vendredi 10 avril 2009

La Russie garde la Moldavie dans sa sphère d'influence

Article publié dans La Croix, le 3 avril 2009.

Alors que la Moldavie élit dimanche son nouveau Parlement où les communistes devraient conserver la majorité après huit ans de pouvoir, les Européens se sentent écartés des négociations sur le statut de la Transnistrie. Dans cette région séparatiste, de facto indépendante depuis 1991, Moscou marque des points.

Un diplomate européen en poste à Chisinau parle de «grande défaite diplomatique». Avant de partir pour Moscou le 18 mars pour rencontrer son homologue russe Dmitri Medvedev et le leader transnistrien Igor Smirnov, le président moldave Vladimir Voronine avait assuré les Occidentaux qu'il n'y signerait aucun document. « À son retour, il s'est présenté devant nous la tête baissée », note le diplomate.

Le président moldave venait de parapher une déclaration commune dans laquelle les leaders réaffirmaient leur foi en la formule de négociation 5 + 2 (Russie, Ukraine, OSCE, États-Unis et UE, plus Moldavie et Transnistrie), inactive depuis février 2006.

Dans les faits, la Russie se posait ainsi en seul interlocuteur valable pour régler le statut de cette bande de terre deux fois grande comme le Luxembourg, située sur la rive orientale du Dniestr. Selon le politologue Vladislav Koulminski, le président moldave n'a pas fait de grande concession stratégique à Moscou, si ce n'est d'accepter la présence militaire russe en Transnistrie jusqu'au règlement final de son statut. « Le problème, c'est surtout que cela a été fait dans le dos de l'Europe. »

Malgré cette petite trahison, les Occidentaux ne peuvent se permettre de critiquer trop vertement les communistes de Vladimir Voronine, qui devraient remporter leur troisième élection consécutive dimanche. « L'Europe ne veut pas les pousser davantage vers la Russie », souligne Vladislav Koulminski. Le président Voronine, à la fois pro-européen et prorusse, a d'ailleurs su naviguer durant ses huit années de pouvoir entre ces deux pôles d'attraction, souvent à des fins électoralistes.

Les Occidentaux ont été beaucoup moins actifs que les Russes dans le dossier et sont donc en partie responsables de leur mise de côté, estime pour sa part le journaliste transnistrien d'opposition Andreï Safonov. « Les États-Unis et l'Union européenne n'ont jamais vraiment proposé de plan concret pour résoudre le conflit. »

Officieusement, le régime transnistrien n'exclut pas une forme d'union lâche avec la Moldavie, même si l'indépendance suivie d'un rattachement - peu probable - à la Russie demeure officiellement l'option privilégiée. Mais puisque le régime de Tiraspol est soutenu financièrement et politiquement par les Russes, les clés du règlement se trouvent à Moscou, selon le vice-ministre moldave à la réintégration, Ion Stavila.

« La Russie utilise la Transnistrie pour contrôler l'ensemble de la vie politique moldave », ajoute Vladislav Koulminski. Le statu quo étant tolérable pour Moscou et Tiraspol, le conflit ne pourra être réglé que si le Kremlin est certain de pouvoir maintenir une emprise sur la Moldavie entière. Après les Baltes, la Géorgie et l'Ukraine, pas question pour Moscou de laisser une autre ex-république soviétique sortir de sa sphère d'influence.

Sotchi, nouvel eldorado des politiciens russes

Article publié dans La Presse le 25 mars 2009 (depuis, Nemtsov a finalement été enregistré comme candidat)

MOSCOU - Boris Nemtsov lui-même ne croit pas trop en ses chances. Non pas d'être élu à la marie le 26 avril prochain, mais même d'être enregistré comme candidat cette semaine. L'ancien vice-premier ministre sous Boris Eltsine, devenu l 'un des principaux leaders du mouvement d'opposition "Solidarnost ", avec l'ex-champion d'échecs Garry Kasparov, croit que la commission électorale trouvera un moyen de rejeter sa candidature, même s'il effectue le dépôt requis de 300 000 roubles (11 000 $ CAN).

" Je ne sais pas comment ils s'y prendront pour me refuser. Je ne suis pas Poutine ! " lance Boris Nemtsov en ent revue téléphonique avec La Presse la semaine dernière, en référence à l'ex-président devenu premier ministre tout-puissant. À son avis, c'est Poutine et ses hommes qui dicteront la marche à suivre à la commission. " Ils ont 47 raisons de rejeter ma candidature selon la loi électorale ", souligne-t-il.

Pourquoi se présenter, alors ? " Si je suis sur le bulletin de vote, je deviendrai maire de Sotchi ", est convaincu le politicien de 49 ans, bien connu dans sa ville. Lundi, il a cependant été attaqué avec de l'ammoniaque par des " partisans de Poutine ", qui n'auraient pas apprécié ses critiques sur la tenue des JO à Sotchi.

Le politologue Nikolaï Petrov, du Centre Carnegie de Moscou, explique que la ma i r ie de Sotchi est aujourd'hui " le plus haut poste électif du pays ", puisqu'e lle est considérée comme la troisième capitale de Russie, après Moscou et Saint- Pétersbourg, dont les maires sont nommés directement par le Kremlin. La campagne sera ainsi très médiatisée. Pas étonnant alors qu'on se bouscule au portillon.

D'autant plus qu'avec les Jeux olympiques qui arrivent à grands pas, plusieurs flairent les avantages politiques et financiers de décrocher la mairie. Boris Nemtsov croit toutefois que le Kremlin a décidé de parachuter des candidats fantoches de Moscou simplement pour lui enlever de la visibilité.

"Le Kremlin ne veut pas se compliquer la vie, ajoute Nikolaï Petrov. Quiconque participera dans la lutte le fera avec son accord. " Le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR, extrême droite), roche du pouvoir, a ainsi lancé, le 13 mars, dans la course l'un de ses députés les plus célèbres à l'étranger : Andreï Lougovoï, principal suspect dans le meurtre à Londres, en 2006, de l'exagent du FSB (services secrets russes) Alexander Litvinenko. La justice britannique exigeant son extradition, le LDPR l'avait fait élire à la Douma (chambre basse) en décembre 2007 pour lui assurer l'immunité parlementaire. Mais, surprise, Lougovoï a retiré hier sa candidature.

L'intrigant milliadaire Alexander Lebedev a aussi annoncé sa candidatu re la semaine dernière. Elle a tout de suite été appuyée par son ami et partenaire d'affaires, l'exdirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. L'ancien agent du KGB, allié puis opposant très modéré à Vladimir Poutine, souhaite remettre de l'ordre dans la ville avant les JO de 2014.

Comme Nemtsov, il propose même de déplacer la plupart des épreuves olympiques à des milliers de kilomètres de Sotchi pour éviter la construction de gigantesques installations sportives d'hiver en climat subtropical, qui pourraient se transformer en éléphants blancs. D'autant plus qu'avec la crise, le budget pour la construction des infrastructures a dû être amputé des deux tiers cette année.

Neuf candidats sont actuellement en lice, alors que la ballerine Anastasia Volotchkova a fait part hier de son intérêt à se lancer dans la course.

Sotchi a connu quatre maires en un an. Le premier est parti diriger Olympstroï , la société d'État responsable de la construction des installations olympiques. Le second à être élu a quitté après à peine trois mois pour des raisons de santé. Les deux autres assura ient leur intér im, dont Anatoly Pakhomov. Il sera le candidat du parti de Vladimir Poutine, Russie Unie, et son affiliation risque bien de lui permettre de conserver le poste.

Indépendance convoitée

Pourquoi tant de candidats ? C'est que depuis 2004, les gouverneurs régionaux ne sont plus élus au suffrage universel, mais suggérés par le Kremlin pour approbation par les parlements régionaux. La mairie est donc devenu le poste le plus important en région qui ne dépende pas directement de Moscou.

