entredéchirer pour le partage du pouvoir. Elle a promis de " tenir des discussions " avec certains d'entre eux, appelant aussi les électeurs du président Iouchtchenko, avec qui elle est à couteaux tirés, à l'appuyer.

Viktor Ianoukovitch compte lui aussi faire les yeux doux aux perdants et à leurs électeurs. Le russophone de 59 ans, peu charismatique, s'est présenté en rassembleur qui " prendra en considération le point de vue " de ceux qui n'ont pas voté pour lui.

Sergueï Tigipko et Arseni Iatseniouk, respectivement troisième et quatrième ont toutefois appelé pour l'instant leurs électeurs à ne voter pour aucun des deux finalistes.

Sans programme distinctif

Contrairement au duel de 2004 entre le prorusse Ianoukovitch et le pro-occidental Iouchtchenko, les deux candidats du deuxième tour de cette année se différencient plus par leur approche et leur personnalité que par leur programme.

Ianoukovitch se dit aujourd'hui favorable à terme à une intégration de son pays à l'Union européenne, alors que l'ex-orange Timochenko s'est continuellement rapprochée de Moscou au cours des derniers mois, sans délaisser ses liens avec l'Europe.

Si le résultat est serré, le perdant devrait profiter de la fragilité des institutions démocratiques et du système judiciaire du pays pour contester la validité du scrutin, en dénonçant de probables irrégularités. Viktor Ianoukovitch, a indiqué hier qu'il n'avait " pas confiance en le pouvoir actuel ", qu'il soupçonne d'avoir " l'intention de falsifier les résultats de l'élection ".

Ioulia Timochenko croit de son côté que le Parti des régions de son rival, qui détient le pouvoir régional dans l'est et le sud du pays, a tout le loisir d'y bourrer les urnes.

La commission électorale a de son côté écarté la possibilité de fraudes massives qui auraient pu influencer les résultats du scrutin d'hier.

Désabusée par cinq ans de bataille entre les différents clans au pouvoir, une bonne partie de la population ukrainienne a boudé les urnes hier. Le taux de participation n'a pas dépassé 67 %. Au premier tour de la présidentielle de 2004, il avait été de 75 %.