Mais l'indépendance n'est pas sans danger. Au cours des dernières années, les maires de grandes villes comme Tomsk, Volgograd, Vladivostok et Arkhangelsk se sont retrouvés derrière les barreaux. Tantôt pour avoir prétendument pigé dans la caisse de la ville, tantôt pour corruption ou même... pour avoir falsifié un diplôme scolaire.

En Russie, toutes les accusations sont bonnes pour neutraliser les maires qui entrent en conflit avec les gouverneurs pour des questions budgétaires et de répartition des pouvoirs. Non pas que les premiers magistrats soient toujours blancs comme neige. Mais la loyauté est souvent plus importante que l'honnêteté lorsque les décisions de justice sont dictées par le pouvoir central.

Dur réveil pour la classe moyenne russe

Article publié dans le journal La Presse, le 21 mars 2009.

Moscou - Les Russes commençaient tout juste à prendre confiance en l'économie de marché. Après la difficile première décennie post-communiste, le pays voyait, pour la première fois de son histoire, se former une classe moyenne avec un pouvoir d'achat considérable. Elle retombe aujourd'hui sur terre.


Il y a un an, Viatcheslav Axionov a voté pour Dmitri Medvedev, le successeur désigné de Vladimir Poutine à la présidence de Russie. Tout ce que voulait ce tourneur-fraiseur de 35 ans, c'était que le pays continue sur sa lancée - croissance de 8,1% en 2007 - pour qu'il puisse réaliser son plan de vie personnel.

À l'été, Viatcheslav a contracté un prêt en dollars américains dans une banque. Le rouble avait rarement été aussi fort face au billet vert, à 23,7 contre un. Comme des millions de Russes, il profitait aussi du fait que les banques s'étaient mises à offrir depuis quatre ans des prêts à des taux décents, créant un véritable boom du crédit partout au pays.

En jumelant son prêt à ses économies des 10 dernières années, il s'est acheté un modeste appartement d'une pièce en banlieue de Moscou. Une fois les rénovations terminées, sa femme et lui pourraient enfin quitter les deux pièces transformées en trois qu'ils occupaient avec cinq autres membres de sa famille.

"Nous avions des buts, des salaires de plus en plus élevés. Nous croyions tous que ça continuerait comme ça, que notre pays deviendrait enfin un pays autonome. À la télévision, on nous disait que nous étions forts", se rappelle Viatcheslav.

Espoirs envolés

Depuis, les choses ont bien changé. En août, quelques jours après qu'il eut reçu l'argent de son prêt, la Russie et la Géorgie sont entrées en guerre. Rapidement, les capitaux étrangers ont commencé à déserter le pays. Début septembre, les deux indices boursiers de Moscou s'effondrent. Après un sommet à plus de 140$ durant l'été, le prix du baril de pétrole dégringole. L'économie russe, fortement dépendante des hydrocarbures, le suit dans sa chute.

En novembre, le gouvernement se voit contraint de dévaluer sa monnaie, longtemps soutenue artificiellement par rapport au dollar et à l'euro.

À l'image du pays, la situation financière de Viatcheslav s'est gravement détériorée. Il se compte chanceux de ne pas avoir perdu son travail, contrairement à près d'un million et demi de Russes depuis l'été. Mais en raison de la baisse du carnet de commandes de son entreprise, son salaire mensuel est passé de 52 000 à 35 000 roubles. En dollars, avec la dévaluation, il a ainsi vu ses revenus chuter de plus de 2000$ à un maigre 1000$. Son prêt, lui, est toujours payable en dollars, au taux actuel de 35,1 roubles pour 1$.

"Au début, les remboursements représentaient moins de 40% de mon salaire. Aujourd'hui, c'est près de 100%", constate celui qui deviendra père dans moins de deux mois. "Ma grand-mère me donne de l'argent pour meubler le nouvel appartement et je l'utilise pour payer mon prêt."

En croisade contre les banques

Viatcheslav est maintenant en croisade contre les banques. Avec d'autres emprunteurs, il estime que les institutions financières étaient obligées légalement de fixer un taux de change lors de la signature du contrat.

L'analyste Evgueni Nadorchine, de la banque Trust, réfute l'argument de Viatcheslav Axionov. "Ceux qui ont pris un crédit en dollars devaient comprendre qu'il y avait un risque. À l'époque, ils ont profité du dollar faible, maintenant ils voient l'autre côté de la médaille", tranche-t-il.

Il souligne toutefois que les prêts en devises étrangères ont surtout été contractés à Moscou et Saint-Pétersbourg et ne représentent qu'une partie des emprunts.

M. Nadorchine croit surtout que ce sont la baisse des salaires et le haut taux d'inflation liés à la crise qui risquent de donner un dur coup. Les classes supérieures et moyennes, grandes gagnantes de la croissance économique des dernières années et qui représentent aujourd'hui de 20 à 30% de la population, selon les estimations, en seront les premières touchées. "Leur mauvaise situation pourrait devenir une menace pour la stabilité sociale du pays", prédit-il.

Viatcheslav Axionov acquiesce. "Même si, à la base, nous sommes loin de la politique, nous serons obligés de nous engager. Nous étions la masse inerte sur laquelle se fondait l'État. Et maintenant, nous nous réveillons."

21,3%
Le pourcentage de Russes affirmant avoir subi une baisse de salaire depuis le début de la crise, l'automne dernier.

-2,2%
Le taux de décroissance du PIB envisagé pour 2009, après une croissance de 5,6% en 2008.

-30%
La chute des revenus de l'État russe en 2009.

Niazov: le dictateur bien-aimé

Article publié dans les journaux La Croix (6 janvier) et La Presse (version différente, 17 mars)

Bayram-Ali (Turkménistan)
Le président turkmène Saparmourad Niazov était connu comme l'un des dictateurs les plus durs et excentriques de la planète. Mais deux ans après sa mort subite, le 21 décembre 2006, bien peu de choses ont changé dans le pays et les Turkmènes regrettent encore leur oppresseur bien-aimé.

Maksad (1), 23 ans, fait visiter la petite maison qu'il habite avec sa grand-mère et la famille de sa tante, à quelques jets de pierre de Merv, cité antique qui fut un temps l'un des grands centres de l'islam avant le passage des troupes de Gengis Khan. « Nous vivons modestement », s'excuse-t-il presque, en baissant les yeux.

Dans la cour, le four à pain en terre cuite brûle jour et nuit le gaz que fournit gratuitement l'État turkmène. L'oncle boulanger de Maksad ne l'éteint jamais. Le jeune homme esquisse un sourire de fierté. « Nous sommes un pays riche. Nous avons de grandes réserves d'eau, de gaz et de pétrole ! »

Malgré cette abondance, Maksad n'a jamais pu trouver d'emploi sur sa terre natale. Comme plusieurs de ses compatriotes, il a dû partir vers l'eldorado russe pour ramener un salaire décent à la maison. Il n'est rentré au pays que récemment, expulsé de Russie après plus d'un an et demi de travail clandestin sur les chantiers de construction de Saratov. Il lui tarde déjà de repartir vers d'autres cieux, même s'il assure être un « patriote ». Son rêve le plus fou serait de s'envoler pour l'Inde et de devenir acteur à Bollywood.

Maksad ne semble toutefois pas relever le paradoxe entre la richesse de son pays et ses propres difficultés. Il faut dire que rien dans son environnement ne l'a jamais incité à développer son sens critique.

Il est né en 1985, l'année où le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev a nommé un certain Saparmourad Niazov premier secrétaire du Parti communiste du Turkménistan, se fiant à sa réputation de fonctionnaire servile et obéissant pour qu'il mène à bien ses réformes libérales.

Dès la chute de l'URSS, le chef du nouvel État indépendant turkmène s'empresse de refermer les bribes de liberté apportées par la glasnost et d'instaurer un culte de sa personnalité frôlant souvent le loufoque. Il s'est notamment autoproclamé Turkmenbachi (« père de tous les Turkmènes ») et président « à vie », a interdit l'opéra et le ballet et donné aux mois de l'année son nom, celui de sa mère et de héros oubliés de la nation.

Son Ruhnama - « livre de l'âme » -, aux fortes tendances révisionnistes et glorificatrices de sa propre histoire, était une lecture obligatoire dans les écoles et les administrations publiques jusqu'à tout récemment. Il demeure encore un ouvrage de référence. Écolier, Maksad a lu le Ruhnama, même s'il n'en a rien retenu de précis.

« Quand le président est mort, moi aussi j'ai pleuré, confie-t-il visiblement sincère. C'était un grand homme. Il a tellement fait pour notre pays. Il nous a donné notre indépendance et a adopté la politique de neutralité sur la scène internationale. »

La vie a-t-elle changé depuis l'arrivée au pouvoir du successeur du Turkmenbachi, l'ancien ministre de la santé Gourbangouly Berdymoukhamedov ? Maksad offre cette réponse paradoxale entendue chez plusieurs Turkmènes. « Non, c'est même mieux. » Il cite à titre d'amélioration la plus grande facilité de quitter le pays pour aller travailler. « Maintenant, les pensions sont versées aux retraités », ajoute-t-il.

Sa grand-mère, Madina, a la mémoire plus longue. L'énergique veuve septuagénaire, mère de dix enfants, ne reçoit que 25 € de l'État chaque mois. « Nous vivons dans la pauvreté ! s'emporte-t-elle. C'était cent fois mieux sous l'URSS ! »

Pour elle, l'arrivée d'un nouveau président n'a pas changé grand-chose. Elle n'a pas pu régler son grand drame personnel : depuis l'éclatement de l'Empire soviétique, elle n'a jamais pu retourner voir sa famille dans sa Boukhara natale, ville d'Ouzbékistan, à 250 km de là. « Mes proches meurent et je ne peux pas aller aux enterrements. Je reste ici à regarder mes larmes couler. »

Dans la capitale, Achkhabad, le changement a peu modifié le paysage, si ce n'est le visage sur les portraits présidentiels géants accrochés aux quatre coins de la ville. Et encore, la ressemblance physique entre l'ancien et le nouveau chef de l'État est déroutante... Les grues du groupe Bouygues - constructeur d'une bonne partie des monuments extravagants à la gloire du Turkmenbachi - sont en activité sur de nouveaux chantiers, sous les regards nonchalants des policiers postés à chaque intersection du centre-ville.

Les centaines de statues dorées du leader défunt trônent toujours un peu partout, même si le président Berdymoukhamedov a promis de déplacer du centre vers la périphérie la Tour de la neutralité, ornée en son sommet par un Turkmenbachi en or qui pivote en suivant la rotation du soleil.

Dans son atelier de couture, Ogouljamal est loin de se plaindre de sa qualité de vie. « Lorsque je regarde la télévision, je vois que dans d'autres pays, il y a des fusillades, des batailles, que tout est cher. Mais chez nous, tout est accessible. » La télévision, qu'elle regarde « peu, parce que, honnêtement, nous travaillons tout le temps », est son seul moyen de comparaison avec le monde extérieur, via les chaînes satellitaires russes.

Il n'existe que quatre cafés Internet à Achkhabad et peu de connexions privées. La littérature et les journaux étrangers, même russes, sont pratiquement introuvables dans le pays.

Ogouljamal assure qu'il existe bel et bien une liberté de parole au Turkménistan. Elle n'a toutefois jamais ressenti le besoin d'en tester les limites. « Pourquoi dirais-je quelque chose de mal contre le président si je ne trouve rien à redire contre sa politique ? »
(1) Pour des raisons de sécurité, les noms ont été modifiés.

jeudi 12 mars 2009

Washington et Moscou se font les yeux doux

Article publié dans La Presse, le jeudi 12 mars 2009.

(Moscou) La Russie et les États-Unis veulent faire table rase du passé. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a symboliquement offert un «bouton de redémarrage» au ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov lors de leur première rencontre à Genève vendredi dernier. Au-delà de l'anecdote, Moscou et Washington semblent tous deux trouver avantage à un rapprochement après le refroidissement sous la présidence de George W. Bush. Notre collaborateur nous explique pourquoi.

La Russie demeure un acteur incontournable pour régler certains problèmes de la planète. Le président américain Barack Obama l'a compris.

Il y a un mois, il a envoyé une lettre au président russe Dmitri Medvedev. Selon le New York Times, qui cite des responsables américains, il lui proposait d'abandonner son projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est, contre quoi les Russes devraient l'aider à convaincre l'Iran de renoncer à son présumé programme d'armement nucléaire.

Washington et Moscou ont tous deux nié que la lettre contenait une proposition «d'échange» si précise, mais pas que ces deux dossiers y étaient abordés.

Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale, estime que l'administration Obama se trompe en croyant que la Russie peut convaincre l'Iran de quoi que ce soit, malgré la relation privilégiée entre les deux pays. Moscou fournit peut-être des armes à Téhéran et l'a aidé à mettre au point son premier réacteur nucléaire à Bushehr, mais «personne n'a vraiment d'influence sur l'Iran, sauf les États-Unis», dit-il.

La Russie n'a pas non plus intérêt à ouvrir la porte à un trop grand rapprochement entre les États-Unis et le régime des mollahs. «L'Iran deviendrait alors une route alternative [à la Russie] pour le transport du gaz [d'Asie centrale] vers l'Europe», fait-il remarquer.

Accord sur l'Afghanistan

Moscou ne souhaite pas pour autant que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, souligne Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences. Contrairement à M. Loukianov, il juge toutefois que la Russie a un «grand pouvoir d'influence sur l'Iran», notamment en raison de son rôle dans le développement du programme nucléaire civil du pays.

Washington et Moscou s'entendant sur la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire, ils ne devraient pas se heurter à des différents majeurs dans la renégociation du traité START-1 sur la réduction des armements stratégiques, signé en 1991 et qui arrive à échéance en décembre prochain.

Autre point d'accord probable: l'Afghanistan. La Russie est prête à soutenir l'Occident pour une stabilisation du pays, pourvu que les États-Unis respectent les intérêts russes en Asie centrale post-soviétique.

Reprenant une métaphore informatique, Fiodor Loukianov estime que sous Obama, les États-Unis ont changé de «système d'exploitation» pour approcher le reste de la planète. La crise économique a aussi aidé à modifier l'ordre du jour de la Maison-Blanche.

«L'élargissement de l'OTAN à la Géorgie et l'Ukraine et le déploiement du bouclier antimissile ne sont plus des priorités pour Obama», deux dossiers qui ont fortement irrité Moscou durant la présidence Bush, explique M. Loukianov. «Ça permet d'espérer que la relation s'améliorera.»

«Virus» dans l'ombre

Prochaine étape à surveiller: Dmitri Medvedev et Barack Obama se rencontreront pour la première fois le 1er avril à Londres, en marge du sommet du G20 sur la crise économique et financière mondiale.

Mais tout le monde ne se réjouit pas de la main tendue par Washington au régime Poutine. L'ancien champion d'échec Garry Kasparov, devenu l'un des leaders de la faible opposition libérale russe, a dénoncé la semaine dernière dans les pages du Wall Street Journal l'ouverture de l'administration Obama.

«Appuyer sur le bouton de redémarrage ne mettra aucune pression sur Poutine pour qu'il agisse de façon responsable sur la scène internationale. Cela ne fera que mettre dans l'ombre, pour un certain temps, le virus dangereux et contagieux de l'autoritarisme en Russie», écrivait-il.

mardi 3 mars 2009

Khodorkovski: le martyr milliardaire

Article publié le 3 mars dans le journal La Presse et sur Cyberpresse.ca

(Moscou) Mikhaïl Khodorkovski fut jadis l'homme le plus riche de Russie. Déjà condamné à huit ans de prison en 2005, il en risque vingt-deux et demi de plus aujourd'hui, alors que débute son deuxième procès pour diverses malversations financières. Il n'est pas le seul homme d'affaires russe à s'être enrichi de manière douteuse, mais pour avoir poussé ses ambitions en politique, il est le seul à qui le régime Poutine semble vouloir en faire payer le prix jusqu'au bout.

À l'élection de Dmitri Medvedev à la tête de l'État il y a un an (le 2 mars 2008), Mikhaïl Khodorkovski a applaudi, surtout quand le jeune juriste a promis de mettre fin au «nihilisme juridique» qui règne en Russie. C'est que l'ex-magnat du pétrole s'estime précisément victime de cette continuelle ingérence du politique dans le système judiciaire du pays. Plus particulièrement de celle d'un homme: Vladimir Poutine, prédécesseur et mentor de Medvedev, devenu premier ministre.

Dès le lancement de la perestroïka par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, le jeune Khodorkovski s'est mis aux affaires. Il avait 23 ans. Une décennie plus tard, il était milliardaire. Il faisait partie du cercle très restreint autour du président Boris Eltsine qui a profité de la privatisation des biens de l'État russe après la chute de l'Union soviétique en 1991. Le reste du pays, lui, tirait le diable par la queue.

Mais à l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence en 2000, les règles du jeu ont changé. Ioukos était peut-être la plus grande pétrolière de Russie, son patron Mikhaïl Khodorkovski l'homme le plus riche, mais l'homme le plus puissant, lui, était assis au Kremlin.

Vladimir Poutine aurait averti les oligarques personnellement qu'il était prêt à oublier l'origine suspecte de leur fortune s'ils se tenaient tranquilles. Mikhaïl Khodorkovski a fait fi de l'avertissement, commençant à financer des partis politiques de l'opposition et démontrant lui-même des ambitions pour la chose publique.

Procès spectacle

En octobre 2003, il était arrêté à son arrivée à l'aéroport de Novossibirsk, accusé et reconnu coupable de fraude fiscale et escroquerie à grande échelle avec son associé Platon Lebedev.

Autre hypothèse largement répandue pour expliquer la chute de Khodorkovski: le Kremlin souhaitait mettre la main sur Ioukos à moindre prix. L'entreprise a été complètement démantelée depuis et absorbée en majeure partie par la pétrolière d'État Rosneft, dirigée par des proches du président.

Pour son deuxième procès, Mikhaïl Khodorkovski s'attend à un spectacle. «Un spectacle pas dénué d'intérêt», a-t-il dit à ses avocats, peu après son transfèrement de la colonie pénitentiaire de Tchita (6000 km à l'est de Moscou), où il purge sa peine, vers la capitale la semaine dernière.

Au menu, un acte d'accusation de 3500 pages, censé démontrer que Khodorkovski et Lebedev ont effectué des opérations illégales équivalant à 25 milliards de dollars entre 1998 et 2003. Ils seront également jugés pour détournement de biens et de fonds.

«Esprit vengeur»

Pour Lev Ponomarev, directeur du Mouvement pour les droits de l'homme, il ne fait aucun doute que ce procès vise à empêcher la sortie de prison de Khodorkovski, qui devenait imminente. «Ils avaient de plus en plus de difficulté à justifier leur refus de lui accorder une libération conditionnelle», souligne l'opposant, fervent défenseur de l'oligarque déchu.

«Poutine a un esprit vengeur. Et il sait que si Khodorkovski se retrouve en liberté, il va devenir un acteur social et politique important.» Selon un récent sondage du Centre Levada, la popularité de Khodorkovski atteint 18% dans le pays, un chiffre énorme compte tenu de sa faible visibilité dans les médias étatiques.

Lev Ponomarev et plusieurs autres libéraux, contrairement à une bonne partie des Russes, croient que Khodorkovski n'a absolument rien à se reprocher. «Si [le pouvoir] avait suivi une logique, il aurait alors dû mettre en prison des milliers d'hommes d'affaires qui ont reçu des propriétés lors de la répartition des années 90», explique M. Ponomarev, qui dénonce le caractère «sélectif» de l'acharnement sur Khodorkovski.

Il y a peu de chances que Mikhaïl Khodorkovski sorte libre de ce processus que Lev Ponomarev qualifie de «juridiquement nul». Mais au moins, à l'issue de son procès, l'ex-oligarque sera fixé sur une chose: s'il avait raison de croire à une libéralisation du pays sous Dmitri Medvedev.

mardi 10 février 2009

Fin de rêve pour les expatriés en Russie

Article publié dans le journal La Presse le 9 février 2009 et sur cyberpresse.ca

(Moscou) Depuis trois ans, Moscou trônait au sommet du classement des villes les plus chères au monde pour les expatriés. Les entreprises occidentales dépensaient des fortunes pour assurer un niveau de vie européen à leurs employés dans la bouillonnante capitale russe. Aujourd'hui, la crise a crevé la bulle énergétique dont dépendait l'économie du pays et plusieurs expatriés doivent plier bagage ou se montrer plus modestes dans leurs exigences.

«Ils gagnaient tellement d'argent, simplement parce qu'ils étaient prêts à venir en Russie», explique Luc Jones, partenaire de la division russe d'Antal, une firme britannique de recrutement. Pour plusieurs expatriés, la compensation pour s'installer à Moscou était aussi importante que leur salaire, déjà élevé, compte tenu des loyers et des prix des produits importés exorbitants. La dureté de la vie en Russie obligeait aussi les entreprises à offrir des avantages pécuniaires.

Alors que le pays a enregistré en décembre son premier mois de décroissance en 10 ans, plusieurs firmes étrangères choisissent de rapatrier leur personnel occidental.

En revenant de vacances au Québec en janvier, Mathias Chmielewski n'a pas été surpris que son bureau d'avocats lui demande de faire ses valises et de retourner au siège social londonien.

Mathias se souvient de la date précise où tout a commencé à dégringoler. «Le 17 septembre, nous étions en réunion et nous avons appris que le RTS, la plus importante Bourse de Moscou, avait suspendu ses activités en raison d'une trop forte baisse en une journée. À partir de là, nos clients ont commencé à suspendre les contrats.» Un fort contraste avec le climat «d'espoir et d'enthousiasme» dans lequel avait été inaugurée la succursale moscovite de sa firme en janvier 2008.

En un an, l'avocat d'affaires de 31 ans avait fini par s'attacher à Moscou, une ville à la trépidante vie nocturne et aux multiples défis professionnels. Sa copine était venue le rejoindre et s'était trouvé un emploi. Ironiquement, elle a conservé son travail et c'est lui désormais qui devra venir la visiter.

Même en retournant à Londres, il est loin d'assurer son emploi. «On est en mode survie», confie-t-il. Il n'exclut pas de revenir en Russie à court terme, cette fois comme employé local, alors que le coût de la vie à Moscou chute aussi rapidement qu'il avait grimpé.

Moins pire qu'en 1998

Malgré la crise, le Québéco-Britannique Luc Jones est tout de même optimiste. «Ce n'est pas comme en 1998», souligne-t-il en référence à la plus grave crise financière de la Russie moderne, qui avait fait fuir nombre d'expatriés et investisseurs étrangers.

«Il y a 10 ans, les bars et les restos étaient complètement vides», se rappelle celui qui était parti pour la Pologne avant de revenir trois an plus tard à Moscou. «Ce n'est pas le cas aujourd'hui.»

Les expatriés qui quittent actuellement la Russie travaillent surtout dans la finance ou la construction. Dans certaines entreprises, les plus chanceux ont dû accepter une diminution de salaire de 25%, alors que plusieurs ont tout simplement été licenciés.

Luc Jones a indirectement subi une baisse de salaire: comme plusieurs, il est payé en roubles, une monnaie qui a perdu 32% de sa valeur face au panier euro-dollar depuis novembre. «Je gagne tout de même plus ici que si j'étais en Angleterre», nuance celui qui a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à l'étranger.

Gérald Julia, fraîchement diplômé d'une école de commerce française, s'en rend bien compte. Après deux stages en Russie et un contrat d'un an de volontariat international en entreprise, le jeune russophone peine à se faire embaucher.

Il a envoyé une vingtaine de CV à des sociétés françaises installées en Russie et passé deux entretiens d'embauche, mais sans succès. «J'ai l'impression qu'ils sont plus frileux. S'ils embauchent quelqu'un, ils veulent être certains que c'est la bonne personne.»

Gérald se donne jusqu'au mois de mars pour trouver un emploi. Sinon, il devra reprendre à contrecoeur le chemin de la France. «Les types de boulot qu'on trouve ici (en Russie) sont plus intéressants qu'en Europe. On nous donne plus de responsabilités. Professionnellement, on peut progresser plus vite».

La fuite des cerveaux étrangers de Russie pourrait bien favoriser certaines firmes canadiennes, remarque toutefois Mathias Chmielewski. «Les recruteurs tâtent le terrain des expatriés qui pourraient être tentés de revenir à un travail plus stable(à salaire moindre)», dit l'avocat, qui a lui-même été courtisé récemment par des chasseurs de têtes.

vendredi 6 février 2009

Astana: la Dubaï des steppes kazakhes

Publié dans la section Voyages de La Presse, le 31 janvier 2009 et sur Cyberpresse.ca

L'autoritaire président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, avait un projet fou: transformer une petite ville de province perdue au milieu des steppes en une capitale internationale. Coûte que coûte. Dix ans après être devenue la capitale de l'ex-république soviétique d'Asie centrale, Astana surprend autant par la modernité de sa nouvelle ville que par son extravagance.

Du haut de la tour Baïterek, le monument emblématique de la ville censé représenter l'arbre de la vie selon une légende kazakhe, le visiteur n'en croit pas ses yeux. Si pratiquement aucune végétation ne pousse dans les steppes, il faut croire que les gratte-ciel, eux, y prennent facilement racine!

À perte de vue, des édifices flambant neufs à l'architecture tantôt occidentalo-russo-asiatique, tantôt futuro-kitsch, s'étalent sur toute la rive gauche de la rivière Esil. Des dizaines de grues s'activent autour d'autres squelettes de bâtiments.

Sur l'autre berge, la vieille ville, appelée Tselinograd sous l'ère soviétique, commence elle aussi à être envahie par les nouveaux immeubles commerciaux et à logements. Le soir, par temps froid, elle reprend toutefois son air provincial de pays en voie de développement, alors qu'un nuage asphyxiant de fumée de charbon l'envahit. Les embouteillages quasi permanents viennent compléter la pollution de l'air dans cette partie de la ville qui n'a pas été conçue pour absorber le décuplement du parc automobile au cours de la dernière décennie.

De 1997 à aujourd'hui, la population d'Astana - qui signifie simplement «capitale» en kazakh - est passée de 270 000 habitants à plus de 700 000! Des milliers de fonctionnaires ont dû quitter la métropole et ancienne capitale Almaty, 1000 km plus au sud, pour s'installer dans le nouveau centre administratif. Les diplomates et gens d'affaires prennent eux aussi de plus en plus la route des steppes, sans compter les Kazakhs de province et les travailleurs étrangers des autres républiques plus pauvres d'Asie centrale venus y tenter leur chance. La capitale attire et prend forme à un rythme étourdissant.
Excentricité

Le tout-puissant président kazakh a voulu pallier le manque d'histoire de cette ville autrefois anonyme en y faisant construire des monuments flamboyants qui donneraient une personnalité au nouveau centre du pays. Quitte à investir certaines années jusqu'à 8% du budget national dans le développement de la ville... Chez nous, l'ensemble de l'oeuvre serait probablement perçu comme un gigantesque troupeau d'éléphants blancs dans lequel le Stade olympique montréalais ferait pâle figure...

La ville a notamment retenu les services de l'architecte high-tech Norman Foster pour quatre projets. Le Britannique reconnu mondialement pour son extravagance est notamment le père du Palais de la Paix et de l'Entente, une pyramide érigée pour accueillir les leaders religieux du monde entier tous les trois ans.

Le Khan Shatyr promet d'être encore plus grandiose. Ce vaste complexe récréatif, une autre idée de Foster, sera littéralement une ville dans la ville. Pour s'épargner les hivers rigoureux de la steppe, les Astanais pourront venir se détendre sur les plages intérieures du Khan Shatyr, disputer une partie de golf ou encore naviguer sur des canaux. Ceux qui habiteront les immeubles voisins pourront même le faire sans sortir de chez eux, puisqu'ils seront reliés au complexe par des souterrains.

Le président Nazarbaïev, dont on retrouve les citations affichées un peu partout dans la ville, ne s'est pas négligé. Outre son fastueux palais présidentiel sur la rive gauche, il a fait construire un Musée du premier président de la République du Kazakhstan... c'est-à-dire lui-même, puisqu'il dirige sans partage les 15 millions de Kazakhs depuis l'indépendance du pays en 1991. Les visiteurs peuvent y découvrir les cadeaux offerts au bien-aimé président par d'autres chefs d'État, ou encore les propres avoirs de celui qui n'a pas manqué de s'enrichir durant son règne.

Astana dispose de la plupart des installations essentielles à une capitale, de l'aéroport international aux restaurants et hôtels chic, en passant par ses grands centres commerciaux à l'occidentale et ses parcs. Seule véritable ombre au tableau: la ville a été construite si rapidement que plusieurs édifices sont à peine complétés qu'ils tombent déjà en ruine.

Dans l'ivresse du début, le gouvernement kazakh a donné des terrains à n'importe quel entrepreneur prêt à construire quelque chose. Aujourd'hui, les responsables de l'urbanisme assurent avoir appris de leurs erreurs et promettent que le développement sera plus ordonné et de meilleure qualité à l'avenir.

La compagnie aérienne nationale Air Astana relie la capitale kazakhe à Moscou, Amsterdam, Londres et Francfort. Le voyage peut toutefois s'avérer assez cher. Le centre aérien du pays demeure Almaty. Il existe un train de nuit rapide (12 heures) entre les deux villes.

Russie-Obama: entre indifférence et doute

Article publié dans La Presse le 21 janvier 2009 et sur Cyberpresse.ca

(Moscou) Le battage médiatique et l'engouement international entourant l'investiture d'Obama n'auront pas réussi à émouvoir les Russes.

Hier, de la douzaine de quotidiens de Moscou, seul Novye Izvestia a jugé pertinent de publier en une un article sur le nouveau président américain. Le journal populaire Komsomolskaïa Pravda s'est quant à lui étonné que la limousine du chef de l'État puisse résister à l'impact d'une météorite. Sans plus. Certaines parutions ont totalement ignoré l'événement, plus par manque d'intérêt que pour des motifs idéologiques.

Il faut dire que le nom d'Obama a pris du temps à être connu en Russie, où la politique américaine ne touche plus autant la vie quotidienne que durant la guerre froide. L'audace d'espérer n'est paru en russe que trois semaines avant l'élection présidentielle de novembre. «Nous n'avions pas ressenti de demande avant cela», justifie Arima Gromyko, relationniste de la maison d'édition Azbouka-Klassika. Elle se réjouit tout de même des ventes: 20 000 exemplaires, assez bonnes selon elle pour un livre du genre. «À titre comparatif, la biographie de Bill Clinton s'est vendu deux fois moins.»

S'ils ne sont pas carrément indifférents, les Russes sont au mieux sceptiques à l'égard d'Obama. Un sondage - peu scientifique il est vrai - sur le site du journal Izvestia relevait que 93% d'entre eux n'attendent aucun changement du chef d'État américain, ni dans la politique des États-Unis envers la Russie, ni en général.

Le premier ministre et toujours homme fort du pays, Vladimir Poutine, s'est lui-même fait l'avocat du diable devant l'obamanie qui atteint plusieurs politiciens européens. Interrogé par la presse internationale samedi en Allemagne, il s'est réjoui des «signaux positifs» envoyés à son pays durant la campagne électorale, mais s'est aussi dit «profondément convaincu que les plus grandes déceptions naissent de grands espoirs».

lundi 19 janvier 2009

Russie-États-Unis: de meilleures relations sous Obama?

Article publié dans le journal La Presse le 17 janvier 2009 et sur cyberpresse.ca

(Moscou) En 2001, la première rencontre entre George W. Bush et son homologue russe Vladimir Poutine annonçait une idylle entre leurs deux pays, anciens ennemis de la guerre froide. «J'ai regardé l'homme dans les yeux. J'ai pu percevoir son âme», avait déclaré le nouveau président américain. «C'est un homme profondément dévoué à son pays et aux meilleurs intérêts de son pays.» Il ne pensait jamais si bien dire.

Poutine, devenu premier ministre depuis, a tellement tenu à défendre son pays contre «l'hégémonie» états-unienne qu'en huit ans, les relations n'ont fait que se détériorer. Les États-Unis, de leur côté, n'ont jamais pris en considération les doléances des Russes à l'égard de leurs projets.

Quelques heures à peine après la victoire d'Obama à l'élection présidentielle de novembre, la Russie posait ses conditions pour un dialogue renouvelé. Dans son premier discours à la nation, le président russe Dmitri Medvedev menaçait d'installer des missiles dans l'enclave de Kaliningrad, sur le bord de la Baltique. Si les États-Unis renonçaient au déploiement de leur bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne, il pourrait revenir sur sa décision, avait-il laissé entendre dans les semaines qui suivirent.

Jeudi, Medvedev a fait savoir à son ambassadeur à Washington qu'il espérait que les relations se développent de «manière adéquate», «parce que ces derniers temps, d'assez nombreux problèmes se sont accumulés».

Pourtant, les deux problèmes bilatéraux principaux sont restés les mêmes au cours de la dernière décennie: l'élargissement de l'OTAN à l'ex-bloc soviétique et le bouclier antimissile.

«L'expansion de l'OTAN, c'est une politique d'endiguement de la Russie», estime Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie russe des sciences, en référence à la politique américaine de containment à l'égard de l'URSS à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

«Pourquoi les Américains font-ils cela, alors que nous nous sommes entendus sur tout, que nous avons signé tous les traités de non-prolifération? questionne-t-il. Veulent-ils contrôler la Russie en l'entourant, ou peut-être préparent-ils une nouvelle guerre contre elle? Je ne veux pas être moi-même paranoïaque, mais nous avons assez de paranoïaques ici pour nous poser cette question. Pour l'instant, personne n'a donné de réponse. Alors évidemment, on se demande si on doit croire les garanties que donne Washington. Et souvent, la réponse est négative», constate M. Kremeniouk.

«Au contraire de Bush, Obama n'est pas un aussi fervent partisan de l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN», note toutefois le politologue. «Il ne nie pas la possibilité qu'ils y adhèrent, mais il comprend que c'est compliqué, parce que l'Ukraine n'est pas prête à l'adhésion et que la majorité de sa population est contre. Pour la Géorgie, c'est tout simplement impossible, puisqu'elle est en conflit avec la Russie. L'inclure dans l'OTAN voudrait dire entrer en conflit avec la Russie, ce qui serait stupide.»

Relations de second ordre

Le climat pourrait se détendre sous Obama, mais de toute façon, il ne s'agit plus d'un problème de premier ordre pour la Russie capitaliste. Aujourd'hui, elle se préoccupe beaucoup plus de ses relations avec l'Europe et la Chine, ses principaux partenaires économiques.

Rien à voir avec l'époque soviétique bipolaire, où la moindre tension aurait pu déclencher une guerre nucléaire. «Dans ce temps-là, nous avions des problèmes très importants qui nous unissaient», souligne M. Kremeniouk.

L'inverse est tout aussi vrai. «Pour Obama, la Russie est un pays pas trop agréable, dirigé par une oligarchie, où il y a peu de démocratie, avec beaucoup de problèmes sociaux. Ce n'est pas un allié, mais c'est un pays avec qui il doit avoir des relations», explique M. Kremeniouk.

Hillary Clinton a confirmé cette analyse cette semaine. Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat qui examinait sa candidature, la future secrétaire d'État a laconiquement déclaré qu'elle souhaite «des relations de coopération avec le gouvernement russe sur les questions d'importance stratégique, tout en défendant avec force les valeurs américaines et les normes internationales».

dimanche 11 janvier 2009

Russie: la lune de miel s'achève pour Poutine

Article publié dans le journal La Presse, le 10 janvier 2009 et sur Cyberpresse.ca

(Moscou) Salaires impayés depuis des semaines, pertes massives d'emplois, rouble qui dégringole, baril de pétrole à moins de 45$ US: la crise économique frappe la Russie de plein fouet et pourrait bien marquer la fin de la lune de miel entre la population et l'ex-président Vladimir Poutine, devenu premier ministre tout-puissant.

Son arrivée au pouvoir, en 2000, avait coïncidé avec le début des hausses constantes du prix des hydrocarbures, dont la Russie regorge. L'argent coulait à flots dans le pays et la popularité de l'ex-agent du KGB, autrefois inconnu, tombait rarement sous les 70%. Bien que tacite, le pacte social était clair: tant que leur niveau de vie continuerait d'augmenter, les Russes laisseraient leur «leader national» diriger comme il l'entend.

«Le pacte ne tient plus», soutient le politologue Nikolaï Petrov, du Centre Carnegie de Moscou. Selon lui, la montée de la grogne contre le pouvoir est désormais «inévitable». «Quand on monopolise le pouvoir comme le fait Poutine, c'est plus difficile d'expliquer la baisse du niveau de vie par des facteurs extérieurs. Pour l'instant, il met tout sur le dos de la crise américaine, mais il ne pourra pas le faire longtemps», estime-t-il.

Durant sa présidence (2000-2008), Vladimir Poutine n'a connu qu'une seule vague de mécontentement populaire. Elle n'était liée ni à la guerre en Tchétchénie, ni aux assauts meurtriers des forces de l'ordre pour mettre fin aux prises d'otages au théâtre de la Doubrovka de Moscou et dans une école de Beslan. Pour que les Russes sortent de leurs gonds, il a fallu qu'on touche à leur porte-monnaie.

En janvier 2005, des retraités en colère avaient pris la rue par milliers dans tout le pays pour dénoncer l'entrée en vigueur d'une loi qui remplaçait leurs avantages sociaux (gratuité des transports en commun, des médicaments de base, etc.) par de maigres compensations financières. Ils sont allés jusqu'à brûler des effigies de Vladimir Poutine pour dénoncer son régime «criminel». La popularité du président avait alors atteint son plus bas, à 48% d'appuis. En ces temps de croissance économique dopée aux pétrodollars, il avait pu faire passer la pilule en indexant les pensions jusqu'à satisfaire les retraités.

Mais aujourd'hui, le premier ministre Poutine et son dauphin devenu président, Dmitri Medvedev, ne peuvent plus acheter la paix. Les autorités ont officiellement reconnu à la mi-décembre que le pays est en récession. Même les vaches à lait comme la société d'État, Gazprom, géant gazier, accumulent les dettes et voient leurs revenus fondre au même rythme que le prix des ressources naturelles.

Le mois dernier, premier heurt entre le leader et son peuple: pour protéger l'industrie russe de l'automobile, le premier ministre Poutine a imposé une taxe temporaire sur l'importation de véhicules d'occasion. Les quelque 200 000 personnes qui vivent de ce commerce dans l'extrême est de la Russie n'ont pas apprécié. Du jour au lendemain, des automobilistes autrefois tranquilles se sont mobilisés pour réclamer la démission de Poutine et de son gouvernement.

«Pour l'instant, ce ne sont que des manifestations isolées sur des sujets précis. Mais dans quelques mois, quand les effets de la crise se feront sentir davantage, il y aura une demande populaire pour un autre programme économique», croit Nikolaï Petrov.

La chance de l'opposition

L'opposant Roman Dobrokhotov espère que la crise économique permettra justement aux mouvements de l'opposition libérale, pratiquement inexistants et impopulaires depuis quelques années, de regarnir leurs rangs. «Je me réjouis de la crise», lance même le leader du mouvement jeunesse «My» (Nous). «Un jour ou l'autre, ce système féodal (poutinien) dans lequel notre pays ne fait que vendre ses ressources sans exploiter ses capacités devait tomber. C'est mieux aujourd'hui que plus tard.»

«Les gens appuyaient Medvedev et Poutine non pas parce qu'ils avaient vraiment confiance en eux, mais parce que les prix élevés du pétrole faisaient augmenter leur niveau de vie, poursuit Dobrokhotov. Maintenant, ils savent que la «démocratie souveraine» (l'idéologie poutinienne) ne les protège pas de la crise.»

Selon le service fédéral du Travail, 250 000 Russes pourraient perdre leur emploi entre janvier et mars. En novembre, le total des salaires impayés dans le pays a augmenté de 93%.

«Si ça continue comme ça, je devrai renvoyer du personnel», soupire Valentina Vanja, directrice d'une firme conseil pour les banques et les entreprises. La femme d'affaires n'est pas pour autant prête à jeter le blâme sur le premier ministre pour les déboires grandissants du pays. «Si la crise ne touchait que nous, nous pourrions critiquer, mais elle est mondiale, souligne-t-elle. Poutine et Medvedev font ce qu'ils peuvent.»

Mme Vanja ne cache pas son profond respect pour Vladimir Poutine. Elle reconnaît que le pétrole est certainement la cause principale de la prospérité des dernières années. «Mais tout de même, il a reçu le pays dans un très mauvais état, et ce qu'il en a fait est déjà pas mal.»

Propagande aidant, le capital de sympathie du premier ministre reste très élevé, à 83%. Mais comme un géant aux pieds d'argile, le «système Poutine» s'avère fragile et pourrait avoir de la difficulté à survivre à la crise, selon Nikolaï Petrov. «Il est fondé sur des institutions politiques faibles. La seule garantie de sa stabilité est la popularité de Poutine.»

Retour à la présidence de Poutine?

Les spéculations vont bon train en Russie sur un possible retour à la présidence du désormais premier ministre Vladimir Poutine, avant même la fin du mandat de Dmitri Medvedev, élu en mars dernier. Le 30 décembre dernier, le président Medvedev a amendé la Constitution, faisant notamment passer le prochain mandat présidentiel de quatre à six ans. Selon lui, ces changements adoptés en vitesse visent à «renforcer les institutions démocratiques et soutenir la stabilité» en cette période de crise. Pourtant, leur effet ne se fera sentir en théorie que dans sept ans, à la cinquième année du prochain mandat présidentiel... si des élections anticipées n'ont pas lieu d'ici ce temps. Les deux leaders n'ont pour l'instant rien laissé filtrer de leurs intentions. Mais à en juger par la facilité avec laquelle ils peuvent amender la loi fondamentale du pays pour protéger leurs intérêts, leurs prochaines volontés devraient rapidement être exaucées.

vendredi 19 décembre 2008

10 reportages radio sur la route des... Stan (Asie centrale)

Les mauvaises connexions internet d'Asie centrale ne m'ont pas permis de mettre à jour très souvent mon blogue durant les deux derniers mois.

Je suis maintenant de retour à Moscou, avec en poche une série de 10 reportages radio sur les cinq ex-républiques soviétiques d'Asie centrale - Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan. Vous pouvez les écouter sur le site de l'émission Vous êtes ici, à la radio de Radio-Canada, qui a diffusé au cours des 10 dernières semaines la série «Sur la route des ...Stan» (cliquez ici).

Plusieurs personnes éprouvent des difficultés à écouter le matériel audio sur le site de Radio-Canada. Si c'est votre cas, vous pouvez:
1. Essayer de télécharger les modules qu'on vous propose.
2. Ouvrir la page avec un autre navigateur que celui que vous utilisez.
3. Vous pouvez aussi directement télécharger les épisodes durant lesquels ont été diffusés les reportages, mais ils ne sont pas tous disponibles. Pour ce faire, cliquez sur ce lien vers la page «baladodiffusion» de Vous êtes ici. Vous devriez retrouver mes reportages dans les épisodes du 3, 10, 17 décembre, et du 7, 21 et 28 novembre.

Au plaisir de lire vos commentaires et bon écoute!


Kirghizstan: la révolution des toilettes sèches

Article publié dans La Presse le 25 novembre 2008 et sur Cyberpresse.ca

(Ivanovka, Kirghizistan) La petite cabane au fond du jardin d'Ismat Karimov a l'air de n'importe quelles latrines de la campagne kirghize. Mais les apparences peuvent être trompeuses: avec ses nouvelles toilettes sèches dernier cri, Ismat ne contamine plus les nappes d'eau de son village et peut engraisser son jardin sans produits chimiques.
«Je voulais que nos gens se sentent bien, que notre niveau de vie augmente», explique le coordonnateur de l'ONG Alga («En avant», en kirghize) dans le village d'Ivanovka, à 40 km à l'est de la capitale Bichkek. «Et en premier, il faut commencer par les toilettes», affirme-t-il.



L'ingénieur mécanique a construit de ses mains la première toilette sèche d'Ivanovka. Il y a installé une cuvette de type turc, mais comptant deux trous.

L'urine rejetée dans le petit est conduite vers un contenant à l'extérieur, alors que les excréments évacués dans le gros tombent dans une fosse cimentée. Après chaque utilisation, l'épandage de cendres ou de terre sur les selles annihile les odeurs nauséabondes.

Après deux ans d'utilisation, Ismat commencera à utiliser une deuxième fosse et laissera les déchets naturels des sept membres de sa famille se composter dans la première, jusqu'à pouvoir les épandre dans son jardin. «Lorsque le contenant est plein, je jette l'urine au pied du grand arbre là-bas», ajoute-t-il.

Le concept des toilettes sèches est fort utile dans les villages comme Ivanovka, où l'eau souterraine se trouve à moins de 1,5 m de la surface, souligne Ismat. Ici, la plupart des toilettes consistent en un trou creusé à même le sol qui n'est jamais vidé ou nettoyé. Les excréments infiltrent le sol et vont contaminer l'eau potable consommée par les habitants.

Une dizaine des voisins d'Ismat sont aujourd'hui en train de se bâtir des toilettes sèches, bénéficiant d'une subvention d'un regroupement d'ONG qui couvre jusqu'à 70% des travaux. «Et il y a une liste d'attente!» lance Ismat, un peu déçu de ne pouvoir répondre à la forte demande.

Si plusieurs villageois sont prêts à abandonner leurs latrines puantes, certains changements de moeurs sont plus lents à suivre. Ismat Karimov avait réussi à convaincre l'une des familles cobayes de construire ses toilettes sèches non pas au fond du jardin, mais en annexe de la maison, avec accès direct par le salon. Au dernier moment, ils ont changé d'avis.

Des voisins curieux sont passés et ont émis des doutes sur la propreté d'une famille qui oserait placer au coeur de son milieu de vie cette pièce traditionnellement nauséabonde en Asie centrale...

Malgré les obstacles, le projet pilote va tout de même bon train. Quelque 500 toilettes sèches ont été construites au Kirghizstan au cours des dernières années.

L'une des principales priorités des ONG aujourd'hui est d'en installer dans les écoles, où de nombreuses jeunes filles en période de règles préfèrent s'absenter, alors que plusieurs élèves développent des maladies. Selon l'Institut international de l'eau, 5000 enfants meurent de diarrhée chaque jour dans le monde en raison de mauvaises conditions d'hygiène.

«Voie du futur»

Les toilettes sèches ou «ecosan» (contraction de l'anglais «ecological sanitation») sont un concept utilisé depuis des siècles au Vietnam. Aujourd'hui, les ONG tentent de l'implanter dans les pays en développement au lieu d'y installer de coûteux systèmes de canalisation. Même des pays plus avancés comme la Suède l'adoptent. Dans certaines régions, les autorités assurent la vidange régulière des toilettes sèches.

Selon Fedde Jorritsma, coordonnateur en Asie centrale pour l'organisation Femmes en Europe pour un futur commun, la toilette sèche est la «voie du futur» qu'il faudra suivre partout sur la planète pour assurer un accès durable à l'eau. «Nous nous rendrons compte que notre système [de rejet dans l'eau courante] est très inefficace, très dispendieux, et représente une grande perte de nutriments», prédit le jeune Néerlandais.

Il est toutefois conscient que le défi est grand pour faire accepter les toilettes sèches aux Occidentaux.

Nucléaire soviétique: les victimes oubliées

Article publié le 18 octobre 2008 dans le journal La Presse et sur cyberpresse.ca

(Semeï, Kazakhstan) De 1949 à 1989, les Soviétiques ont fait exploser 456 bombes nucléaires dans le «Polygone», un territoire environ grand comme les Laurentides, situé dans l'est du Kazakhstan. Le site est fermé depuis 1991. Les radiations, elles, continuent d'affecter la population, sacrifiée au nom de la suprématie soviétique dans la course aux armements durant la Guerre froide.

Adil n'a pas de cerveau, mais une grosse tête. Si grosse qu'il n'a jamais pu la lever de son oreiller depuis son arrivée sur terre il y a deux ans. «En termes médicaux, on appelle ça une hydrocéphalie. Mais habituellement, on dit simplement tête d'eau», explique la neuropathologiste Symbat Abdikarimova, en caressant la mince chevelure de son patient.


«Il peut respirer et manger, et son coeur bat puisqu'il a une moelle épinière.» Mais Adil ne pourra jamais parler ni penser.

Ils sont 10 comme Adil à la Maison de l'enfant de Semeï (ex-Semipalatinsk) abandonnés à la naissance par leurs parents en raison d'un handicap physique ou mental lourd. Trisomie, difformité ou absence de membres, paralysie cérébrale, autisme aigu. La liste est longue.

«On ne peut pas dire à 100% que le Polygone est directement la cause de toutes ces maladies, mais il a certainement eu une influence», estime Erbol Ibraïmovm, le directeur de l'orphelinat.

Pire que Tchernobyl

En 2002, une étude britannique a prouvé que les mutations génétiques étaient deux fois plus nombreuses dans l'est du Kazakhstan que dans les autres régions. Le cancer y est la cause principale de décès, alors que ce sont les maladies cardiovasculaires qui tuent le plus dans le reste du pays.

Selon les estimations, les radiations libérées durant les 40 ans d'activité du plus important site nucléaire soviétique seraient des centaines de fois supérieures à celles de l'accident de 1986 à la centrale de Tchernobyl, en Ukraine. Elles auraient causé des problèmes de santé à plus de 1,5 million d'habitants de la région, soit un Kazakh sur 10.

Durant les quatre décennies d'essais, la population locale se doutait bien de ce qui se tramait dans sa cour arrière, malgré le silence des autorités. La terre tremblait jusqu'à une fois par semaine, alors que les steppes kazakhes sont sans antécédent sismique.

Encore aujourd'hui, les résidants restent tout de même plutôt ignorants sur les risques et les façons de se prémunir contre leur ennemi invisible.

Lorsque Tatiana Legouche se rend au marché, elle demande aux vendeurs si les animaux dont provient la viande ont brouté près du Polygone. «Mais les habitants n'ont pas de dosimètre, nous n'avons que nos yeux», reconnaît l'enseignante de 61 ans.

Les barrières qui délimitaient autrefois le site nucléaire ont disparu en plusieurs endroits. Les fermiers peuvent donc sans mal faire paître leur bétail en zone contaminée.

Durant plusieurs années, des téméraires allaient même y ramasser la ferraille laissée par les militaires pour la revendre en ville. «Maintenant, c'est terminé», assure Erjan Sydykbaï, l'hôtelier du petit village d'Abaï, à une centaine de kilomètres du Polygone. «Tout simplement parce que tout le métal a déjà été ramassé!»

Un milliard pour décontaminer

Lorsque le site a été fermé en 1991, à la suite des pressions du Mouvement Nevada-Semipalatinsk, qui a amassé plus de deux millions de signatures en un mois, les dosimètres ont apparu pour la première fois à Abaï. «Il y en avait partout», se souvient Erjan. Dix ans plus tard, il n'en restait plus un seul.

«Nous avions un taux élevé de radiations, évidemment», poursuit sa femme, Goulmira, plus inquiète que son mari. «Les radiations n'ont pas disparu. Ça reste longtemps et je suis certaine qu'il y en a encore chez nous», dit la mère de trois enfants en dégustant son bechbarmak, plat national kazakh à base de mouton.

Selon le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, il faudrait plus d'un milliard de dollars pour décontaminer la région et la remettre sur pied. Au cours des 10 dernières années, l'aide internationale a totalisé moins de 50 millions.

L'autoritaire Nazarbaïev préfère de son côté investir les revenus de la manne pétrolière et gazière dont profite son pays dans la construction de la nouvelle capitale, Astana. Il est lui-même considéré comme l'un des hommes les plus riches du monde, lui qui n'avait pourtant aucune fortune personnelle lors de son arrivée au pouvoir, en 1989.

Le couple Sydykbaï ne se souvient plus exactement de la somme qu'il a obtenue du gouvernement kazakh en 1995 comme compensation pour avoir habité toute sa vie en zone contaminée. Il se souvient toutefois comment il l'a dépensée. «Nous avons pu acheter un chapeau. Et c'est tout!»

jeudi 6 novembre 2008

Aurai

Almaty, 13 octobre 2008


Aurai l'échec envolé des épaules
Affranchi du chaînon de l'incomplétude
Verrai le sourire discret des saules
L'envol insoucieux des solitudes

Retrouverai cet espace d'innocence
                           ce droit d'indécence

Aurai le sens éclairci dans les veines
Réciterai l'oraison vitale de l'existence sereine

Aurai
À nouveau